Corruption polluante

C'est le scandale de corruption le plus gros et le plus tentaculaire jamais mis au jour en Amérique latine. Son épicentre est au Brésil et n’est pas sans lien avec Petrobras, le géant pétrolier qui est à la source de l’affaire qui gangrène la vie politique brésilienne. Il concerne spécifiquement l’entreprise de construction BTP Odebrecht, qui construit des ponts, des routes, des barrages et des centrales thermiques. Fin 2016, la multinationale a conclu une entente punitive de 4,5 milliards $US avec les États-Unis, le Brésil et la Suisse pour avoir payé des pots-de-vin à hauteur totale de 800 millions de dollars. Il s’agissait du règlement anticorruption le plus important jamais conclu en vertu du Foreign Corrupt Practices Act, une loi américaine.

Il a été établi que la compagnie avait distribué des dessous-de-table dans le but de décrocher une centaine de contrats dans une dizaine de pays, surtout en Amérique latine (Argentine, Mexique, Cuba, République dominicaine…), mais aussi en Afrique (Angola et Mozambique).

Le scandale continue de rebondir avec les aveux récents de 77 ex-cadres du groupe de construction.

C’est ainsi que, début février au Pérou, un juge a délivré un mandat d’arrêt contre l’ancien président Alejandro Toledo (2001-2006) — héros de la cause amérindienne, aujourd’hui en fuite — pour avoir accepté 35 millions en pots-de-vin, notamment pour privilégier Odebrecht dans l’appel d’offres pour la construction du Transocéanique, un axe routier reliant le Pérou au Brésil, inauguré en 2013, et qui aura au final coûté 4,5 milliards, c’est-à-dire quatre fois plus que ce qui avait été prévu.

Dernier rebondissement en date : l’ouverture d’une enquête par la justice colombienne autour d’informations voulant que la compagnie brésilienne ait financé à hauteur de 1 million $US la dernière campagne électorale du président Juan Manuel Santos, par ailleurs artisan du récent accord de paix avec la guérilla des FARC.

C’est cependant au Venezuela que les pots-de-vin les plus importants ont été versés. C’est sous Hugo Chávez, décédé il y a quatre ans, qu’Odebrecht a fait ses meilleures affaires, décrochant au pays de la révolution bolivarienne quelque 11 milliards de dollars en contrats d’infrastructure. Plusieurs projets n’ont jamais été terminés.

Cet ample scandale montre bien que les classes politiques de tous bords sont infiniment achetables. Pas seulement en Amérique latine, du reste. La mondialisation a élargi le champ des corruptions, facteurs graves d’affaiblissement de la démocratie. Mais il se trouve au moins qu’en l’occurrence, les sociétés civiles et les appareils de justice se braquent contre cette kleptomanie. C’est bon signe. La corruption est polluante, mais pas irrémédiable.

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1 commentaire
  • Mario Laprise - Abonné 20 février 2017 16 h 40

    Corruption et paradis fiscaux

    Les paradis fiscaux sont la voie royale pour la corruption. Tout se fait en secret et il est très difficile de remonter à la source, au corrupteur ainsi qu'au corompu.

    Tant que les « démocraties » ne s'attaqueront pas à ce cancer, la corruption et l'évasion fiscale seront rois et maîtres.

    À lire : Nicholas Shaxson Les paradis fiscaux Enquête sur les ravages de la finance néolibérale.

    À s'arracher les cheveux! Une ganraine où la cupidité est érigée en système. Désolant.