L’aveuglement

L'Asie aux prises avec les retombées environnementales de son émergence économique a les poumons de plus en plus malades. Une récente étude sur la pollution atmosphérique à l’échelle mondiale, réalisée conjointement par des instituts de recherche de Boston et de Seattle, indique que la situation se dégrade à un point tel en Inde qu’elle est en voie de surpasser aujourd’hui la Chine au palmarès des décès prématurés causés par la mauvaise qualité de l’air.

Le rapport affirme que l’Inde a enregistré au cours des 25 dernières années une augmentation de 50 % des décès liés à la pollution atmosphérique, pendant qu’en Chine, devenue plus sensible aux enjeux environnementaux, le nombre de morts s’est stabilisé ces dernières années. Avec le résultat que la pollution de l’air est aujourd’hui responsable chaque année du décès de 1,1 million d’Indiens. Ce qui ne risque guère de changer bientôt, l’industrie énergétique indienne demeurant extrêmement dépendante du charbon. Comme en Chine d’ailleurs.

Causes probantes de l’aggravation du problème en Inde : industrialisation aveugle, croissance démographique, vieillissement de la population… Sur fond de négligence des gouvernements, indifférents aux défis de santé publique soulevés par la pollution.

Pendant que la qualité de l’air se détériore en Asie du Sud, elle s’est cependant améliorée en Occident, nommément en Europe et aux États-Unis, souligne d’autre part le rapport américain.

Mais une amélioration dont on peut se demander si elle n’est pas compromise. Car il se trouve que le rapport est publié au moment où le Washington Post rapporte que le président Donald Trump est sur le point, peut-être dès cette semaine, de signer deux décrets édulcorant les politiques américaines en matière de protection de l’air et de l’eau. Entouré de climato-négationnistes, dont Scott Pruitt, nouveau directeur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), n’est pas le moindre, M. Trump doit sous peu annoncer la levée d’un moratoire sur l’exploitation du charbon et la « révision » par l’EPA de la réglementation limitant les émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques. Une réglementation qui était au coeur du plan de protection environnementale de Barack Obama.

Donald Trump a décidé que ces politiques nuisent à la croissance du PIB. Il adopte la posture idéologique voulant qu’elles constituent d’inacceptables intrusions de l’État fédéral dans le développement économique de l’empire. Entendu, du reste, qu’il récompense pour leurs votes un certain nombre d’électeurs que les mesures environnementales laissent en plan.

Bref, les États-Unis vont maintenant émuler l’Inde.

1 commentaire
  • Sébastien Collard - Abonné 22 février 2017 07 h 32

    Complément

    Il me semblé important dans la transmission de ces informations de souligner que la stabilisation de la pollution en Chine est associé à l'essor des énergies renouvelables ayant entraîné la stabilisation de la consommation de charbon. Et sous cet angle, ne pas mentionner que L'Inde soit en train de faire ce virage (déjà 50 GW de connecté, 160 GW prévu en 2022 et 250 GW en 2025) amène à dire que le gouvernement est indifférent. Peut-être en partie, mais pas quand les objectifs d'ER sont nettement supérieurs à ceux de l'Europe et des États-Unis.
    Quant à ces derniers, Trump peut bien éliminer l'EPA et toutes les lois environnementales qu'il veut, il n'en demeure pas moins que le charbon n'est plus compétitif et que les ER sont maintenant moins coûteuses que le charbon et le gaz. On confirmait d'ailleurs récemment la fermeture prématurée de 3 GW de charbon, dont la plus grosse centrale à l'ouest du Missippi. Et il ne faut pas oublier les paliers inférieurs avec la Californie qui étudie un projet de loi devançant la sortie de la production d'électricité du fossiles en 2045.
    Bref, oui, de l'air pur il en manque, oui les gouvernements n'en ont pas fait assez, mais l'avenir est moins sombre et poussiéreux à mon avis qu'on ne le pense.