Accélérons le pas!

Prescriptions excessives de médicaments contre la douleur, prolifération de fentanyl de contrebande, croissance des décès par surdose... la crise des opioïdes fait frémir. Elle n’est toutefois pas sans solution, mais encore faut-il s’y attaquer. Le bilan à ce chapitre est malheureusement inégal, tout comme le sentiment d’urgence qui anime les gouvernements.

Les statistiques ne mentent pas. Selon des données onusiennes, le Canada est le pays où il se prescrit le plus d’opioïdes par habitant au monde. Cela a de tristes conséquences, y compris au Québec. Selon les données de l’Institut national de la santé publique du Québec, 1775 personnes sont mortes entre 2000 et 2012 à la suite d’une intoxication aux opioïdes, la majorité sous forme de médicaments d’ordonnance.

La Colombie-Britannique, elle, porte le triste titre de plaque tournante canadienne de l’importation clandestine du funeste fentanyl. Elle affiche aussi le plus grand nombre de morts par surdose attribuables à cette drogue. En seulement neuf mois — de janvier à la fin de septembre 2016 —, 332 personnes y ont ainsi perdu la vie.

Ce double phénomène de prescription excessive et de contrebande complique la donne et la réponse pour tous les gouvernements, mais la situation en Colombie-Britannique et l’augmentation des décès partout au pays en ont fouetté plusieurs, dont le fédéral.

L’arrivée au pouvoir des libéraux a favorisé le changement de cap. De la ligne dure privilégiée par les conservateurs, on est passé à une approche axée, entre autres, sur la réduction des méfaits. Après avoir facilité l’accès à l’antidote Naxolone, le gouvernement a présenté lundi un projet de loi pour assouplir le processus d’approbation des sites d’injection supervisée (SIS) et pour contrer l’importation, la production et la distribution illégales de narcotiques.

Il faut maintenant que le projet de loi soit adopté, ce qui peut prendre plusieurs mois. Entre-temps, les 26 critères imposés par les conservateurs pour autoriser un SIS restent en vigueur, ce qui en a déçu plusieurs. Chez Cactus Montréal, qui participe à un projet de SIS, on a bon espoir de le voir ouvrir avant l’été 2017, car on dit constater plus de souplesse de la part de la ministre fédérale Jane Philpott.

En Colombie-Britannique, où les deux seuls sites canadiens sont en activité, on est beaucoup plus pressé et on menace de ne pas attendre. À la mi-novembre, la province avait deux demandes d’autorisation de SIS à l’étude chez Santé Canada et prévoyait d’en présenter quatre autres avant la fin de l’année. Le but : avoir huit sites en activité en 2017.

Aussi essentiels soient-ils pour prévenir les surdoses mortelles et aiguiller des toxicomanes vers des services adaptés, les SIS ne sont qu’un volet de la réponse à cette crise. Tous les gouvernements en sont conscients.

Il faut d’autres outils, mais certains tardent à voir le jour, en particulier au Québec. Comme l’ont rappelé hier le Collège des médecins du Québec et l’Ordre des pharmaciens du Québec, le Québec n’a toujours pas de plan d’ensemble ni de programme de surveillance et de suivi des ordonnances des médicaments à risque comme il en existe dans plusieurs provinces. Cela permettrait pourtant de découvrir les médecins qui prescrivent trop, les « hyperconsommateurs » et les personnes qui obtiennent de fausses ordonnances pour alimenter le marché noir.

Le Québec a la chance de ne pas avoir été aussi touché que d’autres provinces par la crise des opioïdes, mais il doit atténuer les risques qui sont de son contrôle et s’outiller pour faire face à la menace de crise. Personne ne voudrait revivre le triste épisode de l’été 2014 où, dans la région montréalaise, 28 personnes sont décédées de surdose en moins de quatre mois.