Le flou haïtien

Les jours, voire les heures de Jean-Bertrand Aristide en tant que président d'Haïti sont comptés. Après avoir tergiversé pendant plusieurs jours, voilà que l'administration Bush, par la voix du secrétaire d'État Colin Powell, a adhéré à cette exigence de l'opposition dite démocratique qui demande la démission d'Aristide. On se rappellera que jusqu'à présent, la Maison-Blanche avait joué la carte du respect démocratique pour mieux subordonner toute intervention de sa part à une entente entre les parties impliquées.

Si on en croit les explications avancées afin de légitimer ce changement fondamental pour la suite des choses, le gouvernement américain a acquis la certitude qu'Aristide a beau avoir été élu, il est un des principaux acteurs du problème. Cet appel à la démission du président haïtien fait écho à celui formulé deux jours auparavant par le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.

Le soutien international d'Aristide s'effilochant à la vitesse grand V, ses adversaires s'empressent de converger vers Port-au-Prince. Mais voilà que depuis hier, les rangs de ceux-ci se sont élargis à un nouveau groupe armé qui a ceci de singulier qu'il n'est pas arrimé aux troupes de Guy Philippe ou de Butteur Métayer. Le groupe en question s'est emparé des Cayes, troisième ville en importance, au nom de ceux qui se réclament de l'opposition démocratique et non violente.

Cela étant, la lisibilité du dossier a ceci de particulièrement hasardeux que l'opposition présente un visage très éclaté, pour ne pas dire atomisé. On sait que Les Gonaïves et d'autres villes sont entre les mains d'une alliance hétérogène: Butteur Métayer, ex-complice d'Aristide, qui s'est acoquiné avec Guy Philippe, ex-notable du régime dictatorial de Raoul Cédras. Fort de la domination qu'il exerce désormais sur une portion imposante du pays, ce duo est le mieux placé pour s'emparer de la capitale. Grâce à quoi? Les armes.

Pour le reste, c'est l'auberge espagnole. En effet, ceux qui réclament le départ d'Aristide depuis la mi-janvier se sont coalisés au sein de la Plateforme démocratique, dont il est difficile de saisir ce qui les rassemble, hormis l'avenir du président. Cette Plateforme se décompose en une Convergence démocratique qui, elle, regroupe sept partis d'inspiration socialiste ou social-démocrate. Ensuite, on compte les partis du centre, qui ont fusionné sous le chapeau dit de l'Opération du 15 décembre 2002. Il y a aussi quatre formations d'allégeances diverses qui, tout en étant membres de la Plateforme, tiennent à se présenter comme non alignés. Comprenne qui pourra!

Quoi d'autre? Il y a le Groupe de 184, qui se compose de 300 associations professionnelles, étudiantes, féministes et culturelles qui tiennent mordicus à participer activement au départ d'Aristide et au partage des pouvoirs qui s'ensuivra. Bref, de l'opposition, on peut dire sans l'ombre d'un doute qu'une chatte n'y retrouverait pas ses petits. Désespérant!