Le vrai noeud

La conférence des premiers ministres de vendredi aura porté ses fruits. Le Canada a enfin un Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques. Il y avait longtemps qu’on n’avait pas assisté à la réussite d’une négociation fédérale-provinciale de cette ampleur. Mais cet esprit de coopération pourra-t-il durer alors que l’épineux dossier du financement de la santé refait surface ? Cela dépend avant tout du fédéral.

Le gouvernement fédéral a obtenu vendredi l’appui dont il avait besoin pour présenter un cadre crédible. M. Trudeau a le mérite d’avoir lancé le bal des négociations et d’avoir ainsi brisé l’impasse qui persistait à Ottawa depuis des lustres. Mais ce succès est aussi celui des provinces.

Soumises à d’importantes pressions financières, elles auraient pu se livrer à un triste chantage en exigeant du fédéral qu’il plie dans le dossier du financement de la santé en échange d’une avancée sur le front environnemental. Après avoir laissé planer cette menace dans une lettre envoyée au premier ministre Justin Trudeau en septembre, elles s’en sont abstenues, à part le Manitoba. Cette attitude est tout à leur honneur.

Ce cadre, qui n’est pas parfait, est le premier liant le fédéral, les provinces et les territoires. Le premier depuis la signature du protocole de Kyoto il y a 19 ans ! Le temps n’était plus aux tergiversations, comme celles du premier ministre saskatchewanais, Brad Wall, qui demeure le seul à s’opposer au principe de la tarification du carbone.

Un certain sentiment d’urgence et la décision d’Ottawa d’imposer une taxe sur le carbone aux provinces tire-au-flanc ont eu leur effet. Heureusement ! Bien que d’accord avec le principe du plan, le Manitoba n’a pas signé, préférant attendre le résultat de la discussion sur le financement de la santé.

Car le sujet a été discuté. Vendredi soir, durant le souper. Rien pour satisfaire l’appétit des premiers ministres. Ils réclament depuis un moment une conférence consacrée à cet unique enjeu et ils ont raison.

La santé accapare la plus importante part de leur budget et ils anticipent une hausse assurée des coûts à cause, entre autres choses, du vieillissement de la population. Les provinces ne peuvent supporter seules l’alourdissement du fardeau. Ottawa doit assumer sa juste part en adaptant sa contribution déclinante qui représente environ 21 % des coûts du système de santé.

Les provinces, comme le fédéral, sont en train de préparer leur prochain budget. Si Ottawa reste sur ses positions, soit celles de Stephen Harper, les transferts pour la santé ne croîtront plus au même rythme que les années précédentes dès l’année financière 2017-2018. Le taux annuel de croissance passera de 6 % à 3 %. Les provinces, elles, veulent maintenir le taux actuel.

Les libéraux fédéraux préfèrent investir 3 milliards supplémentaires sur quatre ans dans des domaines précis, dont les soins à domicile, et exigent des preuves de résultats avant de s’engager à plus long terme. Pas une province ne créera des services et des attentes sans avoir l’assurance d’un financement récurrent.

Et pour Québec, il ne saurait être question d’accepter des fonds « dédiés », des conditions de résultats ou encore d’avoir à rendre des comptes à Ottawa. Le premier ministre Philippe Couillard veut que l’argent soit ajouté au transfert global, qu’il soit récurrent et que soit respecté le principe d’asymétrie reconnu en 2004 qui permet au Québec de suivre sa propre voie. Il ne peut en être autrement.

Les discussions au niveau ministériel se poursuivent, mais les négociations sur le financement de la santé doivent, comme dans le cas de l’environnement, être scellées au plus haut niveau et le fédéral, faire preuve du même sens des responsabilités que les provinces dans le dossier du climat.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 décembre 2016 06 h 57

    vous savez que les dieux et les mythes sont souvent les memes

    mais ne nous trompons pas, le Manitoba et la Saskatchewan n'abandonnerons pas facilement, il ont l'expérience d'etre des provinces riches en blé et maintenant de leur pétrole et surtout d'avoir un premier ministre mégalo, qui les voyait comme la richesse du monde, comment alors abandonner ses reves, ne cdit on pas que les sociétés sont faites de mythes

  • Denis Paquette - Abonné 12 décembre 2016 06 h 57

    vous savez que les dieux et les mythes sont souvent les memes

    mais ne nous trompons pas, le Manitoba et la Saskatchewan n'abandonnerons pas facilement, il ont l'expérience d'etre des provinces riches en blé et maintenant de leur pétrole et surtout d'avoir un premier ministre mégalo, qui les voyait comme la richesse du monde, comment alors abandonner ses reves, ne cdit on pas que les sociétés sont faites de mythes

  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 décembre 2016 07 h 38

    Silence radio sur Bombardier

    Quelque 13 mois plus tard, silence radio sur l'aide demandée à Bombardier. La finance torontoise est aux aguets!


    Pierre Grandchamp dit Cornellier

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 décembre 2016 16 h 10

      Et si Bombardier était en Ontario?

  • Bernard Terreault - Abonné 12 décembre 2016 08 h 22

    Optimiste

    L'accord sur le carbone est bien timide, insuffisant pour avoir un réel effet. Il ne faut pas seulement réduire le taux de croissance de la consommation de combustibles fossiles, il faut la RÉDUIRE!

  • Clifford Blais - Inscrit 12 décembre 2016 10 h 05

    Vers une assurance-maladie fédérale complémentaire.

    Les libéraux fédéraux préfèrent investir 3 milliards supplémentaires sur quatre ans dans des domaines précis, dont les soins à domicile, et exigent des preuves de résultats avant de s’engager à plus long terme. Pas une province ne créera des services et des attentes sans avoir l’assurance d’un financement récurrent.

    Le Dr Barrette et la ministre de la Santé fédérale, la Dr Philpott, savent très bien qu'une façon innovatrice de venir à bout du sous-financement récurrent des soins à domicile et en santé mentale hors les institutions publiques est de permettre au fédéral comme la Constitution de 1867, rapatriée en 1982 le permet, est de créer une assurance maladie complémentaire fédérale qui financera de façon récurrente des soins à domicile et hors les institutions publique.

    Comme en Californie oû des programmes d'assurance-maladie fédéraux et de l'état de la Californie coexistent en plus des assureurs privés..., les patients arrivent à obtenir des soins pré-hospitalier que nos C.L.S.C, ou GMF n'arrivent même pas à offrir au Québec !

    Il faut dépasser notre unique système de santé communiste que nous avons au Québec pour vraiment permettre le progrès au niveau des soins de santé pré et post hospitalier.

    Laisser nos systèmes de santé qu'à la merci d'un Leader Maximo à la Dr Barette au Québec va réduire l'accès à des soins de qualité en région et hors les institutions.