Ottawa joue de prudence

Le gouvernement fédéral a finalement consenti une aide financière à Bombardier de 372 millions étalés sur quatre ans, sous forme d’un prêt remboursable, une aide que d’aucuns ont trouvée chiche. Il y a un an, Bombardier, qui était au bord de la faillite, avait réclamé d’Ottawa une aide équivalente à ce que Québec lui avait réclamé, soit 1 milliard de dollars américains.

Certes, Bombardier n’est plus dans la même situation qu’il y a un an : elle semble sur la voie de se tirer d’affaire, si l’on en croit les analystes financiers.

Branché sur Bay Street, le gouvernement Trudeau aurait voulu que la famille Beaudoin abandonne le contrôle de l’entreprise, contrôle qui s’exerce par l’entremise d’actions à vote multiple, comme plusieurs grandes entreprises canadiennes. Les Beaudoin ont refusé. L’abandon de ces actions à vote multiple aurait menacé le contrôle québécois de Bombardier, ce dont le gouvernement fédéral ne semblait aucunement se soucier.

L’intervention fédérale peut apparaître calibrée pour contrer les critiques au Canada anglais : la multinationale québécoise vivrait aux crochets de l’État canadien depuis trop longtemps. Les accusations de « corporate welfare » ont fusé. Les conservateurs, qui ont cautionné les milliards en subventions versés à l’industrie des sables bitumineux, estiment qu’Ottawa n’aurait pas dû venir en aide à Bombardier. Les deux tiers du prêt servent à soutenir le développement de l’avion d’affaires Global 7000, fabriqué à Toronto. Seulement 120 millions iront à la CSeries : une broutille.

Bombardier a ses torts : sa gestion déficiente explique une partie des dépassements de coûts de 2 milliards qu’a connus le programme de la CSeries. Pareils dépassements dans le développement de nouveaux avions sont toutefois fréquents.

En réalité, Bombardier a eu droit à une aide financière normale qui s’inscrit dans le programme fédéral de soutien à la recherche-développement destiné à l’aéronautique. Ni plus, ni moins. Ottawa évite ainsi qu’une plainte soit soumise à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), comme celle que le Brésil a déposée en décembre contre le Canada et Bombardier au nom d’Embraer en raison du soutien de Québec.

Les détracteurs de Bombardier et de l’aide financière dont l’avionneur a bénéficié au fil des ans ne semblent guère au fait de la réalité mondiale de l’industrie aéronautique. Tous les États subventionnent lourdement la recherche-développement de leurs avionneurs, à même les dépenses militaires ou autrement. Les pays ont le choix entre subventionner leur industrie aéronautique ou ne pas en avoir, comme l’a déjà fait observer le Prix Nobel d’économie Paul Krugman, un des concepteurs de la nouvelle théorie du commerce international.

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