Redessiner un Conseil

Que voilà un débat mal engagé! La ministre Michelle Courchesne veut revoir le mandat du Conseil du statut de la femme, avec l'accord du CSF. Mais, pour l'heure, seules la rumeur et quelques rencontres ont tenu lieu de forum de discussion, alimentant ainsi bien des inquiétudes.

Depuis l'automne, le bruit courait: les jours du Conseil du statut de la femme (CSF) étaient comptés. En janvier, la ministre responsable du dossier, Michelle Courchesne, rencontrait des groupes de femmes et rectifiait le tir: mais non, le CSF ne mourra pas. On pense plutôt le transformer en un Conseil de l'égalité.

Quelques jours plus tard, la présidente du CSF, Diane Lavallée, donnait son aval «à des travaux de réflexion pouvant mener à une nouvelle approche gouvernementale axée sur l'égalité, et ce, à la demande de la ministre, Mme Michelle Courchesne». Après l'égalité de droit, conquise au Québec, il faut maintenant, expliquait-elle, s'assurer de l'égalité de fait entre les femmes et les hommes. À cet égard, pourquoi ne pas s'inspirer des pays européens et des organisations internationales qui ne jurent plus que par «l'approche intégrée de l'égalité»?

Ce fut la déchirure: les pétitions se sont mises à circuler dans le milieu féministe, pour ou contre la nouvelle approche, et les débats internes à aller bon train. D'un côté, on plaide que l'heure est venue d'intégrer pour de bon les hommes au Conseil; d'autres font valoir l'importance stratégique de revoir le mandat du CSF afin qu'il soit dans les bonnes grâces du gouvernement; plusieurs, au contraire, se méfient de ce virage imposé par des libéraux dont les décisions, des services de garde au développement régional, ont nui aux femmes.

Le plus curieux toutefois, c'est que le débat ne repose sur aucun objet, si ce n'est un communiqué de 400 mots et une laconique résolution de deux pages du CSF. La dernière livraison de la Gazette des femmes, publication du Conseil s'adressant au grand public, ne fait même pas allusion à l'affaire.

Certes, on peut en savoir plus sur cette «approche intégrée de l'égalité» — bizarrerie dont la féministe moyenne méconnaît tout — en consultant des études trouvées sur le site du CSF. Mais celles-ci sont signées par des Européens. Et l'Europe, hormis quelques petits coins de terre, a encore bien des bouchées à prendre avant que les femmes n'y vivent, dans les faits, des rapports avec les hommes aussi égalitaires que ce que l'on voit au Québec! C'est donc beaucoup demander à une Québécoise de voir là un modèle à suivre.

Au CSF, on fait toutefois valoir que la société a changé depuis que l'organisme a été créé il y a 30 ans: il faut donc de nouvelles alliances, revoir les stratégies — des concepts pour le moment bien nébuleux.

Et puis, ajoute-t-on, les jeunes femmes ne se reconnaissent plus dans le mouvement féministe. Mais quand donc l'ont-elles fait? L'histoire du féminisme se confond tout entière avec la méfiance de la majorité à son endroit, plaidant plutôt le plaisir de vivre avec les hommes. À cette aune, les femmes attendraient encore bien des avancées!

Néanmoins, il est possible que l'heure soit venue de renouveler approches et objectifs. Mais ce ne doit pas être en réponse à l'air du temps, qui charrie depuis des années les échos d'un «pitié pour les garçons». Il faut au contraire de la méthode: revisiter le concept de patriarcat, ici totalement évacué. Ou reprendre une à une les 300 recommandations du célèbre rapport «Égalité et indépendance» qui, il y a 25 ans, posait les jalons des luttes à mener. Seul un bilan solide du chemin accompli permettra de jauger les changements de cap à faire.

jboileau@ledevoir.ca