Ottawa fait l’autruche

Depuis le début de 2017, un nombre croissant de demandeurs d’asile traversent illégalement la frontière canado-américaine pour faire une demande de statut de réfugié au Canada. Par temps glacial, tempête ou non, ils arrivent frigorifiés avec de maigres bagages et parfois poussettes et enfants en poupe.

Le Québec est le point d’entrée le plus achalandé, suivi de près par le petit village manitobain d’Emerson. Dans la seule nuit de samedi à dimanche, la GRC a pris en charge 22 migrants dans les environs d’Emerson.

Cet afflux coïncide avec l’adoption du décret sur l’immigration du président américain, Donald Trump. Ce décret n’a pas arrêté l’analyse des demandes de statut de réfugié faites en sol américain. Par conséquent, répète le gouvernement canadien, pas question de mettre fin à l’accord de tiers pays sûrs avec nos voisins, accord qui oblige un réfugié à faire sa demande dans le premier des deux pays dont il foule le sol. Il ne peut se présenter à un poste-frontière de l’autre pays pour faire une nouvelle demande.

Cette entente tient pour acquis que les deux pays appliquent des critères similaires, ce qui n’est pas toujours le cas. La CBC évoquait récemment le cas d’Ahmed, en danger au Ghana à cause de son homosexualité. Les États-Unis ont refusé sa demande, mais le Canada l’a acceptée. Mais pour la présenter, il a dû entrer illégalement.

D’autres demandeurs d’asile de religion musulmane et provenant des sept pays visés par le décret en question craignent maintenant de ne plus être traités équitablement aux États-Unis et préfèrent prendre le risque de franchir la frontière illégalement pour faire une demande au Canada. Une fois au Canada, ils auront une chance d’être entendus et de voir leur demande évaluée à son mérite, car le gouvernement y est obligé en vertu d’un jugement de la Cour suprême vieux de 30 ans.

Dans le village d’Emerson, qui compte moins de 700 habitants, on fait tout pour aider ces personnes, mais on commence à s’inquiéter. Et si des criminels profitaient de l’occasion pour se faufiler au pays ? Le Parti conservateur a posé la même question.

Il serait nettement plus facile de séparer le bon grain de l’ivraie si, au lieu d’avoir recours à des passeurs ou de risquer leur vie, les migrants pouvaient faire leur demande en toute légalité au premier poste frontière croisé. Cette solution permettrait de concentrer les ressources policières sur les vrais illégaux en plus d’avoir le mérite d’être plus humaine pour les personnes en quête de protection.

Le gouvernement libéral se met la tête dans le sable en refusant de reconnaître l’urgence de suspendre cet accord. Son maintien contredit aussi les belles envolées du premier ministre Justin Trudeau sur la générosité canadienne à l’égard des réfugiés.

5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 février 2017 01 h 42

    Les belles paroles ne suffisent pas, M. Trudeau!

    Vous avez absolument raison, Madame Cornelier. M. Trudeau parle de compassion, mais ne suit pas ses paroles avec des actes concrets. C'est honteux est inhumain de délaissez les réfugiés à leur sort sont qu'on leur apporte notre soutien, notre accueil et notre compassion.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 21 février 2017 05 h 59

    Même s'il ne s'agit pas «d'une vraie affaire, le gouvernement québécois peut faire preuve d'initiative...

    Je suis heureux que le Canada se soit internationalement engagé à accorder le droit d'asile aux personnes en danger, par exemple à cause d'une guerre, et qu'il le fasse effectivement. Toutefois, il devra faire beaucoup mieux s'il veut en assurer la pérennité dans l'esprit de la population canadienne, par exemple en lui en expliquant l'importance et les limites et en y affectant les ressources humaines et financières requises à la fois le faire bien fonctionner et préserver la sécurité des canadiens. Le gouvernement québécopis doit aussi faire de même. Prenant partiellement en charge les demandeurs de droit d'asile habitant son territoire, le gouvernement du Québec doit demander au gouvernement fédéral de se grouiller. En restant muet, il dévalorise lui aussi le droit d"asile, les personnes l'exerçant et la population du Québec. Il s'agit simplement de demander aux douaniers, à la GRC et à la SQ de ne pas refouler les mêmes personnes se présentant correctement aux frontières canadiennes. Agir correctement avec ces demandeurs de droits d'asile ne déplaira pas au nouveau gouvernement américain, tout soucieux qu'il soit d'expulser le plus possible de personnes provenant de pays qu'il considère comme étant ennemis.

  • André Savary - Abonné 21 février 2017 08 h 12

    séquelles

    Excellent texte qui remets dans le contexte...Des séquelles de Harper...
    Comme le disait Justin Trudeau, "parceque nous sommes en 2015" Rendu en 2017 il serait peut être temops de se mettre a jour...Il se passe bien des choses chez notre voisin du sud.

  • Colette Pagé - Inscrite 21 février 2017 12 h 38

    Plus d'humanité dans l'accueil des immigrants !

    Pour des raisons humanitaires ne serait-il pas raisonnable que les policiers de la GRC ne soient plus tenus de menotter les immigrants comme s'ils étaient de dangereux criminels.

    Aucun danger de fuite de ces personnes ayant pour plus de liberté fait le parcours du combattant.

    Des policiers qui, sur le terrain, il faut le mettre en évidence, sont obligés de se soumettres aux ordres de leurs supérieurs bien au chaud dans leur bureau.

  • Simon Pelchat - Abonné 21 février 2017 13 h 06

    Un autoportrait svp

    Rentrer dans le "plus meilleur pays du monde" dans la clandestinité et être reçu humainement par des policiers qui ont l'odieux de mettre les menottes aux arrivants dans un sentier enneigé, est du délire. On est loin des autoportraits des PM Trudeau et Couillard de janvier dernier. Quand vont-ils aller à Lacolle ou Emerson pour prendre des autoportraits? Accueillir un humain qui a dû payer des passeurs exploiteurs pour passer à côté du poste frontalier au lieu d'utiliser des fonctionnaires légitimes à préparer leur venue et la porte noble des douanes pour entrer dignement me semble être une dérive dans notre état de droit.