Relations en déclin

Dure semaine pour les relations internationales du Québec. Mercredi, la ministre Christine St-Pierre exposait sa totale ignorance du cas José Bové. Le célèbre militant anti-OGM était retenu à la frontière. Le président du Parlement européen — où il est député — est finalement intervenu et les autorités frontalières canadiennes ont consenti à le tolérer sept jours dans le Dominion. Bové a des condamnations criminelles à son dossier, ce qui n’est pas à négliger. Mais depuis, il a purgé sa peine, s’est fait élire au Parlement européen. De plus, il ne venait pas manifester. Et depuis les faits, survenus en 1999, il avait pu séjourner au Canada à deux reprises. Entre autres en 2001, où Québec, par la voix de sa ministre d’alors, avait plaidé préventivement, avant son arrivée, pour qu’on le laissât entrer. En 2016, le jour de son arrivée, la ministre St-Pierre sembla tomber des nues ! La Délégation du Québec à Paris n’aurait-elle pas pu l’informer de l’arrivée imminente de Bové ?

Tout cela à quelques heures de l’arrivée du premier ministre de France Manuel Valls « au Canada » (ce qu’on peut le lire sur son site Web), dans le cadre des 19es rencontres alternées Québec-France. Sa première activité officielle aura lieu à Montréal. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, chaperonnera MM. Couillard et Valls. (Pourtant, le projet de loi 109 sur le statut de capitale nationale, à son article 4, déclare que Québec « constitue le lieu privilégié et prioritaire : 1- de l’accueil des dignitaires étrangers en visite au Québec ; 2- des rencontres diplomatiques et des sommets gouvernementaux ; 3- des grandes rencontres politiques ». Le maire Labeaume devrait réagir, lui qui s’intéresse tellement au destin de l’Hexagone qu’il fait ouvertement campagne pour Alain Juppé.)

Tous les réflexes ne sont peut-être pas perdus à Québec. Car comme Le Devoir nous l’apprend, Mme St-Pierre s’est rebiffée et a osé se plaindre à deux reprises aux autorités françaises de l’attitude de son ambassadeur à Ottawa, Nicolas Chapuis, qui tentait de faire fi des usages et conventions de la relation « directe et privilégiée » entre Québec et la France. Les reproches de la ministre semblent toutefois avoir eu peu d’effet. Comme nous l’écrit un spécialiste des relations France-Québec, dans cette visite, Québec est traité comme une « sous-préfecture française, où [le premier ministre Valls] ne séjournera même pas une journée entière ». Le gouvernement Couillard aurait intérêt à s’inspirer des années Charest. Ce dernier a réussi à actualiser et développer une tradition libérale, la Gérin-Lajoie, qui fonde l’action du Québec à l’international. Même que le chef du PQ, Jean-François Lisée, en 2009, avait sacré M. Charest « grand ambassadeur » du Québec.

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