Impasse nucléaire

Ces derniers jours ont vu les tensions s’aiguiser gravement dans la péninsule coréenne. Lundi, la Corée du Nord a procédé au tir de quatre missiles en mer du Japon, en réaction ostentatoire au lancement des exercices militaires annuels conjoints des États-Unis et de la Corée du Sud. Sur ce, Washington, allié principal de Séoul, a réagi en déployant en Corée du Sud, dès la nuit suivante, le système de défense antimissile THAAD, ce que la Chine voit par ailleurs comme une menace à sa propre sécurité militaire.

Si la péninsule coréenne a connu plusieurs crises depuis un demi-siècle, ce nouvel épisode s’inscrit dans l’évidence que la Corée du Nord ne cesse d’améliorer ses capacités militaires (nucléaires, mais également chimiques, comme le donne à penser l’assassinat à Kuala Lumpur de Kim Jong-nam) et que l’idée de sa dénucléarisation constitue de plus en plus une vue de l’esprit, du moins tant que la dictature sera au pouvoir dans sa forme actuelle. À ce cocktail de postures belliqueuses se mêlent les desseins d’expansion militaire que Pékin cultive en mer de Chine et que les États-Unis voient d’un très mauvais oeil.

Ce qui fait que les esprits s’annoncent difficiles à calmer. D’autant que les canaux de communication sont bloqués depuis l’effondrement des efforts de pourparlers internationaux en 2009 et que Donald Trump, loin de donner l’impression de croire au dialogue, a menacé Pyongyang de « conséquences terribles » à la suite des tests de missiles de lundi.

Il n’est pas sans valeur que la Chine ait proposé une sortie de crise mercredi en suggérant que Pyongyang suspende son programme nucléaire en échange de l’arrêt de manoeuvres militaires au sud. Mais si Pékin se trouve en l’occurrence à prendre acte de la volatilité de la situation, il reste que sa proposition est spécieuse. Il avait fait en 2015 une proposition semblable qui n’était allée nulle part. Il s’agit de mots creux parce qu’on n’arrivera à rien tant que la Chine, principal soutien la Corée du Nord, ne prendra pas de mesures concrètes pour ramener le dictateur Kim Jong-un à des dispositions moins sombres. Ce qu’elle a toujours hésité à faire par froids calculs, de crainte notamment que l’effondrement du régime nord-coréen ne provoque une crise des réfugiés.

D’autres moyens existent aussi — cyberattaques, blocage de l’accès au système bancaire international… — pour nuire à Pyongyang. Le déploiement du THAAD est une maladresse dans la mesure où il a empoisonné par ricochet les relations entre Pékin et Séoul, ce dont Kim Jong-un ne peut que se frotter les mains.

Cette nouvelle poussée de fièvre dans la péninsule coréenne invite d’urgence M. Trump à faire preuve d’intelligence géopolitique. Il aurait intérêt à faire un effort.

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1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 mars 2017 04 h 36

    … d’intelligence !

    « Cette nouvelle poussée de fièvre dans la péninsule coréenne invite d’urgence M. Trump à faire preuve d’intelligence géopolitique. » (Guy Taillefer, Le Devoir)

    Avec ou sans preuve, Trump saura, s’Il est attaqué, se défendre d’adresse et …

    … d’intelligence ! - 10 mars 2017 -