Tentations trumpiennes

Depuis sa fondation il y a cinq ans, la Coalition avenir Québec a eu du mal à définir sa personnalité. Son virage nationaliste de 2015 et l’article 1 qu’elle adoptera en fin de semaine la ramènent à un aspect trop négligé de l’ADN de l’ADQ. La critique des élites inspirée par la présidentielle américaine est-elle vraiment l’ingrédient manquant qui permettra à la CAQ de prendre son essor ?

En fondant la CAQ il y a cinq ans, François Legault proclamait la fin du clivage fédéraliste-souverainiste. Il prenait alors passablement ses rêves pour des réalités. La CAQ mangea la poussière en 2012 et en 2014. La dernière fois aux mains des libéraux de Philippe Couillard, qui n’ont eu qu’à crier « référendum » pour faire oublier l’usure du PLQ et la faiblesse de son programme. Le 8 avril 2014, M. Legault eut cette habile formule : « Le pays imaginaire nuit à bien des égards au pays réel. » La possibilité, même très hypothétique, que le PQ tienne un autre référendum permet « au Parti libéral de remporter des élections sans trop d’efforts ».

L’analyse était intéressante. Mais contredisait le Legault de 2011 : le fameux clivage opère donc encore. Après le départ de membres les plus à droite, mais aussi des antinationalistes (tels Deltell et Anglade), la CAQ put se redéfinir autour de l’attachement au Québec. Ce « virage nationaliste » lui permettait d’exprimer une partie de l’ADN de l’ADQ occultée sous Deltell. La fondation de l’ADQ (qu’avala la CAQ en 2011) fut précisément liée à la crise constitutionnelle de Meech. Les Dumont et Allaire avaient claqué la porte du PLQ de Bourassa lorsque ce dernier s’était comporté en « tricheur » dans l’après-Meech. À la CAQ, qu’on veuille graver — au congrès de 2016 qui s’ouvre ce samedi à Drummondville — encore plus clairement le virage de 2015 dans le marbre d’un article 1 peut paraître redondant. Mais en promettant désormais d’« assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada », il évacue toute possibilité qu’un jour, dans certaines circonstances, la CAQ puisse adopter une position du type ADQ-1995 : « Souveraineté si nécessaire, mais pas nécessairement la souveraineté ».

Encore une fois cependant, la CAQ semble faire dans le positionnement politique plutôt que dans les convictions réelles. Soit, le cahier du participant du congrès de la fin de semaine regorge de thèmes proprement nationalistes (application de la loi 101 aux entreprises de charte fédérale, déclaration de revenus unique, etc.). Certes, la CAQ vient de déposer un intéressant rapport sur la défense du français et la francisation des immigrants. Cela contraste avec la bataille en règle que la CAQ mena il y a moins de trois ans contre le projet de loi 14 du gouvernement Marois, dont le but était précisément de renforcer la loi 101. À l’époque, la députée Nathalie Roy disait pourfendre un « acharnement idéologique improductif ».

On peut comprendre qu’un parti évolue. La CAQ donne cependant l’impression de toujours être en train de sentir le vent. En point de presse, M. Legault fait souvent d’intéressantes analyses politiques. Mais il ressemble à un chef cuisinier toujours en train d’ajuster sa recette afin de ravir le plus possible les papilles gustatives des électeurs. Encore cette semaine, il tirait cette leçon de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine : « Il y a une certaine élite au Québec qui doit se remettre en question. »

L’analyse est intéressante, bien que paradoxale venant d’un homme fortuné, faisant partie de l’élite politique et des affaires. Du reste, la victoire de Trump grâce au système des grands électeurs masque non seulement sa défaite au vote populaire, mais aussi l’abstention de bien des démocrates noirs et des partisans de Bernie Sanders. Attention, donc, aux « leçons » trop rapides ou trompeuses.

M. Legault en déduit qu’il « y a une urgence d’écouter la population, […] les familles », notamment dans le fait qu’elles « veulent des baisses d’impôt » et qu’elles « sont inquiètes face à l’immigration ». Écouter les gens : on ne peut dire, dans les démocraties contemporaines, qu’on ne tente pas de le faire. Les consultations se multiplient ; les tournées de personnalités, de politiques, se succèdent à un rythme d’enfer. Même que les politiciens donnent souvent l’impression d’être les « esclaves de l’opinion, asservis aux sondages », comme l’écrivait l’historien français Jacques Julliard dans La faute aux élites (Gallimard, 1997).

D’ailleurs, ce dernier concluait son ouvrage en notant que « l’élitisme, c’est-à-dire la démocratie sans le peuple, et le populisme, c’est-à-dire le peuple sans la démocratie, sont deux chancres qui nous rongent en se nourrissant l’un de l’autre ». Voilà une phrase que les élus, mais nous aussi, comme électeurs, auraient avantage à méditer, actuellement.


 
12 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 novembre 2016 06 h 58

    … douceur double ?!?

    « Souveraineté si nécessaire, mais pas nécessairement la souveraineté » (François Legault, chef, CAQ)

    De cette citation, double douceur + une :

    A : Outre son contenu, possiblement discutable, ce genre de tournure de phrase, de type élitiste ou populiste ?, tend à rappeler l’une des manières de parler de Donald, notamment sur des sujets « sensibles » dont il ne conviendrait pas, ici ou autrement, d’argumenter avec diligence, discipline et ressource ;

    B : D’exemple, si on remplaçait le mot « souveraineté » par Québec ou Legault, cette citation se lirait comme suit : « Québec-Legault si nécessaires, mais par nécessairement Legault-Québec », et ;

    C : De cet exemple, une corrélation de pensée et méthode de pensée peut être instruite sur diverses citations (A, B) du 45ème Président des États-Unis qui, aimant dire-publier le fond de sa pensée sans hypocrisie et avec ardeur, ou lourdeur selon ?, l’auront fait connaître et élire, et ce, sans discussion et sans prix Nobel de littérature !

    De cette …

    … douceur double ?!? - 12 nov 2016 –

    A : "Élu, je couperai la tête de Daech et je leur prendrai leur pétrole." ; "Ça gèle à New York, on a besoin de réchauffement climatique." ; "Si Hillary Clinton est incapable de satisfaire son mari, comment peut-elle satisfaire l’Amérique ?" , et ; "Je suis le meilleur écrivain du monde en 140 caractères." .

    B : Source : http://www.midilibre.fr/2016/05/15/le-temoin-cecil,1332474.php

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 novembre 2016 11 h 13

      "par" nécessairement : lire plutôt "pas" nécessairement (nos excuses)

    • Christiane Gervais - Inscrite 12 novembre 2016 11 h 47

      Les propos que vous citez sont ceux de :Amir Khadir: "L'indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l'indépendance" Radio centre-ville 14 août 2012

    • Josée Duplessis - Abonnée 13 novembre 2016 08 h 17

      ''L'indépendance si nécessaire mais pas nécessairement l'indépendance''
      oui c'est vrai que c'est Amir Khadir qui l'a dit pendant une émission radiophonique.

  • Normand Carrier - Inscrit 12 novembre 2016 07 h 06

    La CAQ fédéraliste et opportunisme .....

    Les seuls principes qui guident Francois Legault sont l'opportunisme et la direction du vent ..... Legault est sur le point d'attrapper la même maladie que Mario Dumont soit la girouette opportuniste ..... Ce parti peut changer d'idée en 24 heures et est prêt a aller dans n'importe laquelle direction en espérant que cela lui apporte quelques votes ..... On ne peut compter le nombre de virages de Legault depuis qu'il est en politique .... Pour prendre le pouvoir , cet homme est prêt a toutes les manoeuvres et bassesses ..... Sur ce point , il est comparable a son émule Donald Trump ....

  • Gilles Théberge - Abonné 12 novembre 2016 10 h 41

    C'est un peu normal que Legault souffle le chaud et le froid, il est à la recherche de tous les "Baptistes accommodants" qui restent dans ce peuple.

    Nous faire croire que "Ti Pet" va trembler devant les revendications de la CAQ, quelle différence y a-t'il entre ça et nous prendre pour de valises!

    Voyons Legault, cesse de prendre les Québécois pour des imbéciles.

    C'est choquant!

  • Pierre Bernier - Abonné 12 novembre 2016 10 h 47

    La CAQ ?

    Une voiture usagée au moteur « essoufflé » ?

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 novembre 2016 15 h 45

    La CAQ, un dédoublement du parti libéral!

    La CAQ veut nous amener les mêmes politiques suicidaires du parti libéral, qui ont augmenté les inégalités et appauvri la classe moyenne. Il prône la privatisation de nos services publics, la réduction des taxes, surtout pour les mieux nantis, la promotion de l'austérité, rapetisser le gouvernement, amoindrir la réglementation des banques et des sociétés, encourager les subventions, payées par les contribuables, pour les grandes sociétés, et j'en passe. On n’a pas vraiment besoin d'un dédoublement de la politique néolibéral du parti libéral, voué déjà à l'échec.