Trouver le ton juste

La course à la direction du Parti conservateur prendra fin dans deux mois et demi, celle du NPD, à l’automne. La tentation est grande de part et d’autre de regarder au sud de la frontière pour chercher une recette gagnante. L’erreur serait de copier un style ou un discours plutôt que de tirer de l’expérience américaine les leçons qui seraient encore pertinentes dans deux ans et demi lors des prochaines élections fédérales.

Au PC, 14 candidats s’affrontent, au NPD, seulement 4. Au-delà de cette différence, les deux partis ont un défi commun : trouver un message et un chef qui représenteront une solution de rechange crédible aux libéraux fédéraux dès les élections de 2019.

Le PC croyait être sur la bonne voie après avoir fait le bilan de sa défaite. Le parti allait garder le cap en matière de rigueur budgétaire, mais abandonner les politiques identitaires qui lui avaient fait perdre une large partie de ses appuis au sein des communautés immigrantes. Mais pour sortir de l’ombre, la candidate Kellie Leitch a décidé, elle, de miser sur des promesses en matière d’immigration rappelant celles de Donald Trump. L’entrée en scène de l’homme d’affaires et vedette de télé-réalité Kevin O’Leary a davantage brouillé les cartes.

Perçu comme une version allégée de Donald Trump, M. O’Leary est populaire auprès d’une partie de la base conservatrice, qui le voit comme l’adversaire potentiel le plus efficace contre Justin Trudeau. Il a toutefois un effet repoussoir auprès des francophones. Ses coups de gueule, ses politiques peu cohérentes et sa méconnaissance du système politique canadien et de la Constitution inquiètent. Le fait qu’il continue de vivre en partie aux États-Unis et refuse de se faire élire avant les prochaines élections n’arrange rien.

Ce genre de distractions ne guette pas le NPD pour l’instant, mais le parti n’a pas encore pansé les plaies de la dernière campagne, nombre d’électeurs néodémocrates lui reprochant d’avoir dévié de sa route en 2015 en logeant trop au centre de l’échiquier politique. Au dernier congrès, cela a coûté son poste à Thomas Mulcair, et les promoteurs d’un retour à une gauche plus musclée ont eu le haut du pavé.

Au NPD, c’est le candidat à l’investiture démocrate Bernie Sanders, avec sa bataille contre les inégalités économiques et sociales, qui fait des émules. Les discours des candidats, en particulier de Charlie Angus et de Niki Ashton, en témoignent. L’autre source d’inspiration est Jack Layton, qui avait pourtant continué le recentrage du parti amorcé sous Alexa McDonough et poursuivi par M. Mulcair. Mais M. Layton avait un charisme que son successeur n’a jamais eu et, en 2011, il faisait face à un chef libéral impopulaire, Michael Ignatieff.

Le contexte n’est plus le même, et il faut en tenir compte. Selon plusieurs enquêtes d’opinion, une bonne partie de la population canadienne partage la frustration de nombre d’Américains et d’Européens devant la concentration de la richesse, l’appauvrissement de ce qu’on appelle la classe moyenne et la précarité accrue de l’emploi, le tout assorti, chez certains, d’une méfiance accrue en ce qui a trait à l’immigration.

Pour être pris au sérieux face aux libéraux en octobre 2019, les prochains chefs du NPD et du PC devront faire plus qu’imiter nos voisins ou se livrer à des effets de toge, ils devront être capables de cerner les attentes particulières des Canadiens et les traduire en politiques cohérentes, sans miser sur des peurs sans fondement.

Si les élans protectionnistes et isolationnistes de plusieurs leaders étrangers répondent en ce moment aux inquiétudes de leurs citoyens, rien ne dit que ce sera encore le cas dans deux ans et demi quand leurs politiques auront été mises à l’épreuve. Et rien ne dit non plus que ces réponses seront celles attendues par les Canadiens.

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3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 14 mars 2017 08 h 43

    À mon avis

    Pour ce qu'elle vaut, mon opinion est que le NPD devrait viser les socio-démocrates déçus qui s'étaient laissés séduire par le discours gauchisant de Justin, tandis que le PC devrait concentrer ses attaques sur la frivolité budgétaire des libéraux.

  • Jean Breton - Abonné 14 mars 2017 09 h 48

    Le Bloc québécois égaré dans une autre galaxie

    Dans tout ce branlebas qui agite la Chambre des Communes, pourquoi ignorer le Bloc québécois ? Considère-t-on qu'il constitue « un cadavre encore chaud » ?

    Je m'interroge : qui aurait décidé au Devoir de tasser les nationalistes ? Depuis les départs de Bernard Descôteaux et de Josée Boileau, le seul journal indépendant au Québec serait-il redevenu fédéraliste comme à l'époque sombre de Benoit Lauzière ?

  • Claude Richard - Abonné 14 mars 2017 11 h 08

    Intérêt nul

    Merci de vous pencher sur des courses qui n'intéressent à peu près pas les Québécois. Selon Forum Research, le Bloc serait à 27% au Québec. Le Bloc est contre Énergie Est, contre les contrats faramineux aux seuls chantiers navals de l'Ouest et de l'Est, contre les subventions au gouffre financier de Muskrat Falls et pour l'indépendance du Québec. Voilà des choses sur lesquelles attirer l'attention!