Nécessaire commission

Le gouvernement du Québec est finalement passé à l’acte. Il y aura enquête publique sur les relations entre autochtones et certains services publics. La commission ne s’arrêtera pas au sort des femmes autochtones ni aux actes des corps policiers, et c’est tant mieux.

Le reportage de Radio-Canada sur les sévices subis par des femmes autochtones aux mains de policiers de Val-d’Or a eu l’effet d’un électrochoc. Il a secoué l’indifférence ambiante et braqué les projecteurs sur la discrimination systémique que vivent les autochtones au-delà des frontières de Val-d’Or.

Le Québec n’est pas un cas unique. La mise sur pied par Ottawa de la commission d’enquête sur les femmes autochtones assassinées et disparues en témoigne, tout comme les autres enquêtes qui les ont précédées. Les gestes abusifs de certains policiers s’inscrivent dans une histoire et un contexte où l’iniquité à l’endroit des autochtones est trop souvent la norme. La décision de mandater la commission québécoise, présidée par le juge à la retraite Jacques Viens, de se pencher sur les « causes structurelles » et les « enjeux systémiques » découle de ce constat.

Il est vrai qu’au départ, les communautés autochtones demandaient une enquête judiciaire sur la situation à Val-d’Or. Les discussions avec le gouvernement québécois ont mené à élargir la perspective, à la satisfaction de plusieurs leaders autochtones, dont Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations pour le Québec et le Labrador, et Adrienne Anichinapao, chef de Kitcisakik.

« C’est plus que ce qu’on avait demandé, mais ça va nous donner un bon coup de main, aux Premières Nations et au gouvernement, parce qu’on va voir l’ampleur du problème qui n’est pas qu’au niveau de la justice et de la police », confie Mme Anichinapao. Et elle se réjouit du fait que cette commission offrira aux femmes un endroit où s’exprimer.

Le juge Viens aura dans sa mire les services policiers, le Directeur de la protection de la jeunesse, les services correctionnels, le système judiciaire et certains services sociaux. On pourrait craindre l’éparpillement, mais nombre de rapports, au Québec et ailleurs, ont démontré les effets souvent combinés de ces services sur la vie des autochtones.

Un jeune autochtone qui se retrouve en difficulté ou à la rue risque davantage qu’un non autochtone d’être judiciarisé et de ne pas bénéficier d’un accès égal à une libération conditionnelle. Les statistiques le démontrent. La surjudiciarisation des autochtones est souvent liée au manque de services sociaux et de santé appropriés, indique une étude sur la situation à Val-d’Or et dont Le Devoir faisait état récemment. Les statistiques montrent aussi que la proportion de femmes autochtones tuées ou disparues dépasse largement celles des femmes non autochtones.

Cette nouvelle commission permettra de se concentrer sur la situation québécoise, d’en cerner les particularités et ainsi d’éclairer les commissaires fédéraux, ce qui est bienvenu. Mais durant les deux années que dureront ses travaux, le gouvernement et les communautés autochtones doivent continuer à agir là où c’est possible. Comme à Val-d’Or, où les chefs ont tendu la main à la Sûreté du Québec pour travailler de concert à l’apaisement des tensions, d’expliquer M. Picard.

Les pas faits cette semaine sont encourageants, mais même un travail impeccable de la commission ne pourra suffire. Ses pistes de solution ne seront utiles que si le gouvernement passe ensuite à l’acte. Le gouvernement Couillard s’engage à mettre en place un mécanisme de suivi. C’est essentiel, mais il faudra aussi y associer les leaders autochtones qui, de leur côté, devront s’engager à faire de même auprès de leurs communautés.

6 commentaires
  • Louise Collette - Abonnée 23 décembre 2016 07 h 46

    Libéraux

    Les Libéraux n'ont plus le choix ils doivent redorer leur blason, gros travail, d'où cette enquête publique, autrement pas sûre qu'ils seraient passés à l'action.

  • Michel Lebel - Abonné 23 décembre 2016 08 h 54

    Commission pertinente?


    Un autre délai de deux ans, accompagné de témoignages plus ou moins vrais ou pertinents. Pas de quoi pavoiser, sauf pour certains, dont les médias.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 décembre 2016 14 h 57

      Préférez-vous l'inaction libérale ? Ou l'action libérale qui consiste a noyer les poissons avec la complicité de certains medias ?

  • Marc Therrien - Abonné 23 décembre 2016 09 h 00

    Prendre acte, répondre et agir donc, être responsable

    Les pas faits cette semaine sont encourageants, mais même un travail impeccable de la commission ne pourra suffire. Ses pistes de solution ne seront utiles que si le gouvernement passe ensuite à l’acte».

    Effectivement. Depuis le succès télévisuel de l'émission «Tout le monde en parle», on sait que la population québécoise aime bien jaser et se regarder jaser. Elle sera donc bien servie avec cette autre commission d'enquête. D'ailleurs ce moyen de communication est en voie de s'installer dans notre culture de façon à ce qu'il y en ait une fois par année. Le plaisir de réfléchir, de discourir et de débattre caractérise très bien l'esprit français. Il est à espérer que pour cet exercice, les discussions transcenderont les simples considérations folkloriques qui parfois unissent et d'autres fois séparent ces deux peuples.

    Enfin, comme disent les «anglos» qui sont plus pragmatiques que théoriques, «talk is cheap». Toutes les idées «venant du ciel» peuvent être bonnes et utiles dépendant des conditions d'existence du contexte dans lequel elles s'installent. C'est dans l'action, en observant les résultats et les conséquences, qu'on peut vraiment juger «l'arbre à ses fruits». Comme disait André Malraux :« l’homme est ce qu’il fait».

    Marc Therrien

  • Claude Poulin - Abonné 23 décembre 2016 18 h 02

    Leaders et suivi...

    "Le gouvernement Couillard s’engage à mettre en place un mécanisme de suivi. C’est essentiel, mais il faudra aussi y associer les leaders autochtones qui, de leur côté, devront s’engager à faire de même auprès de leurs communautés." Le problème avec ces leaders, c'est que souvent ils font partie de cet ensemble fort complexe.

    • Claude Tremblay - Abonné 25 décembre 2016 07 h 36

      J'en rajoute. En lisant le texte de Mme Corneiller je ne vois aucun endroit oü on parle du role de ces leaders particulierement de la ministre responsable des affaires autoctones qui a réagit de facon, précipitée et comdamnable face aux policiers en s'appuyant seulement sur le reportage de Radio Canada. elle n'a pas seulement déploré la sitiation mais a pris acte que cela s'est réellement passé, qu'il y a eu agression sexuelle auprès des autoctones. Par contre le DPCP a lui, apres étude de la preuve qu'il n'y a pas matiere a accusation. qui dit vrai. J'estime que les positions de la ministre ont créé un climat de tension plus fort dans ce milieu ou déja ces tendions existaient.