Le mal et le bruit

Au-delà du profond accablement qu’il inspire, l’attentat terroriste au camion commis au marché de Noël de Breitscheidplatz, à Berlin, constitue aussi une mise en garde contre un comportement qui empêche généralement d’y voir clair : celui qui consiste à sauter trop vite aux conclusions. En fait foi le fait que le réfugié d’origine pakistanaise appréhendé lundi soir par la police n’avait finalement rien à voir avec l’attentat.

Il ne s’agit certainement pas ici de minimiser la violence que sèment l’islam radical et la « radicalisation » d’une certaine minorité. Mais il faut quand même reconnaître que se développe, dans le climat social et politique actuel, une atmosphère de lynchage collectif. Entre le mal que font les terroristes et le bruit que font la droite et l’extrême droite, le champ de la pensée se rétrécit à la faveur de tout un éventail de crispations sécuritaires.

L’accablement qu’inspire ce nouvel attentat en sol européen n’a d’égal que celui qu’inspirent les propos proférés en rafales par les leaders de la nébuleuse populiste tout de suite après l’attaque. Donald Trump aura évidemment raté l’occasion de faire une nuance ou deux quand il a dénoncé les « terroristes islamiques » qui agressent « continuellement les chrétiens ». C’est oublier courtement que la très grande majorité des victimes de cette terreur sont avant tout musulmanes.

Toujours sur Twitter : « Tous ces morts, ce sont les morts de Merkel ! » a déclaré de son côté Marcus Pretzell, l’un des principaux leaders du parti populiste AfD (Alternative pour l’Allemagne), prompt à lier l’attentat du marché de Noël à la politique d’accueil des migrants appliquée par la chancelière Angela Merkel depuis l’été 2015.

Entendu que cet attentat apporte de l’eau au moulin de la vision du monde xénophobe et paniquée d’une organisation comme l’AfD, un parti qui a enregistré une forte percée lors des élections régionales partielles du printemps dernier. Sauf qu’il est objectivement permis de penser que le groupe armé État islamique (EI), qui a revendiqué l’attentat mardi, n’avait pas besoin que Mme Merkel mette en place une politique d’accueil pour aller commettre un ou des attentats en sol allemand. Que le groupe EI en use politiquement pour jeter de l’huile sur le feu de la vie politique nationale en plein temps des Fêtes est une autre affaire.

Ce que la chancelière ne sait que trop bien, à une dizaine de mois des prochaines législatives. Dans les faits, Mme Merkel a durci sa politique d’asile depuis l’arrivée de 900 000 réfugiés en 2015 et la poussée électorale de l’AdF — à l’égard des Syriens mais, plus spécialement, des Afghans. Puisque sa réélection passe par la dérive populiste ambiante.

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7 commentaires
  • Jacques Morin - Inscrit 21 décembre 2016 07 h 40

    Le silence des agneaux

    Il faut bien que ce que vous appelez la droite hausse le ton pour compenser l'accablant silence
    de la gauche sur les véritables responsables de ces actes.

    IL nous faut un débat sur la nature de l'islam, au plus vite. Trop de contre-vérités hantent les esprits.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 21 décembre 2016 14 h 01

      Comment voulez-vous faire un débart sur l'Islam, quand le soi-disant saint livre le Coran prêche en faveur du djihad contre les mécréants que nous sommes...Le débat doit se faire d'abord chez les musulmans, entre eux,,,Il doivent prendre conscience que l'origine du mal qui gangrène leurs sociétés provient de certaines sourates de leur Coran...Ils leurs restent une sérieuse révolution spirituelle à faire faire à leur religion...En seront-ils capables ? Seront-ils capables d'amorcer ces changements sans violence ? J'en doute... Ça fait des lunes que les Sunnites et les Chiites se font la guerre...Faut croire qu'ils préfèrent le combat au débat...

  • François Dugal - Inscrit 21 décembre 2016 07 h 53

    Qui?

    Qui fait du "lynchage collectif", monsieur Taillefer?

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 21 décembre 2016 12 h 03

    Galvauder le terme populiste ou populisme...

    semble être à la mode du jour...Ceux qui ne pensent pas comme vous sont tout de suite catégorisés...populistes. Surtout lorsque le sujet porte sur l'Islam et la violence qui l'entoure...

    Pourquoi parler de dérive lorsqu'un policier arrête un suspect...?
    Vous parlez de radicalisation d'une "certaine minorité" islamiste versus.... le "lynchage collectif"...des populistes?
    Des propos proférés en rafales par (selon votre terme) des "populistes" est-il aussi aggravant qu'un attentat meurtrier -16 morts et 48 blessés- en Allemagne...?

    Vous n'avez pas les mêmes notions de gravité... pour tous.
    Vous faites dans les "matantes et les mononcles" et "gérants d'estrades" qui pullulent maintenant dans nos hémisphères médiatiques...et gouvernementales !

    Faire la différence entre l'objectivité et la subjectivité...et relativiser le tout .

  • Gilles Théberge - Abonné 21 décembre 2016 12 h 28

    Qui fait de "l'amalgame" à l'envers ?

    Qui dit que l'islam n'a rien à voir avec ces attentats? Vous...!

  • Louise Martin - Abonné 21 décembre 2016 13 h 43

    Le choc des ignorances

    Mahomed Arkoun, éminent islamologue d'origine algérienne décédé il y a peu parlait du choc des ignorances et non de celui ds civilisations. Ce dont M Taillefer parle ici, c'est le danger d'une montée de l'extrême droite un peu partout dans le monde, récupérant les attentats barbares de l,EI qui instrumentalise le Coran de la même façon que l'église catholique a utilisé la bible du temps de l'Inquisition. De là, l'importance de s'informer et d'informer pour empêcher tous les Trump de ce monde de manipuler l'ignorance.
    Louise Martin
    abonnée