Un malaise persistant

L’échec du volet 2 de l’enquête Diligence, remontant à 2009, refait surface. Les élus provinciaux auraient-ils bénéficié d’une «immunité diplomatique» dans les enquêtes sur la corruption? En d’autres mots, une «police politique» protègerait-elle les élus de l’Assemblée nationale?

Le premier ministre, Philippe Couillard, assure qu’il n’y a pas de politique d’immunité au bénéfice des élus provinciaux. Bien sûr que non! Aucun gouvernement ne serait assez insensé pour placer officiellement ses représentants au-dessus des lois. Mais cela ne veut pas dire qu’il faut classer l’affaire sans suite, bien au contraire. Cette proximité entre la police et le politique fait partie du registre du non dit depuis trop longtemps au Québec.

Le sujet revient dans l’actualité de manière épisodique. Cette fois, c’est en raison de la publication de documents rédigés par un lieutenant de la SQ, visant à obtenir des mandats de surveillance des téléphones cellulaires des journalistes Denis Lessard et André Cédilot. L’affaire remonte à 2014, et la SQ cherchait alors à démasquer les policiers qui alimentaient les journalistes sur les dessous du volet 2 de Diligence, une enquête sur l’infiltration du crime organisé dans la construction tuée dans l’oeuf en raison de fuites.

Les allégations contenues dans ces documents n’ont pas été prouvées en cour. Elles font état de craintes des enquêteurs de la SQ, remontant à 2009, quant aux effets de leur travail sur la classe politique. Pour éviter que l’ex-premier ministre Jean Charest soit «piégé» sur écoute électronique, la SQ aurait informé le gouvernement de l’existence du volet 2 de Diligence. Fait à souligner, la filature d’un ancien dirigeant de la FTQ-Construction, Eddy Brandone, avait été interrompue après qu’il se soit rendu à un évènement officiel auquel prenait part M. Charest. Voilà beaucoup de coïncidences autour d’une seule et même enquête.

Il s’agit d’un sujet en or pour la Commission Chamberland, chargée d’enquêter sur la protection des sources journalistiques. L’affaire démontre la facilité déconcertante avec laquelle les juges de paix autorisent la surveillance des journalistes, pour des peccadilles. Elle révèle également la grande sensibilité des policiers à l’égard des préoccupations de leurs maîtres politiques.

Les élus de l’Assemblée nationale auraient tort de laisser tout le travail à la commission Chamberland car elle se heurtera rapidement aux limites de son mandat si elle s’intéresse à l’immunité dont auraient bénéficié des politiciens. Il ne faudrait pas conclure à l’existence généralisée d’une politique d’immunité sur la base d’un seul document judiciaire, mais ce volet de l’histoire mérite au moins un débat en commission parlementaire.

10 commentaires
  • Serge Picard - Abonné 20 mars 2017 08 h 00

    Immunité diplomatique

    Le premier ministre, Philippe Couillard, assure qu’il n’y a pas de politique d’immunité au bénéfice des élus provinciaux.
    Et oui! On se souvient encore du show de boucane de la Commission Charbonneau et des milliards disparus via les paradis fiscaux.

  • Pierre Fortin - Abonné 20 mars 2017 09 h 27

    Question de crédibilité


    Philippe Couillard, qui affirme que l'immunité politique n'existe pas, serait plus crédible si la dénonciation ne venait pas d'un policier affecté aux enquêtes et si lui-même n'était pas l'un des principaux bénéficiaires de ce présumé traitement de faveur.

  • Jacques Lamarche - Abonné 20 mars 2017 09 h 30

    Police politique!

    Cette seule expression en dit long sur les bas-fonds du monde la construction et évoque bien des questions et autant de suspicion!

    Toutefois, après toutes ces enquêtes et procédures qui ont été déjouées, qui encore croit que les gros poissons seront inquiétés!

    • Pierre Fortin - Abonné 20 mars 2017 18 h 22

      « Toutefois, après toutes ces enquêtes et procédures qui ont été déjouées, qui encore croit que les gros poissons seront inquiétés! »

      Et l'autre question est " Pourquoi ne le seraient-ils pas ? "

  • Denis Paquette - Abonné 20 mars 2017 10 h 55

    Si dieu le veut que pouvons nous y faire

    la tradition ne veut- elle pas que l'on protége les gens au pouvoir, n'a-t-elle pas permis a des gens de développer une culture du no fautes, n'y a-t-il pas un premier ministre qui a utilisé le Barreau pour devenir quasiment intouchable , sans que personne s'en offusque, dans la tradition monarchiste le pouvoir du roi n'est-il pas absolu, tellement que ca permis aux anglais de créer un empire et de dominer le monde, n'était-il pas dans la tradition de croire que c'était la volonté de dieu , la sanction n'était-elle pas d'être escommunier, tous les patriotes n'ont-il pas étés excommuniers, qui dirait Rome si on leur demandait de lever la sanction

  • Claude Gélinas - Abonné 20 mars 2017 11 h 40

    Mur de Chine ?

    Il faut être naïf pour croire qu'un mur de Chine sépare la police du politique. Ce n'est pas sans raison que ni le PM ni les maires de Montréal et Québec ne souhaitent pas que cette nomination leur échappe.