Tourner sa langue sept fois...

L'intervention indignée du chef du Parti québécois, Bernard Landry, en réaction jeudi dernier au scandale des commandites qui secoue la capitale fédérale, était digne d'un mauvais feuilleton. Il y a de quoi s'indigner, en effet, de ce qu'autant d'argent ait abouti de façon illégitime sinon illégale dans les coffres d'agences de communications proches du Parti libéral du Canada. Mais venant de M. Landry, la réaction a de quoi étonner. Si l'ancien premier ministre s'imagine que les Québécois ont une image plus propre de la politique provinciale que fédérale, son «option» l'aveugle.

Même si c'est René Lévesque qui a fait adopter une loi pour limiter le financement des partis aux contributions des individus, transformant ainsi un handicap en avantage pour le parti de masse qu'était le PQ du temps, les organisations ont trouvé depuis des moyens détournés de financer une partie de leurs activités. Quant aux amis du parti, ceux du PQ comme ceux du PLQ, ils ont appris à profiter tour à tour de la présence affectueuse d'un gouvernement de la bonne couleur à Québec. Les faveurs et les contrats distribués en retour d'une loyauté sans faille et d'un coup de pouce financier ne sont plus l'exception, tant s'en faut. Le raisonnement «Si tout le monde le fait, fais-le donc!» vaut pour les deux partis.

M. Landry veut-il qu'on lui rappelle les interventions de son ancien chef de cabinet, Raymond Bréard, devenu associé d'une firme de relations publiques qui exigeait de très généreuses commissions pour seulement faire transiter des subventions de l'État vers des sociétés publiques? Et que dire des agences de publicité et des professionnels de pratique privée qui ont profité de plantureux contrats sur la base de leurs accointances politiques?

Le virus du favoritisme et de la fraude politiquement correcte n'affecte pas seulement la politique nationale. Un grand nombre de municipalités sont aussi touchées. Encore là, les techniques illégales de financement pratiquées à grande échelle sont connues et, tant qu'il n'y aura pas d'enquête publique pour s'en scandaliser ouvertement, le mal continuera d'infecter les moeurs politiques locales. Les noms de cabinets d'avocats, de firmes de génie-conseil et d'évaluation sont pourtant connus, mais les preuves tangibles et les témoignages publics manquent. Certains cabinets achètent carrément leur présence dans une municipalité en trouvant le financement et en organisant des élections clés en main au profit d'une équipe donnée. Sans parler, une fois l'élection faite, du traficotage éhonté des conditions d'admissibilité posées lors des appels d'offres pour services professionnels.

Les péquistes pas plus que les libéraux n'ont envie de parler de ces choses.

Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui ignore que c'est ainsi que l'on fait de la politique en ce pays? Et l'on ira se plaindre ensuite de ce que tant de simples citoyens soient cyniques à l'endroit des politiciens?

Vraiment, M. Landry aurait dû tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.

jrsansfacon@ledevoir.ca
1 commentaire
  • renée legault - Inscrit 23 février 2004 10 h 03

    La clairvoyance de Bernard Landry

    La clairvoyance de Bernard Landry.
    Si on se fie à l'affirmation que nous a faite monsieur Landry, en déchirant sa chemise presque (!) : « Celui qui aurait pu me tromper sur 250 millions n'est pas encore né », les pertes des milliards et des millions engendrées par la Caisse de dépôt et la Société générale de financement, vu leur énormité, n'auraient donc aucun secret pour lui.

    Puisqu'il le sait, quel beau moment de partage ce pourrait être pour le peuple, la nation, le pays du Québec tout entier! Pas les milliards, bien sûr, (impensable!!) mais partager les vraies explications de leur envol « no where ».

    Si ce sont des pertes encourues à cause des fluctuations du marché boursier, les mettre en parallèle avec plusieurs autres institutions (privées celles-là). Nous informer aussi sur les services rendus à la société québécoise, et à quel prix, par les organismes fantômes sans but lucratif, largement subventionnés et entretenus. Organismes nés pendant le règne de B.L.

    Mais je crois que l'unique calcul, et le plus important, de tous ces savants argentiers était celui de l'oubli prévisible dans la population et ce, dans une période de six (6) mois environ Peut-on dire qu'ils avaient tort de le penser, quand même monsieur Landry l'a oublié? Lui qui n'est pas du peuple.

    Les contribuables, les retraités et autres fournisseurs d'argent n'auraient eu rien à dire sur leurs avoirs et l'utilisation qu'on en ferait. Leur seule tâche aurait était de faire confiance sans poser de questions et d'approvisionner ces gestionnaires abrités derrière le paravent de la vertu péquiste- souverainiste-indépendantiste omnipotente!

    Les grands des lignes majeures, avec leurs conseils d'administration respectifs, s'annonçaient les seuls à savoir ce qui est bon pour les québécois qui ont la naïveté ou l'obligation ou pas le choix d'accepter ces institutions. Institutions qui s'autorisaient à être « gardiennes du bas de laine des québécois » qu'ils ont fait rétrécir. Impossible de récupérer dans chacune des mailles ainsi foulées la valeur originale ou encore de retracer la valeur disparue qui a été disséminée dans des endroits choisis et agréés par les gérants du Québec.

    Peut-être que l'avenir pour les souverainistes était de tricoter serré un bas de « laine, nylon et spandex avec une apparence laineuse! L'image faisant loi!