Priorité à l’éducation

En marge de la consultation nationale sur la réussite éducative, Le Devoir a sondé huit sommités qui ont mis «l’école à l’examen».

Cette série est en droite ligne avec le rôle historique occupé par Le Devoir, cette maison hybride bâtie à l’intersection d’un média et d’un projet de société. L’éducation demeure, avec la question nationale, l’un de nos principaux lieux de réflexion.

À moins de deux ans des élections provinciales, nous nous réjouissons donc que l’éducation soit devenue subitement la nouvelle priorité du gouvernement Couillard. Cette prise de conscience, hélas trop tardive dans le mandat libéral, ramène à l’avant-scène du débat politique un enjeu qui ne devrait jamais être relégué au rang de préoccupation de deuxième ordre.

Pour clore la Rencontre nationale sur la réussite éducative, vendredi dernier, le nouveau ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a annoncé des investissements supplémentaires de 20 millions de dollars pour soutenir des projets de lutte contre l’analphabétisme. Dans une société aussi prospère que le Québec, qui revendique l’un des systèmes d’éducation les plus accessibles et les plus universalistes du monde occidental, environ un million de citoyens ne possèdent pas les 26 clés permettant de déchiffrer le monde.

Oui, l’analphabétisme « ronge nos priorités sociales et économiques », comme l’a dit le ministre Proulx. Dans une économie du savoir, l’analphabète sera confronté à l’errance professionnelle. Il ne s’agit pas seulement d’un « frein à notre prospérité », comme l’affirme le ministre, mais aussi d’un obstacle insurmontable à la citoyenneté et à l’émancipation. C’est sous ces deux axes qu’il faut considérer notre rapport à l’éducation. Avant de penser à la création d’un ordre professionnel des enseignants, à l’abolition de l’enseignement privé ou encore à la formation des maîtres, il faut replacer l’éducation au coeur d’une démarche pour former des citoyens qui seront outillés pour lire, compter, comprendre et interpréter leur monde.

L’ouverture tardive du gouvernement Couillard sur le front de l’éducation soulève une part d’interrogation. Serait-ce un calcul cynique pour dépenser des surplus dégagés juste à temps pour la deuxième moitié du mandat libéral ?

Si l’éducation est une priorité, comme le clament les libéraux, quelques gestes préalables s’imposent. D’abord, il faut cesser de changer de ministre titulaire chaque saison. Depuis avril 2014, Sébastien Proulx est le sixième ministre de l’Éducation. Si l’éducation est une priorité, il faut résister un tant soit peu à l’appétit des fonctionnaires pour les réformes et la centralisation, et bâtir un projet pédagogique plus respectueux de l’autonomie des écoles et de leur personnel de direction. Il s’agit d’ailleurs d’une suggestion récurrente des experts sondés par Le Devoir. Si l’éducation est une priorité, il faut aussi rehausser la qualité des installations. Certaines écoles, en particulier sur le territoire de Montréal, accusent un déficit d’entretien qui frise la négligence crasse. Si l’éducation est une priorité, il faut mieux choisir les maîtres à la base et mieux les payer. En revanche, il faudra briser le tabou voulant que l’ancienneté, et non la compétence, dicte les moindres virgules des relations de travail dans les écoles publiques.

Si l’éducation est une priorité, il faut enfin saisir au bond la suggestion du philosophe et auteur Normand Baillargeon, et tenir une « commission Parent 2.0 », indépendante des formations politiques et des pouvoirs dominants en éducation, afin de penser le système de demain. Il y a 50 ans, la commission Parent a mis cinq ans à jeter les bases d’un édifice qui, en dépit de ses fissures, tient toujours aujourd’hui. La nouvelle politique sur la réussite sera élaborée en quelques mois. Un peu court pour un travail de session.

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