Félins furtifs et fonctionnaires féroces

Rien ne symbolise mieux les difficultés de l’administration Coderre que le règlement sur le contrôle des animaux, adopté cet automne. Retour sur un feuilleton rocambolesque.

Le Devoir a dit tout le mal qu’il pensait des chiens de type pitbull. Les Montréalais n’ont pas à tolérer dans l’espace public ces races indésirables de chiens de combat, réputées pour leur propension à attaquer et même tuer des êtres humains sans la moindre provocation. Même s’il est imparfait, le règlement municipal adopté par la Ville de Montréal a sa raison d’être.

Le règlement permettra de sauver des vies, et il évitera que des enfants soient défigurés en toute impunité par des molosses indomptables. L’administration Coderre a raison de vouloir éliminer graduellement la présence de chiens de type pitbull sur son territoire et d’exiger que les propriétaires se soumettent à des contrôles plus stricts, afin que les chiens soient enregistrés, vaccinés et muselés. Cela tombe sous le sens. C’est la solution du moindre mal, à défaut de pouvoir agir sur l’irresponsabilité des propriétaires de chiens qui considèrent l’agressivité de « toutou » comme une vertu.

Depuis que la validité du règlement a été confirmée par la Cour d’appel, la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA) se livre à un chantage éhonté. À la fin du mois de mars, l’organisme cessera de s’occuper des chiens de neuf arrondissements de Montréal, en guise de protestation contre l’adoption du règlement. Il s’agit d’une mesure draconienne, alors qu’il existe une autre avenue dans une société de droit : poursuivre la contestation devant les tribunaux.

La SPCA n’est pas un lobby comme les autres. L’organisme assume, par contrat, des responsabilités normalement dévolues à une municipalité en matière de contrôle animalier. Dans le dossier des chiens de type pitbull, la SPCA fait peu de cas des conséquences de son activisme sur l’organisation des services à Montréal. Elle fait passer le bien-être et l’intérêt animal, qui constituent le coeur de sa mission, avant la sécurité des Montréalais, dont les élus municipaux sont les ultimes garants.

Dans ces circonstances, on comprend pourquoi la Ville de Montréal veut se doter d’une fourrière, en principe en 2018. Les Montréalais ne peuvent pas compter sur la SPCA ni le Berger blanc (un organisme montré du doigt pour le mauvais traitement des animaux par le passé) pour assurer la prestation d’un service public.

Il est tout à fait souhaitable, voire sain dans une démocratie, de compter sur des organisations de défense des droits des animaux. Seulement, leur militantisme ne fait pas bon ménage avec la prestation de services publics.

Les chiens ne sont pas les seules victimes du règlement sur le contrôle des animaux. Dans une décision sans queue ni tête, l’administration Coderre a décidé de frapper aussi sur les chats. Ce libertaire sans attache, volage et farouchement libre devra lui aussi porter sa médaille. Jusque-là, rien à redire. Toutefois, le chat pris en flagrant délit de flânerie sur le terrain d’un voisin sera traité comme un indésirable. Les chats de Montréal, voyez-vous, devront apprendre à rester sur leur terrain, sous peine d’une amende de 500 $ à 750 $. Quel fonctionnaire féroce — à défaut d’un autre qualificatif moins poli — a pu s’imaginer un seul instant que ces créatures, déifiées dans l’Égypte pharaonique, allaient s’abaisser à respecter la réglementation municipale de simples mortels ?

La propriétaire de la Clinique vétérinaire du Plateau Mont-Royal y est allée d’une remarque savoureuse au sujet de ce règlement. « C’est clair que le territoire de chasse du chat est déterminé par le chat et non pas le service des cadastres de la Ville de Montréal », a-t-elle dit.

Cette section du règlement, sortie de nulle part, vient apporter un remède pressant à un mal inexistant. Contrairement au chien fou qui mord, tue ou défigure, le chat qui se prélasse chez le voisin ne représente pas une menace. Qu’on le laisse dormir, et la sécurité du public sera assurée.

La vie municipale est parfois une enfilade de complots de salon et de pantalonnades dont le règlement « antichat » est une belle illustration. Le « dossier » des chats n’a fait l’objet d’aucun débat de société cette année, et pourtant, les félins sont tombés dans le même filet réglementaire que les pitbulls.

Espérons que le « gros bon sens », la vertu préférée du maire Denis Coderre, reprenne ses droits en 2017. Un chat n’est pas un pitbull.

17 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 28 décembre 2016 05 h 51

    Bravo ....

    Coderre, souvent tombe dans l'exagération. Peut-être ne connaît-il pas tout finalement, à savoir que les chats sont indépendants comme dit l'expression "des paons pas de queue". Les chats ne sont pas nuisibles dans une ville où plein de rats se promènent allègrement. Alors laissez-leur dont de faire leur boulot de minou.

  • Louise Collette - Abonnée 28 décembre 2016 07 h 02

    Chats

    Sont vraiment fous ces humains...

  • André Chevalier - Abonné 28 décembre 2016 07 h 21

    Montréal ville ouverte...

    ...pour les rats!

    • Hélène Boily - Abonnée 29 décembre 2016 18 h 00

      Comme le fut Cap-Rouge au début des années 2000.

  • François Dugal - Inscrit 28 décembre 2016 07 h 59

    De l'utilité

    Les chats ont une millénaire utilité : ils contrôlent la vermine. Laissons-les faire leur vie de chat (il y en a neuf) en paix et disons collectivement un merci respectueux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 décembre 2016 12 h 38

      Ils tuent aussi des oiseaux. Par millions.

    • Marc Therrien - Abonné 28 décembre 2016 14 h 42

      Laissons-les vivre leur vie...confortable de chat domestique? ou misérable de chat abandonné, errant?

      Le problème avec les chats errants nés de chats abandonnés est qu'ils sont prolifiques. Il peuvent engendrer jusqu'à 8 nouveaux chatons par année. Parlez-en aux tenanciers de refuges pour chats qui ne suffisent plus à la demande. Comme le décrit si bien monsieur Daniel Charron plus bas, ils ne se contentent pas de chasser les petites souris (car pour ce qui est des gros rats, j'ai un doute), il tuent aussi nombre d'oiseaux qui embellissent nos cours par leurs couleurs et leurs chants variés. Et ne pouvant aller d'eux-mêmes chez le vétérinaire, ils sont porteurs de quelques maladies transmissibles qui ne font que perpétuer la misère chez leurs congénères.

      Marc Therrien

  • Daniel Charron - Abonné 28 décembre 2016 10 h 42

    Méfaits des chats chez les voisins

    Je vis à Sherbrooke dans un quartier résidentiel et je suis entouré de propriétaires chat. Certains ne les laissent pas sortir mais la majorité les laisse libre d'errer dans le voisinage. J'en reçois 3 qui ont décidé que mon territoire est le leur et que je dois les accepter. Tapis ici et là sur ma proprété ils traquent et tuent les oisieaux que j'alimentent. Ils marquent leur territoire et défecque dans mes plates-bandes. Ils tuent les suisses qui embellissent nos journées. Que dire des miaulements stridents qu'ils font lors de la période des chaleurs des femelles. Et finalement leurs chicanes entre eux pour protéger leur territoires. Ils passent plus de temps chez nous et mes voisins que chez eux.

    Ils agissent de même chez mon voisin ornithologue. Celui-ci a pris contact avec le propiétaire d'au moins un des chats, car il ne peut localiser les propiétaires des autres. Vivent les chats pas de médailles! Mon copain lui a demandé de garder son chat sur sa propriété en lui parlant des désagréments qu'il subit. Il lui a ri au nez par le propriétaire lui a garanti que son animal n'était pas dangereux et qu'il ne pouvait le restraindre à rester sur sa propriété ou à errer dans le voisinage. Alors pourquoi certains les gardent dans leur maison? Serait-ce parce qu'ils sont de mauvais propriétaire?

    C'est ça, en bon voisin tu nous obligent à subir ton chat et toi tu ne pourrais accepter des contraintes et le contrôle de ceux-ci. Est-ce que mes enfant vont chez vous faire des méfaits dans tes fleurs?

    Tous les chiens du voisinage sont attachés ou restreint à leur cour, leur maître les promènent en laisse, ramsassent leurs excréments, s'obligent à les enregistrer, les empêchent de marquer leur territoire sur ma pelouse et pourtant leurs chiens ne sont pas dangeureux.

    Chat, chien ou enfants le contrôle est de mise; on ne peut impunément les laisser errer dans le voisinage.

    • Gilles Gagné - Abonné 28 décembre 2016 13 h 10

      Bon commentaire M. Charron, si tous les propriétaires de chien et/ou de chat avaient la délicatesse et la civilité de garder leurs bêtes à l'intérieur de leurs propriétés et les museler à l'extérieur on parlerait très peu d'agression. Ici on aime peinturer mur à mur et parler fort du haut de sa chaire, c'est populaire!