Médias à risque

Les municipalités du Québec ont obtenu de nouveaux pouvoirs dans le cadre du projet de loi 122, notamment concernant la publication de leurs avis publics. Cette réforme est cependant une calamité pour les journaux imprimés et les citoyens qui tiennent à l’information locale.

Les quotidiens et les hebdomadaires imprimés, dont Le Devoir, sont inquiets. Le projet de loi 122 permettra aux municipalités de publier leurs avis publics en ligne sur leurs propres sites, sans passer par les journaux comme ce fut toujours le cas. Tout au plus le gouvernement pourrait-il fixer « des normes minimales » sur la publication des avis.

Cette décision insensée survient à un moment charnière de l’histoire des médias imprimés québécois, qui luttent pour leur survie. Ils subissent une érosion constante de leurs revenus publicitaires, en raison de la concurrence sauvage des géants américains du Web, tout en investissant dans le développement de plateformes numériques.

La création de la Coalition pour la pérennité de la presse d’information au Québec, dont fait partie Le Devoir, témoigne du sentiment d’urgence qui habite les patrons de presse. L’État devrait soutenir le virage numérique des médias imprimés, entre autres par la création de crédits d’impôt sur le développement technologique.

À défaut de fournir cette aide, l’État devrait au moins veiller à ne pas nuire aux médias par l’adoption de mesures régressives. La publication des avis publics génère des revenus d’environ 20 millions de dollars pour les journaux et les hebdomadaires. L’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui réclamait depuis belle lurette la publication des avis sur Internet, prétend que la nouvelle mesure aidera les municipalités à équilibrer leurs budgets.

C’est un argument fallacieux. Selon les estimations d’Hebdos Québec, la publication des avis publics représente de 0,1 % à 0,25 % du budget d’une ville moyenne. Petite suggestion pour les sages de l’UMQ : misez donc sur le contrôle rigoureux des dépenses en rémunération et sur la saine gestion des processus d’octroi des contrats publics afin de réaliser de véritables économies.

Les élus municipaux sont de joyeux drilles. Ce sont les premiers à se plaindre de la « montréalisation » de l’information, de la précarité et de la disparition de l’information locale. Or, ce sont aussi les premiers à se réjouir d’un changement des règles qui fragilisera la situation financière des journaux. C’est l’incohérence à son comble.

Les citoyens devraient se préoccuper de cette réforme, car elle a le potentiel d’accroître le déficit démocratique dans les municipalités où les petits potentats font la loi. La publication des avis publics dans les médias imprimés est un gage de leur caractère justement public. Qui ira consulter les sites Internet des municipalités, qui sont trop souvent d’obscurs fourre-tout, pour connaître les intentions de leurs élus ? La publication des avis publics sur Internet offrira aux municipalités une occasion en or de faire passer des projets controversés en catimini : développement immobilier anarchique, changement de zonage douteux, et ainsi de suite.

Il faut un contrepoids au déficit démocratique des municipalités. Si l’heure est venue de publier les avis publics sur Internet, Le Devoir exige au minimum que la publication se fasse sur les plateformes de médias reconnus, en favorisant le jeu de la concurrence. Cette proposition est dans l’intérêt des médias et des citoyens, tout en ne pénalisant pas indûment les municipalités.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 décembre 2016 07 h 59

    Pour en préserver l'essentiel

    Il va être très difficile pour l'état d'aider et de ne pas essayer de contrôler, la presse est un pouvoir important qu'il faut absolument préserver, il est évident que ca va prendre des états généraux et des balise tres précises, prisent a l'unanimité, pour en préserver, l'essentiel

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 19 décembre 2016 09 h 17

    … ??? … hélas !

    « Si l’heure est venue de publier les avis publics sur Internet, Le Devoir exige au minimum que la publication se fasse sur les plateformes de médias reconnus, en favorisant le jeu de la concurrence. » (Brian Myles, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais la présente Gouvernance préfère moins la transparence que …

    … ??? … hélas ! - 19 déc 2016 -

  • Jean-François Trottier - Abonné 19 décembre 2016 09 h 18

    Pourquoi maintennant seulement ?

    Misère et petitesse.

    Je ne comprends pas comment vous pouvez utiliser un argument pareil...
    "misez donc sur le contrôle rigoureux des dépenses en rémunération et sur la saine gestion des processus d’octroi des contrats publics afin de réaliser de véritables économies."
    ...au sujet des finances des journaux, sans l'avoir usé, crié sur tous les toits à MM. Couillard et compagnie au nom des milliers de gens qui souffrent dans leur estomac et leurs veines, ainsi que dans leurs yeux à force de pleurer suite à des coupures aberrantes alors que l'argent est là, qui pend devant eux, dans les évasions fiscales que leur propre gouvernement laisse passer avec une nonchalance pour ainsi dire criminelle ?

    Ce n'est pas que votre argument soit mauvais, c'est que vous ne l'utilisez qu'au moment où vous vous sentez concerné sur votre siège de rédaction.

    Couillard a démontré tant et plus qu'il est un fieffé menteur. TOUS vos articles devraient le nommmer "Le menteur Couillard", ou équivalent. Ce serait précisément de l'information, pas de la post-vérité ni quoi que ce soit qu'on peut qualifier de biaisé : il ment, il ment tout le temps, toute sa logique est tordue et vous le savez.

    La post-vérité ici débute qund vous laissez à ce très mauvais premier ministre votre espace médiatique et une neutralité de surface, dite de "bon aloi", qui fausse totalement la réalité. Ce n'est pas parce qu'une "acceptable minorité" l'a élu que ça le rend plus apte à dire n'importe quoi!

    Qu'il soit "mauvais" est une question d'appréciation.
    Ceci ne l'est pas : il est précisément le contraire d'un Sauveur et le contraire d'un protecteur des minorités... Le contraire de ce qu'il dit tout le temps quoi. Menteur!

    C'est lui qui veut cette loi. Allez directement à la tête et dites le : sa parole dans tous les cas prend le contre-pied de ses actions.

    Si vous êtes professionnel, vous devez assumer une critique qui s'accompagne d'auto-critique. Assumez votre rôle et pas seulement pour vo

  • Michel Blondin - Abonné 19 décembre 2016 09 h 27

    Tuer l'information dans des feuilles de chou: une menace à la démocratie municipale.



    Vous visez juste.

    La transparence en prend un coup avec l'abrogation de cette obligation de publication dans un média public l'information cruciale. Il y a un manque de prudence que de donner aux municipalités, faut pas se cacher la réalité, des conseillers manipulaturs, la chance de se sortir d'une situation de favoritisme.

    Déjà les municipalités sont aux prises avec les scandales de corruptions les pires connus depuis longtemps, il est surprenant qu'un gouvernement donne des outils aux gens qui ont déjà l'intention d'en profiter.
    Ne soyons pas naïfs!

    Habitant depuis 30 ans en petite municipalité, je n'ai connu que des feuilles de chou sans formalisme particulier qui ressemblent plus à des feuillets paroissiaux qu'à des bulletins de nouvelles formelles qui engagent la démocratie et les citoyens dans un processus des lois d'urbanismes.
    Du broche à foin, vous-dis-je, de publications maladroites qui donne l'heure de la messe et du règlement de zonage mêlé avec des oeuvres des organismes des "Lions" ou Club Optimiste avec des annonces de ventes de bric-à-brac.


    Plusieurs personnes ont compris après coup que les règlements d'urbanismes ont été modifiés à leurs désavantages sans qu'ils en sachent un traître mot...avant! Ce n'est pas crié sur les toits.
    Sans en faire une intention malveillante, mais plusieurs dans certains cas n'hésitent pas, ils passent des règlements d'urbanisme à la va-vite.

    Jamais ceux qui sont touchés directement ne reçoivent l'information directement de la municipalité. Même dans des situations forts cocasses qui pénalisent durement des citoyens.
    Il ne faut pas être en vacances plus de deux semaines et encore moins un mois en Europe. Les municipalités comptent déjà sur le principe de déférence avant de poser tout acte. Il y a de ces hasards curieux ou douteux.

    Les politiciens à Québec, pour de fausses raisons, viennent de passer un petite vite en renforçant l’opacité de l’information et désajustant le système démocrati

  • Michel Sirois - Abonné 19 décembre 2016 10 h 09

    ne pas leur donner le contrôle

    Un gage de minimum d'honnêteté et de sérieux envers la communauté est la publication, hors du contrôle de la municipalité, des projets municipaux. L'argument de l'argent économisé ne tient pas la route; que font-ils de l'argent économisé depuis les fusions municipales?

    La communauté n'utilise pas les bons moyens pour vérifier les activités des corporations municipales, villes, etc., etc. Nous ne sommes plus en 1860; on a augmenté les pouvoirs des ces organismes sans en faire l'équivalent pour les contrôler; après tout, c'est de l'argent public, dont on parle.