Les dindons

La fin prochaine des frais accessoires conduit plusieurs médecins à entreprendre des moyens de pression : rendez-vous annulés, menaces de fermeture de cliniques, etc. En négociation avec le gouvernement, les fédérations les y encouragent… Le ministre Barrette a raison de les sermonner, mais il est loin d’être sans responsabilité dans cette autre farce de type « chicane de docteurs » dont il semble que nous soyons les dindons, une fois de plus.

Dans certains bilans de fin d’année, Gaétan Barrette a obtenu de bons points pour avoir « aboli les frais accessoires ». Les mérite-t-il ? Non, d’abord parce que rien n’est réglé. Le règlement abolissant les frais accessoires (FA) a été prépublié le 28 septembre. Aucune négociation entre le gouvernement et les fédérations médicales n’a eu lieu avant le 16 décembre. Du temps précieux a été perdu. La promesse du ministre ? Que le règlement prendrait effet « au plus tard dans la première ou la deuxième semaine de janvier [2017], et plus tôt si possible ». Pour ce faire, il aurait fallu se mettre à la table dès la fin de septembre. Mercredi, le cabinet de M. Barrette était incapable de dire si les négociations avaient lieu, mais on promettait une abolition effective « bientôt ».

Revenons à la question initiale, à laquelle nous répondons par un deuxième non, car le ministre Barrette, au fond, ne souhaitait pas abolir les FA. Sa solution préférée ? Celle proposée par les lobbies de médecins : légalisation et « encadrement » des frais. En juin 2013, quand les Médecins québécois pour le régime public ont exigé l’abolition des FA, M. Barrette, alors président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, avait rétorqué que les MQRP ne représentaient selon lui à peu près personne et avaient des positions « dogmatiques ». Devenu ministre, son discours n’était pas très différent. Octobre 2015 : il affirme que l’abolition est impossible « à moins d’augmenter les impôts ». La protectrice du citoyen dénonce les frais ? « On est tous pour la vertu. Elle a fait un rapport vertueux, mais à un moment donné, il faut être réaliste. »

Sa décision d’abolir les frais est une volte-face, faite à contrecoeur. Elle lui a été imposée par un recours collectif contre les FA et la démarche de l’avocat Jean-Pierre Ménard, qui a carrément intimé à Ottawa de faire appliquer sa loi au Québec, loi qui interdit les frais accessoires. Sous peine de voir ses paiements de transfert amputés. Déjà en tension avec le fédéral au sujet des transferts, le gouvernement Couillard a dû céder, en septembre 2016, et a annoncé qu’il éliminait l’épine des FA.

La réaction des fédérations est actuellement similaire à… celle du doc Barrette de 2013, version FMSQ : cris d’orfraie, moyens de pression. Dans un courriel à ses membres, le 16 décembre, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, les a carrément incités à annuler les rendez-vous. Le ministre Barrette (version décembre 2016) a raison de répliquer que, dans une rémunération de quelque 4 milliards de dollars, il y a de l’espace pour régler un problème de quelque 60 millions. La grève des rendez-vous des médecins québécois, ces hyperprivilégiés de notre régime, a quelque chose d’indécent. Des dizaines d’entre eux, en plus, ont arnaqué pendant des années des patients infiniment plus pauvres qu’eux ; patients qui avaient besoin de soins et qui payaient déjà de lourds impôts en espérant en recevoir. Cette cupidité infinie plombe la cote de confiance des Québécois à l’égard de la gent médicale.

À ce sujet, la présidente de l’Association médicale du Québec, Yun Jen, écrivait dans nos pages, fin novembre : « Nous vivons les conséquences de la rupture de notre contrat social, qui exige de notre part un investissement dans les solutions. » Les fédérations devraient en prendre bonne note et régler cette question rapidement. Sinon, les Québécois auront compris qu’ils sont les dindons de cette farce.

15 commentaires
  • Marie-Ève Simard - Inscrite 30 décembre 2016 05 h 40

    Nous sommes en 2017

    Est-il possible que les «bons docteurs» soient devenus des arnaqueurs? Quand un groupe de la société devient si puissant, que reste-t-il aux citoyens pour se défendre? Un gouvernement aux mains des docteurs? Quand le mal sera fait, ceux-ci seront couchés dans un paradis fiscal.

    Peut-on compter sur les fédérations pour régler cette question? Non! Le conflit d’intérêts est trop patent.

    Ne reste qu’une solution, élire un gouvernement «en colère» pour sauver une démocratie les fesses à l’air.

  • Bernard Terreault - Abonné 30 décembre 2016 08 h 02

    Je commence à penser que...

    En caricaturant un peu, aux États-Unis la médecine est considérée comme n'importe quelle autre business, mais pour l'exercer les étudiants ont dû s'endetter de 100 000 $ ou plus en frais de scolarité. Ici, ces études sont pratiquement gratuites, elles sont payées à grands frais par nous, les contribuables. Peut-être devrions-nous faire payer par les étudiants à leur vrai coût, 20 000 - 30 000 $ par année, les études en médecine.

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 décembre 2016 12 h 12

      M. Terreault, il faut faire attention avec la question de l'accessibilité aux études quand il est question des frais de scolarité universitaires. Par ailleurs, il est faux de prétendre qu'elles sont « pratiquement gratuites » les études universitaires au Québec. D'ailleurs, le gouvernement Marois a décidé d'indexer les frais de scolarité universitaires suite au Printemps érable.

  • François Dugal - Inscrit 30 décembre 2016 08 h 03

    La manière

    Les médecins sont incorporés : la santé est une grosse affaire. Par le biais des frais accessoires, les paient leurs dépenses de bureau : l'affaire n'est-elle pas "ketchup".
    Que fait le ministre?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 décembre 2016 08 h 41

    En plus d'etre les dindons

    les citoyens sont "tondus"comme les moutons,"plumés comme les alouettes ,a quand les alouettes en colere contre Barette et les insatiables pauvres médecins...

  • Jacques Tremblay - Inscrit 30 décembre 2016 09 h 25

    La dinde est tannée de se faire plumer

    Pendant ce temps à Matane un autre électron libre, un chirurgien cette fois, a décidé de ne pas respecter ses engagements et laisse ainsi en plan toute la population de Matane et l'équipe médicale du bloc de chirurgie de son hôpital régional pendant ce temps payée à grands frais sans que ce chirurgien pratiquant "l'hôpital buissonnière" ne subisse aucune réprimante monétaire et/ou professionnelle. Ça doit être ça le contrat social âprement négocié par notre vaillant gouvernement. Cela démontre à quel point les dirigeants de tous les hôpitaux du Québec sont à la merci du moindre caprice de nos aristocrates médicaux. Nos dirigeants marchent constamment sur des œufs n'ayant aucun moyen pour faire respecter des engagements qui se font somme toute uniquement sur l'honneur. Ce sont souvent les administrateurs régionaux qui vivent avec les blâmes de leur population. Il est franchement injuste de donner des responsabilités légales à des directeurs sans leur donner les moyens nécessaires pour qu'ils puissent accomplir leurs responsabilités. Tous les spécialistes devraient être des employés payés directement par l'hôpital de manière à ce que les conseils d'administration aient les poignées nécessaires pour coordonnées adéquatement les tâches des équipes soignantes. C'est la loi du gros bon sens qui n'est tout simplement pas appliqué. Pendant ce temps nos spécialistes chipotent pour 60 millions sur un budget de 4 milliards en rémunération et menacent de couper les services à la population. Quel parti politique aura le courage de mettre fin à toute cette "médecine buissonnière" irrespectueuse des besoins des citoyens?
    Jacques Tremblay
    Sainte-Luce, Qc

    • Maryse Veilleux - Abonnée 30 décembre 2016 14 h 43

      Pas pour rien que la ministre fédérale de la santé, madame Philpot a mentionné que la raison d'amputer le budget de la province était parce que les budgets donnés ne servaient pas aux services prévus initialement.