Au-delà du bilinguisme

Les discussions à propos du bilinguisme des candidats à la course à la direction du Parti conservateur, le sondage réalisé pour Patrimoine Canada sur le bilinguisme et les réponses du premier ministre Justin Trudeau sur le caractère bilingue de la capitale fédérale ont un point en commun. Ils témoignent tous d’une vision réductrice de l’enjeu de la survie et de l’épanouissement de la culture francophone au pays.

L'année 2017 marque le 150e anniversaire du pacte conclu en 1867 entre deux peuples fondateurs, les Premières Nations ayant été tenues à l’écart. Cette notion de deux peuples fondateurs a encore une résonance chez les francophones, mais est tombée en désuétude ailleurs. Parce qu’elle occulte la contribution des autochtones et celle subséquente des différentes vagues d’immigrants.

Elle reflète pourtant une réalité historique qui a encore sa pertinence. L’Acte de l’Amérique du Nord britannique (AANB) est le fruit d’un compromis qui, pour les Canadiens français, devait assurer le maintien de leur poids politique et la survivance de leur culture fondée sur la langue, la religion et le régime juridique.

Les années qui ont suivi la signature de l’AANB ont toutefois été source de désillusion, plusieurs provinces adoptant des lois et règlements pour priver les Canadiens français de leurs droits à l’éducation, à des services et à des textes juridiques dans leur langue. Les répercussions, malgré des correctifs apportés au fil des 50 dernières années, se font encore sentir. L’assimilation de francophones vivant à l’extérieur du Québec en est le plus triste exemple.

Le sentiment d’insécurité culturelle des francophones est d’ailleurs toujours très vif. Selon une enquête réalisée pour Patrimoine Canada et dont Le Devoir faisait état cette semaine, 74 % des francophones jugent que le français est menacé au Canada. Chez les anglophones, seulement 34 % partagent cette préoccupation.

La réalité des francophones est généralement méconnue dans le reste du pays ou laisse carrément indifférent. Trop souvent la question est réduite à une affaire de bilinguisme. Pour souligner les progrès réalisés, on nous sort invariablement les statistiques sur le bilinguisme individuel et le taux d’inscription dans les écoles d’immersion.

Il s’agit de deux aspects essentiels à la mise en valeur du français, mais ils ne garantissent pas aux francophones un vivre ensemble dans leur langue là où ils sont minoritaires. Il faut davantage. Il faut des politiques solides et des outils pour permettre aux citoyens francophones de s’épanouir dans leur langue sur les plans culturel, intellectuel, social, économique.

 

Ce n’est pas du côté du Parti conservateur qu’on trouvera pour l’instant une réponse. La course à la direction bat son plein et offre à cet égard un spectacle pathétique. D’abord, plusieurs candidats parlent peu ou pas français. Ils disent tous qu’un chef qui aspire à être premier ministre doit être bilingue, mais ils se lancent dans la course même s’ils ne le sont pas ! L’ancienne ministre Lisa Raitt y travaille, dit-elle, mais n’a pas réussi à répondre à une seule question en français lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa cette semaine. Et elle était là pour dénoncer un éventuel candidat, Kevin O’Leary, un unilingue endurci qui reporte son entrée en scène après le seul débat en français à Québec, le 17 janvier…

Et au-delà de ce débat sur la compétence linguistique des uns et des autres, que proposent les candidats aux francophones du pays ? Rien.

Du côté du gouvernement libéral, ça s’annonce mieux, bien que… Lorsqu’on demande au premier ministre Trudeau de se prononcer sur la pertinence de déclarer la capitale fédérale officiellement bilingue, il se défile, sans égard à l’importance symbolique et aux retombées concrètes qu’un bilinguisme institutionnel inscrit dans un règlement ou un texte de loi aurait pour les francophones.

À sa décharge, le gouvernement libéral a imposé le bilinguisme fonctionnel comme critère de sélection des juges à la Cour suprême, consulte les communautés de langue minoritaire et planche actuellement sur un plan d’action pour les langues officielles.

Ce plan est attendu en 2018 et on le jugera selon sa valeur, mais il importe de rappeler qu’on ne peut traiter de la même manière les minorités francophones et la minorité anglophone du Québec. Leur réalité et leurs besoins ne sont pas les mêmes.

7 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 7 janvier 2017 08 h 05

    Gageons....

    Gageons que Trudeau, quand il sera temps de prendre compte du recul du français dans son gentil système fédéral, va prendre des mesures poiur augmenter la visibilité des mesures pour les minorités et des autochtones là où le nombre le justifie.

    En clair il va noyer le poisson sous de beaux sentiments vibrants z'et fiers de Canadien z'ouvert à tous les z'horizons.

    En clair, comme toujours il va réagir comme son papa mais avec un grand sourire niais, sa spécialité.
    Il vient de le faire dans la santé, avec sa vision comme quoi ce qui est bien pour Ottawa est bien pour tout le monde. Il n'existe aucune différence entre Terre-Neuve et l'Ontario, c'est évident... pour lui seul.

    Je n'ai rien contre les autochtones, au contraire. En fait les Québécois sont tous des Métis, alors! Si ce n'était des réserves, les rapports entre Québécois et autochtones auraient continué à fleurir de belle façon pour le plus grand bien de tous.

    La question n'est pas là. Les besoin des autochtones depuis leurs réserves, ou pas, sont extrêmement différents de ceux des francophones. Ce serait faire insulte aux uns comme aux autres de les confondre... et c'est ce que Justin fera.
    Bin quin.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 7 janvier 2017 17 h 53

      Ne nous fâchons pas, ça va continuer ainsi, venant d'outre-outaouais.

  • Gilles Théberge - Abonné 7 janvier 2017 11 h 02

    Et à n'en pas douter, malgré votre texte qui pose correctement la question, je ne doute pas, et vous non plus j'imagine, qu'il ne fera pas partie des raisonnement qui inspireront le soi-disant "plan d'action" du fédéral sur les langues officielles.

    Pour cela il faudrait que la ministre responsable du dossier soit capable de réfléchir et d'agir en conséquence, en dehors de la logique actuelle, et surtout d'imposer cette avenue de solution véritable.

    Ce dont je la crois incapable.

  • François Dugal - Inscrit 7 janvier 2017 11 h 22

    What?

    What did she say? (De qu'ossé qu'a di)

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 janvier 2017 09 h 33

    Chacun sait que les lumieres sont faibles a Ottawa.

    Mais je crois que les clous sur lesquels on doit frapper sont nos grands défenseurs
    le la langue francaise :Couillard et Fournier.

  • James R Godin - Inscrit 8 janvier 2017 10 h 33

    Vous.....

    ...forcez la note quand vous affirmer que l' AABN fut déjà perçu dans le ROC comme un pacte entre deux peuples fondateurs. Même les intellectuels et quelques politiciens les plus ouverts aux demandes dites traditionnelles du Québec ne croyaient pas à cette "théorie" et l'acceptaient encore moins.