L’absence d’imputabilité érigée en système

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, vient de publier un rapport sévère sur la gestion contractuelle du ministère des Transports. Dans cet autre rapport critique, c’est moins son laxisme qui est dénoncé que la multiplication des contrôles qui déresponsabilise ses fonctionnaires.

En 2009, le vérificateur général Renaud Lachance avait fait état de la négligence du ministère des Transports dans la gestion de nombreux contrats. Deux ans plus tôt, c’était le rapport Johnson sur l’effondrement du viaduc de la Concorde qui avait écorché le MTQ. En 2015, c’était au tour de la commission Charbonneau de voir dans la perte d’expertise au ministère un terreau fertile pour la collusion.

Ce sont des dossiers, colligés par l’enquêteuse Annie Trudel, et la lettre du ministre des Transports Robert Poëti, dégommé depuis, qui ont forcé en mai dernier le gouvernement Couillard, alors en pleine tourmente, à demander à la VG de faire toute la lumière sur d’autres allégations de mauvaise gestion.

Dans le premier rapport de son « audit particulier », Guylaine Leclerc constate que la haute direction du ministère, assaillie par tous ces rapports qui décriaient sa gestion, a réagi en ajoutant contrôle par-dessus contrôle. Dans son langage de comptable qui abuse des euphémismes, Guylaine Leclerc note que le ministère, en procédant à de nombreux ajustements, a cherché avant tout à se conformer aveuglément aux règles sans égard aux résultats. La VG a indiqué que ces nombreux contrôles et étapes déresponsabilisent les fonctionnaires. La prolifération des contrôles a servi à assurer leurs arrières.

C’est particulièrement le cas de la haute direction du ministère — sous-ministre, sous-ministres adjoints, directeurs —, qui a délégué à des sous-fifres ses responsabilités. Cette haute direction n’a pas rempli son rôle adéquatement en n’orientant pas le ministère vers une gestion contractuelle « optimale », relève la VG.

Comme tout rapport du VG, ce dernier opus donne la parole à l’administration. Pour se justifier, le ministère invoque « une démarche de transformation organisationnelle », amorcée en décembre dernier, qui n’a pas encore produit tous les résultats escomptés. L’ex-sous-ministre limogée, Dominique Savoie, a livré une liste, qui ne se voulait pas exhaustive, de treize mesures, autant d’initiatives qui atteindront leur plein rendement lorsqu’elles seront « bien rodées », a-t-elle soutenu. Bref, le ministère a répondu aux diverses recommandations qui lui ont été faites, mais la transformation encore non achevée qu’elles supposent explique que la gestion du ministère n’est pas optimale. C’est le serpent qui se mord la queue.

On peut y voir un système basé sur l’absence d’imputabilité, dont la gestion pitoyable de la dernière tempête de neige ne serait que l’éclatante et honteuse manifestation.

Il faut dire que, entre l’inquiétant laxisme et les signes de collusion que constatait Renaud Lachance en 2009 et la gestion non optimale dont se plaint Guylaine Leclerc, il y a une marge qui témoigne d’une certaine amélioration au sein de cet important dispensateur de contrats gouvernementaux. Toutefois, d’aucuns qui connaissent bien les rouages du ministère signalent sa culture bien particulière. Par exemple, les travaux et projets dont se charge le ministère sont présentés au politique non pas par région administrative, mais par circonscription, ce qui apparaît comme un reliquat de l’époque duplessiste. Les directions régionales en mènent large dans l’octroi des contrats. Encore aujourd’hui, le ministère des Transports doit rester sous haute surveillance.

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