Il doit partir!

La dénonciation publique par l'ex-athlète Myriam Bédard d'actes répréhensibles dont elle aurait été victime et témoin lors de son passage à Via Rail, en 2001-02, a provoqué une réaction de mépris grossière de la part du président du conseil de cette société d'État, Jean Pelletier. C'est la goutte qui fait déborder le vase. M. Pelletier doit partir.

Cette semaine, M. Pelletier a fait preuve d'un mépris invraisemblable en réagissant aux accusations portées par Mme Bédard. Selon l'ex-athlète qui l'a répété à plusieurs reprises sur les ondes de la télévision, la direction de Via l'aurait forcée à remettre sa démission du service de marketing en janvier 2002, sous peine d'être transférée chez Groupaction où elle venait précisément de passer deux mois, payée par Via Rail.

C'est un «mensonge», a affirmé M. Pelletier au journaliste de La Presse avant d'ajouter que Mme Bédard était «une pauvre fille qui fait pitié, une fille qui n'a pas de conjoint, que je sache. Elle a la tension d'une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques. Dans le fond, je trouve qu'elle fait pitié».

Le premier ministre Paul Martin a réagi sèchement à ces propos du président de Via en lui demandant de les retirer et de s'excuser, ce qui fut fait en fin de journée, hier. Quant à la ministre Lucienne Robillard, visiblement choquée d'un tel sexisme, elle a dit souhaiter que le conseil de la société examine la question.

Évidemment qu'ils sont inacceptables, ces propos de M. Pelletier. Et dans son cas, le problème prend d'autant plus d'importance que l'homme vient tout juste d'échapper à la vague de mesures disciplinaires qui s'est abattue sur quelques hauts dirigeants de sociétés d'État, dont Via Rail. Or M. Pelletier était déjà président de Via au moment des événements relatés par Mme Bédard qui impliquaient Groupaction, l'une des agences le plus souvent mises en cause dans le scandale des commandites.

Épargné jusqu'ici, M. Pelletier l'a été comme tout le personnel politique parce que l'enquête de la vérificatrice ne s'est pas penchée sur le rôle joué dans le scandale. Mais il l'a aussi été parce que, à titre d'ami de Jean Chrétien, il reste un élément important au sein du Parti libéral. À quelques semaines des élections, M. Martin doit ménager ses arrières. Pourtant, M. Pelletier n'était-il pas nécessairement au courant de tout ce qui se tramait de significatif au sein du gouvernement?

En effet, s'il est un personnage qui connaît les dessous de toutes les décisions stratégiques prises par les plus influents membres d'un gouvernement, c'est bien le chef de cabinet du premier ministre. M. Pelletier n'était pas un fonctionnaire comme les autres: il était celui par qui tous les ministres et tous les membres de la société civile devaient passer pour avoir accès au premier ministre. Le chef de cabinet, c'est aussi celui qui transmet les ordres du grand patron et voit à leur exécution. Absolument rien ne lui échappe, surtout pas les décisions qui ont une incidence sur l'image du gouvernement. En toute logique, M. Pelletier ne pouvait simplement pas se permettre d'ignorer les tenants et aboutissants des programmes de commandites ou de publicité.

Si M. Pelletier n'a pas encore été emporté par la tempête, c'est qu'il était resté dans l'oeil de la tornade. À cause du faux pas qu'il vient de commettre, le voilà happé par le mouvement. Le poste qu'il occupe était une simple récompense qu'il ne mérite plus.

Paul Martin n'avait pas besoin de cette bourde. À lui maintenant de la tourner à son avantage en convainquant l'ancien proche du premier ministre Chrétien de partir de lui-même, immédiatement. Après tout, il y a des limites à fournir des parachutes dorés à des individus qui ont autant profité du pouvoir.

jrsansfacon@ledevoir.ca
4 commentaires
  • André Bordeleau - Abonné 28 février 2004 09 h 55

    Incroyable manipulation !

    Quand viendra-t-il le jour des politiciens honnêtes ! Quand arrivera-t-il le jour où nous cesserons de simplement lire de telles nouvelles sans réagir !

    Quand parviendrons-nous à nous donner un vrai gouvernement qui nous ressemble ?
    Le pire dans tout cela c'est que très souvent les personnes impliquées dans ces magouilles sont des gens du Québec !

  • Marianne Vaucouleurs - Inscrite 28 février 2004 12 h 42

    Jean Pelletier : Un mâle du XIXe siècle

    Jean Pelletier : Un mâle du XIXe siècle
    L'affaire Myriam Bédard / Jean Pelletier

    Là, ça déborde. J'en ai assez.
    Assez ! Assez ! Assez !...

    JEAN PELLETIER. Un type qui fut autrefois, je confirme le propos de Michel David dans LeDevoir du jour, un maire lamentable de la capitale nationale (et dont le plus grand «mérite» a été d'être un «fédéraliste inconditionnel» sous Robert Bourassa et Daniel Johnson [fils, bien sûr], et un ami puis chef de Cabinet d'un ...Québécois anti-Québécois comme il ne s'en fait plus [est-ce nécessaire de nommer Jean Chrétien?] avant de se retrouver, «pour services rendus au Canada de Stéphane Dion», peinard et à salaire fabuleux [comme André Ouellet, pour les mêmes «qualités de fossoyeur», à POSTE CANADA] à se jouer dans l'ombilic à la tête de VIA-RAIL...), et qui maintenant s'en prend à l'intégrité de ce qui est sans doute la plus grande athlète olympique québécoise de tous les temps (souvenons-nous de cette héroïne de Lillehammer, il y a très exactement dix ans ces jours-ci)*, en déconsidérant cette jeune femme à la manière d'«un mâle du XIXe siècle».

    Eh bien pareille «pourriture» (je pèse mes mots: au plan de la personnalité individuelle aussi bien qu'à celui de la malhonnêteté politique), mérite le GIBET. Nous savions certes depuis longtemps qu'il s'agissait d'un être plus ou moins abject. Maintenant nous savons que JEAN PELLETIER, s'attaquant de la sorte à une femme, n'est rien moins qu'un véritable LÂCHE (Intentez donc sur-le-champ des poursuites contre moi pour libelle diffamatoire, M. Pelletier: et bonne chance pour la contre-preuve...):

    «Pauvre père traditionnel - < polyparental ??? > - riche de fric, mais ô combien pauvre d'envergure et de noblesse!».

    Pas un sou vaillant en poche, M. Pelletier, je me sens aujourd'hui pourtant millionnaire auprès de vous. Loin de vous, surtout.

    Je suis une citoyenne patiente, compréhensive, conciliatrice, bonasse même (ce que du reste on m'a reproché fréquemment). Et la politique, il est vrai, ne m'intéresse guère. Mais le fédéralissime pays où j'habite m'en offre depuis quelque temps une image pitoyable - de la politique. Corrompue à l'os. Hélas! rien pour se consoler à l'Assemblée nationale avec l'Équipe gouvernementale actuelle...

    Je rage. Je rage. Je rage...

    M. Pelletier, avec ses acolytes de premier ministre, incarne à mes yeux la répugnance que m'inspire l'idée même du CANADA, désormais. Dégoûtée, je suis. DÉGOÛTÉE, vous dis-je. Même VIA-RAIL tout entier me fait dégobiller.

    Je crois qu'il est impératif que nous sortions au plus sacrant de cet État-Fauve et prédateur. Et dieu que ça presse!


    MV
    Lévis, 28 février 2004

    * Femme d'envergure à tous égards, d'ailleurs, et qui a même insufflé inspiration lyrique ...à nos poètes: http://www.vigile.net/idees/poemegouinsouveraine.h

  • Rogers Fournier - Inscrit 28 février 2004 16 h 03

    Je fais pitié

    Si je prend le train VIA de, disons de Montréal à Vancouver, et que je suis monoparental, suis-je pris en pitié par VIA?

  • LUCILLE MURRAY - Inscrite 28 février 2004 17 h 54

    MYRIAM BEDARD MERITE TROIS MEDAILLES D'OR

    Les propos de son ALTESSE PELLETIER sont absolument inacceptables. MYRIAM BEDARD mérite trois médailles d'or pour son courage.

    Ces commandites sont dégoûtantes et tous ces hauts personnages qui s'y sont frottés de près ou de loin méritent de prendre la porte.