La maison des Blancs

À président atypique, transition improvisée. Huit jours après l’élection de Donald Trump, le processus de transition a du sable dans l’engrenage, pétri de confusion et de luttes intestines. Pour autant, il y a plus mauvais présage encore : les collaborateurs dont le président désigné est en train de s’entourer. La Maison-Blanche transformée en maison de l’homme blanc.

Prend forme le mandat de tous les dangers, à un peu plus de deux mois de l’entrée en fonction officielle du président désigné. Une semaine après avoir remporté une victoire qui a pris tout le monde par surprise, y compris le gagnant, l’équipe de M. Trump peinait à remplir les plus élémentaires devoirs liés à la passation des pouvoirs, s’agissant par exemple de remplir les documents requis légalement pour lancer le processus. Mercredi, ni le département d’État ni le Pentagone, non plus que le département de la Justice, n’avaient eu de nouvelles de l’entourage du nouvel élu. Ce qui, à une époque où les enjeux de sécurité nationale ont une certaine importance, n’est pas sans soulever certaines inquiétudes. Tout cela sur fond de purge qui a vu vendredi dernier le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, être sommairement remplacé à la tête de l’équipe de transition par le vice-président Mike Pence. M. Trump n’en a pas moins « gazouillé » mercredi que tout allait comme sur des roulettes.

Cela dit, le New York Times, qui n’est certainement pas peu content de mettre ces ratés en lumière, écrit que M. Trump est loin d’être le premier président élu aux États-Unis à s’amener à Washington en cafouillant. Avant lui, la transition d’un républicain à un autre, celle de Ronald Reagan à George Bush père en 1988, fut apparemment l’une des plus tendues, comme beaucoup dans l’entourage du président sortant s’attendaient à tort à faire partie de l’équipe du nouvel arrivant. L’histoire a retenu que les choses ne s’étaient pas non plus particulièrement bien déroulées quatre ans plus tard, à l’arrivée de Bill Clinton. Il reste, en l’occurrence, que l’entrée en poste de Donald Trump pourrait très bien passer à l’histoire comme l’une des plus décousues et des plus imprévisibles : champion de la lutte anti-establishment, il a, après tout, été élu pour sa méconnaissance des rouages gouvernementaux, ce que ses électeurs ont décidé de voir comme un gage d’intégrité.

Le président Obama avait raison cette semaine de dire que M. Trump « n’est pas un idéologue » — en espérant qu’après avoir déchiré sa chemise en campagne contre les musulmans, les Mexicains, la protection de l’environnement et les traités de libre-échange, il saurait gouverner avec pragmatisme. Qu’il ne soit point un idéologue, peut-être, mais que plusieurs parmi ceux qu’il recrute en soient de dangereux spécimens est évident. À commencer par Stephen Bannon, qui devient son influent conseiller stratégique, et par son vice-président Mike Pence.

Stephen Bannon fait peur pour avoir, avant de se retrouver là, dirigé Breitbart News, un site de propagande d’extrême droite — raciste, antisémite, misogyne… Sa nomination a été saluée par le Ku Klux Klan ! L’idée qu’un homme pareil entre à la Maison-Blanche est terrorisante. Mike Pence, lui, est un conservateur religieux bon teint qui fait entrer les États-Unis dans une phase de régression politique, un homme dont on imagine que son influence croîtra, vu ses affinités avec les ultras de la droite républicaine au Congrès.

Se met en place dans ce contexte une présidence qui devra nécessairement faire preuve de pragmatisme en certaines circonstances, mais qui sera fondamentalement réactionnaire. Plus encore que sous George W. Bush. Une présidence populiste qui saura, au besoin, exciter sa base électorale bien blanche et bien en colère.

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22 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 17 novembre 2016 01 h 27

    quelles bêtes immondes

    Et si ce n'était que ca, mais ils sont près a tout, pour assurer leur petit confort , d'ériger une palissade tout autour de leur pays, je leur souhaite juste d'être rejetés par le monde entier, d'être isolés, il faut le faire, accumuler de la richesse pour ensuite avoir ce comportement , nous avons un proverbe chez nous qui dit fait du bien a un cochon et ensuite, il viendra, etc..........

  • René Bourgouin - Inscrit 17 novembre 2016 05 h 39

    Passer à autre chose...

    L'élite médiatique est très déboussolée d'avoir manqué son coup et de ne pas avoir vu venir l'élection de Trump mais il faudrait passer à autre chose...

    C'est comme si après s'être fourvoyée sur le résultat de l'élection, l'élite médiatique s'acharnait à vouloir démontrer que le peuple américain a eu tort de le choisir en montant en épingle le moindre indice de cafouillage au sein de son équipe en gestation et en cherchant frénétiquement toutes les «bibittes» réelles ou supposées sur son entourage.

    Trump a mieux fait que son prédécesseur Romney auprès des Latinos et des Noirs! Il faudrait commencer à sortir de la lecture simpliste du racisme et de «l'homme blanc en colère»... Il y a certainement de ça chez certains partisans de Trump mais il n'y a manifestement pas QUE ça.

    Avez-vous vu la carte électorale américaine par comté? C'est du rouge partout avec des taches bleues là où il y a les grands centres urbains. Tous des racistes hors des grandes villes? Cette arrogance urbaine commence à dépasser les bornes.

    Évidemment, Trump devra être surveillé de très près... mais il n'est pas assermenté encore.

    • Monique Proulx Désy - Inscrite 17 novembre 2016 21 h 07

      Tout à fait d'accord avec M. Bourgoin. Les opinions sont pas mal monolithiques ces temps-ci...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 novembre 2016 08 h 02

    César Trump

    Trump arrive à Washington comme Jules César est entré à Rome.

    À la grande crainte des sénateurs romains, ce dernier, égocentrique et ambitieux, a traversé le Rubicon auréolé de ses victoires en Gaule.

    Trump arrive à Washington alors que des dizaines et des dizaines de Brutus l’attendent.

    Il a d’immenses pouvoirs en matière de politique étrangère mais il est soumis au congrès pour faire passer son programme politique. Et tout comme la présidente du Brésil (vaincue par une élite politique corrompue), Trump n’a de choix que de faire la carpette devant ceux sur lesquels il a craché durant sa campagne électorale.

    Ses placards renferment des dizaines de Monica Lewinsky, des centaines de magouilles commerciales, bref de la matière juteuse à une cause de destitution à laquelle tout le monde pense.

    Dans les sombres soubassements du pouvoir, on entend déjà le bruit des meules qui aiguisent les poignards.

  • François Dugal - Inscrit 17 novembre 2016 08 h 09

    White angry men

    Comment se fait-il que les hommes blancs soient toujours en colère, et ce, depuis des décennies?

    • Hugues Savard - Inscrit 17 novembre 2016 09 h 50

      Parce-qu'ils ne sont pas blancs mais roses; qu'ils courent moins vite que les noirs; sont moins efficaces que les jaunes et moins sages que les rouges. En plus leurs femmes n'écoutent plus rien! Tout ça devient très frustrant vous ne trouvez pas?

    • Loraine King - Abonnée 17 novembre 2016 12 h 25

      Parcequ'ils ne peuvent plus sans se faire attraper par la police pendre des noirs aux arbres, les empêcher d'aller voter ou d'aller à la même école que les enfants blancs. Parce qu'il est mal vu et illégal de mettre le feu dans les églises où se sont rassemblés des noirs, dans des cabarets où se sont assemblés des homosexuels. Parce qu'ils n'ont pu souffrir de voir un noir et une noire à la maison blanche. Etc., ad nauseum. Ils ont perdu leur suprémacie, et ils ne l'accepteront jamais.

    • Loraine King - Abonnée 17 novembre 2016 12 h 25

      Parcequ'ils ne peuvent plus sans se faire attraper par la police pendre des noirs aux arbres, les empêcher d'aller voter ou d'aller à la même école que les enfants blancs. Parce qu'il est mal vu et illégal de mettre le feu dans les églises où se sont rassemblés des noirs, dans des cabarets où se sont assemblés des homosexuels. Parce qu'ils n'ont pu souffrir de voir un noir et une noire à la maison blanche. Etc., ad nauseum. Ils ont perdu leur suprémacie, et ils ne l'accepteront jamais.

    • Loraine King - Abonnée 17 novembre 2016 12 h 25

      Parcequ'ils ne peuvent plus sans se faire attraper par la police pendre des noirs aux arbres, les empêcher d'aller voter ou d'aller à la même école que les enfants blancs. Parce qu'il est mal vu et illégal de mettre le feu dans les églises où se sont rassemblés des noirs, dans des cabarets où se sont assemblés des homosexuels. Parce qu'ils n'ont pu souffrir de voir un noir et une noire à la maison blanche. Etc., ad nauseum. Ils ont perdu leur suprémacie, et ils ne l'accepteront jamais.

    • Brian Monast - Abonné 18 novembre 2016 09 h 36

      À L. King :
      Personnellement, je ne suis pas enragé de ne pas pouvoir pendre des noirs aux arbres, de voir un noir à la Maison-Blanche ou à l’Assemblée nationale ou de ne pas pouvoir mettre le feu à des églises ou à des cabarets. J’en m’en réjouis, au contraire. Merci.

      Mais, je pourrais me sentir enragé de lire ad nauseam des commentaires de ce genre (répété trois fois!), faisant de moi, homme, une bête en cage n’attendant que le moment où le cadenas pourrait céder pour reprendre « mes » vieilles habitudes. Cela pourrait m’enrager, en admettant que je sois sensible et que je n’aie pas la couenne assez épaisse pour endurer ce genre de crucifixion publique.

      Peut-être que les autres n’ont pas cette couenne épaisse. Allez voir! Mais tout en ayant la couenne épaisse, je dois dire que je me réjouirais aussi si, collectivement, nous pouvions nous entendre pour mettre de même fin à ce genre de pilonnage verbal où, sans nous pendre aux arbres, on ne se gêne pas pour nous clouer au poteau avec des discours qui, pour dire comme l’autre plus haut (Monique Proulx-D.) en commentant l’éditorial, se fait passablement monolithique.

    • Brian Monast - Abonné 18 novembre 2016 09 h 38

      Pardon, « avec des discours qui se *font* passablement monolithiques. »

  • Gilles Théberge - Abonné 17 novembre 2016 08 h 56

    Peut-être

    Que c'est un signe de plus de l'accélération de la décadence de cet Empire, essoufflé après tant d'abus de toutes sortes.

    En gardant le regard fixé sur les USA on ne sait pas ce qui se passe ailleurs dans le monde.

    On dit que l'Empire romain a duré cinq cent ans. Combien reste-t-il de temps à l'Empire américain?