Fureur chez les démocrates

Champion des droits des consommateurs, Ralph Nader est de nouveau candidat à la présidence des États-Unis. Une fois de plus, cet avocat de formation a justifié son entrée en campagne en martelant que Bush contre John Kerry ou John Edwards, c'était bonnet blanc, blanc bonnet. Mais encore? Selon lui, les champions des démocrates et des républicains sont à la solde de ceux qui sont désormais les maîtres de la politique américaine, soit les grandes entreprises.

Son annonce, on s'en doute, a suscité une fureur d'autant plus aiguisée au sein des démocrates que ceux-ci considèrent Nader comme le tombeur d'Al Gore lors des élections antérieures. On se souviendra qu'en Floride, Nader avait récolté un peu plus de 90 000 votes. Et alors? Gore avait perdu cet État par 537 voix seulement et, ce faisant, la présidentielle. L'establishment démocrate n'ayant toujours pas digéré le rôle de fossoyeur que Nader a campé il y a quatre ans, il entend lui livrer une guerre féroce.

Dans les jours et les semaines qui viennent, les militants du parti de Kerry et Edwards vont batailler dans tous les coins et recoins du pays afin de convaincre ceux et celles qui ont accordé leurs votes à Nader en 2000 d'empêcher que son nom soit imprimé cette année sur les bulletins. Précisons que, pour être éligible, Nader doit obtenir 1,5 million de signatures. Il y a quatre ans, cette exigence fut facilement remplie, Nader ayant disposé de la machine des Verts. Cette fois-ci, la partie s'annonce plus cahoteuse pour la simple raison que les Verts partagent la même obsession que les démocrates: la priorité est de se débarrasser de Bush. CQFD: Nader se présente comme indépendant.

Fait intéressant à relever, l'aigreur des démocrates se fond dans la crainte. En effet, les démocrates forts en mathématiques électorales estiment que, si Nader remporte la première manche, soit son inscription sur les bulletins, il kidnappera suffisamment de voix dans six États, dont celui de la Floride, pour hypothéquer ainsi la victoire de Kerry ou Edwards.

À plus court terme, le sujet de la crainte des démocrates est le suivant: à quelle enseigne les partisans d'Howard Dean vont-ils loger? Ce dernier s'étant abstenu, jusqu'à ce jour, d'afficher sa préférence entre Kerry et Edwards, on a peur que les déçus de son camp ou plutôt que ceux qui avaient été séduits par son message stipulant qu'il fallait rendre le Parti démocrate aux démocrates ne grossissent les rangs de Nader.

Du côté républicain, on a de la difficulté à cacher le bonheur que suscite cette candidature. C'est le sourire aux lèvres que les notables qui défendent les couleurs de Bush ont laissé tomber le convenu pas de commentaire sur ce sujet. Chose certaine, les chefs de file des démocrates se sont mis d'ores et déjà dans l'obligation de canaliser bien des énergies afin que leur bête noire morde la poussière au plus vite. Et ce, pour la plus grande satisfaction de Bush et des siens.