En forme de dictature

Mais quel monstre est donc devenu Daniel Ortega ? Acteur de premier plan de la révolution sandiniste qui renversa l’autocratie violente d’Anastasio Somoza en 1979, célébré par les mouvements de gauche « sandalistas » du monde entier pour avoir valeureusement résisté aux assauts du gouvernement Reagan pendant la guerre des Contras dans les années 1980, Daniel Ortega règne aujourd’hui sur le Nicaragua avec son épouse, Rosario Murillo, femme aussi ésotérique qu’influente, en faisant preuve du mépris des normes démocratiques propre aux dictateurs.

Ortega a été réélu il y a une semaine pour un troisième mandat présidentiel consécutif après avoir réussi par manoeuvres judiciaires à faire retirer son statut légal au Parti libéral indépendant (PLI) de son principal adversaire, le conservateur Eduardo Montealegre, du reste soutenu par Washington. Avec le résultat qu’à l’issue de ce qu’il faut bien appeler une « farce électorale », cet ancien marxiste a officiellement récolté 72,5 % des suffrages sur fond de forte abstention et en l’absence quasi totale d’observateurs indépendants — pendant que son vieux Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a remporté les deux tiers des sièges à l’Assemblée législative.

Scène politique bizarre et dysfonctionnelle, populisme exacerbé, concentration des pouvoirs exécutif et législatif… Un peu plus et on se croirait aux États-Unis de Donald Trump.

Ortega est un homme dont la veine autoritaire s’est en fait manifestée sitôt après la révolution de 1979. Il imposa dans un esprit très peu démocratique son socialisme à la cubaine à la diversité des forces qui s’étaient rassemblées pour chasser Somoza. Beaucoup l’abandonnèrent, comme l’écrivain Sergio Ramirez. Évincé du pouvoir par les urnes au début des années 1990, il ne cessera jamais de vouloir le retrouver, par tous les moyens possibles. Par exemple : accusé de viol en 1998, il échappe à un procès en concluant un pacte d’impunité avec le président de droite de l’époque, Arnoldo Alemán, soupçonné, lui, de corruption.

Revenu à la présidence en 2006, Daniel Ortega, un homme à la santé cependant chancelante, est aujourd’hui à la tête d’un petit empire familial qui contrôle tous les leviers du pouvoir — politique, judiciaire, économique, médiatique… Un empire qui s’appuie électoralement sur les quartiers défavorisés, suivant une logique clientéliste d’assistanat subventionné tout à la fois par les pétrodollars du Venezuela (mais pour combien de temps encore ?) et une aide américaine à hauteur de 250 millions $US.

Comment dans ces conditions ne pas constater que, de Somoza à Ortega, les caudillos se suivent et se ressemblent ?

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