Watergate sur Grande Allée?

Parler d’un Watergate paraîtra excessif, évidemment. Avec raison. Certains éléments des mises en demeure expédiées par la CAQ mercredi à deux employés du bureau du premier ministre libéral permettent d’esquisser certains parallèles. Philippe Couillard devrait cesser de prendre la chose à la légère.

Notre titre fera sourire, assurément. L’affaire du Watergate, en 1972, est géante, comme tout ce qui émane de la capitale de l’Empire. N’empêche, il y avait eu, au départ, cambriolage, commandé par l’entourage du président républicain Richard Nixon, dans les bureaux du Parti démocrate.

À l’été 2016, à Québec, les bureaux de la CAQ n’ont certes pas été cambriolés. Il reste que, selon des allégations non contredites, Yan Plante, l’ex-numéro trois du cabinet de François Legault, avant de rejoindre le bureau du premier ministre libéral en juillet, se serait transmis, sur son compte courriel personnel et à partir de son compte professionnel, de nombreux documents de la CAQ « de nature hautement stratégique ». Selon le député Simon Jolin-Barrette, parmi ceux-ci, on aurait trouvé la stratégie caquiste « pour l’élection complémentaire de Saint-Jérôme », « l’ordre du jour du caucus présessionnel du parti », aussi à Saint-Jérôme. Ce dernier contenait des éléments de la stratégie de la CAQ pour l’actuelle session parlementaire. Des rapports financiers auraient aussi pu être subtilisés électroniquement ! Le 6 septembre, la CAQ mettait en demeure un autre employé vire-capot, Frédéric Schautaud, pour des gestes identiques. M. Schautaud avait avoué s’être transmis des documents. Parmi ceux-ci il y aurait des analyses stratégiques, dont des analyses de projets de loi, des études commandées à des consultants, des notes internes sur le fonctionnement de l’aile parlementaire caquiste, etc. Malgré ce manque de loyauté évident, le premier ministre avait soutenu, le 7 septembre, que l’ancien recherchiste de la CAQ avait du jugement… puisqu’il avait choisi de venir travailler dans l’équipe libérale ! Plus tard la même journée, volte-face : le transfuge n’était plus le bienvenu dans les bureaux libéraux. Il aurait manqué de jugement ! Il y a chez MM. Schautaud et Plante un comportement récurrent : l’appropriation sans droit d’informations sensibles d’un parti politique au moment d’aller en rejoindre un autre, qui se trouve au pouvoir. Il ne s’agit certes pas de secrets d’État, de codes nucléaires ou autres, mais à l’échelle de la politique québécoise, ce sont des documents très importants. Que les hauts gradés d’un parti ne discutent que derrière des portes closes. La politique est une guerre menée par d’autres moyens, ne l’oublions pas.

 

Dans l’affaire du Watergate, il y eut dissimulation, camouflage, etc. À Québec, en 2016, dans l’affaire Plante-Schautaud, certaines apparences pointent dans cette direction. En matinée mercredi, l’équipe libérale disait envisager de déposer en Chambre une lettre de Yan Plante à ses nouveaux patrons, datée du 9 septembre, dans laquelle ce responsable des « enjeux stratégiques et des événements spéciaux » soutenait ne plus être en possession des documents et que ceux-ci avaient été détruits. Or, le leader parlementaire Jean-Marc Fournier martelait mercredi matin que Yan Plante n’avait jamais été en possession des documents. Plus tard, le discours de M. Fournier avait changé : M. Plante n’avait pas « transmis » de documents à l’équipe libérale. Puis, le cabinet du premier ministre cessa de parler de la mystérieuse missive du 9 septembre. Qui dit vrai ? N’est-il pas pensable que l’entourage du premier ministre fût au courant, depuis le 9 septembre au moins, que M. Plante avait déjà été en possession de documents sensibles appartenant à la CAQ ?

Compte tenu de ce que l’on sait actuellement, il semble difficile pour le cabinet du premier ministre de garder M. Plante, qui, après tout, a posé les mêmes gestes que M. Schautaud. Or ce dernier fut finalement — après hésitation — traité comme une brebis galeuse par les libéraux.

À l’expiration du délai des mises en demeure, vendredi, la CAQ pourrait bien porter formellement plainte à la Sûreté du Québec pour vol de documents. Jusqu’où irait l’affaire ? Difficile à dire. Jusqu’à maintenant, en tout cas, lorsqu’il fut questionné au sujet des transfuges friands de documents, le premier ministre a choisi de badiner. Pourtant, ces événements montrent encore — après les cas Barrette, Proulx, Anglade, Véronique Tremblay, Charles Robert (attaché de presse de l’aile parlementaire libérale), etc. — qu’il a souvent le réflexe de piger dans les rangs adéquisto-caquistes pour se relancer. Les libéraux manqueraient-ils de profondeur ?

23 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 22 septembre 2016 04 h 58

    J'ai, en milieux carcéraux, cohabité...

    ...avec des êtres humains porteurs d'honnêteté qui ferait rougir les auteurs de ces gestes que vous décrivez monsieur Robitaille.

    Sûr qu'ils étaient comme moi emprisonnés pour d'autres raisons.
    J'ai été témoin de geste d'honnêté morale qui ferait possiblement rougir monsieur le premier ministre.

    L'éthique et son contraire...à mettre au menu de futures agapes politiques ?
    Il semble exister au sein de l'équipe libérale des gens qui font, comme dirait mon copain de «taverne», «Exiprès» pour nourrir le cynisme, le désabusement,, la non-confiance ou la perte de celle-ci...ouache!
    «Les libéraux en manque de profondeur» morale ?
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

    • Marc Lacroix - Abonné 22 septembre 2016 08 h 29

      J'aime bien votre présentation du problème, M. Bourdage, et j'espère qu'au PLQ, certains vont se poser des questions sur leur mode de fonctionnement.

      Y a-t-il incompatibilité entre "éthique" et "Parti libéral du Québec" ?

      La réponse semble manifestement évidente et c'est désolant. M. Couillard se comporte comme s'il était un avocat de la défense dans une cause criminelle et que c'était — l'avocat de la couronne — qui doit prouver "hors de tout doute raisonnable" qu'il y a eu infraction. Or, ce qui est normal dans une cour de justice, ne l'est pas à l'Assemblée nationale, la population — devrait avoir un minimum de confiance — dans son gouvernement. Nous osons mettre un budget de l'importance de celui du gouvernement du Québec entre les mains d'un groupe à qui nous devons constamment accorder le bénéfice du doute sur plusieurs questions éthiques! M. Couillard passe son temps à réitérer sa confiance à des ministres qui finissent par démissionner... C'est clair qu'il y a un problème!

      Le gouvernement du Québec ne devrait pas être dirigé par — des avocats de la défense —, mais par des administrateurs faisant preuve d'un minimum d'intégrité. Qui s'il était un actionnaire majoritaire d'une entreprise importante conserverait à son emploi un directeur général (DG), et des vices-présidents (VP), constamment en train de se défendre relativement à des histoires de conflits d'intérêts et d'autres problèmes d'éthique? La question ne serait pas de savoir — si Untel est coupable d'une infraction criminelle —, mais plutôt de voir s'il est digne de confiance pour diriger mon entreprise; et dans le cas où le lien de confiance serait absent, le DG et les VP seraient..., démissionnés! En tant que citoyens du Québec, pouvons-nous avoir confiance en des gens constamment sur la sellette ?

    • Pierre Robineault - Abonné 22 septembre 2016 08 h 58

      Notre premier ministre se sentira toujours plus confortable dans un comportement grégaire habitué qu'il a toujours été en tant que médecin. N'est-ce pas que tout comme les policiers, les médecins et leur Collège ont toujours agi d'abord et avant tout dans un esprit de se protéger eux-mêmes, et dans le style "à vous de prouver que nous avons mal agi"?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 septembre 2016 12 h 18

      Visiblement Couillard manque d'éthique,de transparence,de vision,de protection du territoire etc,de courage ie de couilles,bref de tout ce qui est nécessaire a un chef et dire qu'il a plein de suiveux ricaneux.Quel spectacle rejouissant.....

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 23 septembre 2016 11 h 06

      Moi aussi j'aime vraiment beaucoup votre intervention de ce matin, M. Bourdages.

      Je n'ai pas, comme vous, « fait de temps », Dieu merci. Moi, il m'est plutôt arrivé par trois fois dans ma vie active de démarrer une affaire avec un partenaire. Par trois fois j’ai donc pris la décision de partager mon porte-monnaie, mes énergies et mon avenir avec une autre personne. C'est donc autre chose, chez Couillard, qui m'interpelle et me raconte des tonnes et des masses, et avec une éloquence qui surpasse tout ce que ne pourront jamais atteindre les incessants discours lénifiants et autres brillants badinages du personnage.

      Je parle bien évidemment de son affaire avec le sieur Porter : C’est BIG!

      Toute la capacité de jugement d’un mignon chien de prairie, ou plutôt, la manifestation d’un sens de l’éthique fait de pâte à modeler?

      Quelle que soit la réponse, l’évidente inaptitude du candidat quant au poste occupé, elle est tout bonnement à pleurer.

  • Eric Lessard - Abonné 22 septembre 2016 07 h 04

    La stratégie de la CAQ pour gagner à St-Jérome

    Je me demande vraiment en quoi la stratégie de la CAQ pour gagner dans St-Jérome, une région nationaliste partagée entre la CAQ et le PQ, pourrait être d'un quelconque intérêt pour le parti libéral qui n'a pas besoin de ce compté pour gagner les élections.

    Par ailleurs, la jeune génération n'aime pas beaucoup la culture du secret, surtout quand l'enjeu est mineur et qu'il devrait de toute façons être de nature publique.

    De nos jours, à peu près tout ce qu'on a besoin de savoir se retrouve gratuitement ou presque sur internet. Je n'ai pas besoin de voler des informations à St-Hubert BBQ pour savoir comment faire cuire un poulet.

    Il y a encore de l'espionnage industriel, mais on parle de domaines très pointus.

    Nous vivons dans un monde où les gens vont changer de plus en plus vite d'employeurs et vont naturellement apporter leur expertise avec eux.

    Et il y a aussi le fait que la révolution technologique que nous vivons fait que nous passons d'un monde vertical (soumission à l'autorité, pression vers l'uniformité et le conformisme) à une société horizontale où les valeurs ne sont plus les mêmes. Luc Ferry en parle dans son dernier livre audio "Penser le XXIème siècle".

    Je pense qu'il va faloir trouver un scandale plus gros que le secret de la Caramilk ou que la sauce du poulet Kentucky, ou du secret de la CAQ pour s'emparer de St-Jérome pour faire tomber le gouvernement libéral.

    • Pierre Bernier - Abonné 22 septembre 2016 07 h 53

      "... les gens [... ] vont naturellement apporter leur expertise avec eux."

      L’expertise personnelle n’est-elle le « savoir-faire » et le « savoir-être » des individus, et en aucun cas les biens ou les services produits et pour lesquels on a été rémunérés dans le cadre d’un contrat d’embauche ?

    • Benoit Simoneau - Abonné 22 septembre 2016 15 h 38

      Monsieur Bernier a tout à fait raison; il est désolant de voir M. Lessard minimiser l'ampleur de la faute. Celle-ci est autant morale que politique. Quelle légèreté!

      Digne d'une république (ou plutôt monarchie) de bananes. Ça fait pitié.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 23 septembre 2016 11 h 09

      Alors si vous croyez vraiment que St-Hubert cuit son poulet à peu près n'importe comment... vous êtes dans l'champ, et pas qu'un peu!

    • Marc Theriault - Inscrit 23 septembre 2016 15 h 04

      Le Québec est rempli de partisans qui sont disposés à fermer les yeux sur les erreurs et les manigances des politiciens de leur parti préféré (mais qui n'hésitent pourtant pas à critiquer sévèrement celles des autres politiciens). Comment peut-on exiger un comportement éthique et intègre de la part de nos politiciens si une grande partie de leurs électeurs ne considèrent pas ces comportements comme une qualité pertinente sur la scène politique? On ne changera pas le monde du jour au lendemain, mais on peut encourager certaines personnes à remettre leurs valeurs en question.

  • François Dugal - Inscrit 22 septembre 2016 07 h 38

    Taupes

    Plutôt que des transfuges, les personnes impliquées dans cette comédie de "revirement de capot" ne seraient-elles pas plutôt des taupes libérales qui reviennent tout simplement au bercail?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 septembre 2016 12 h 27

      pour conserver l'état de dépendance dans nous pataugeons depuis 149 ans et de soumission depuis les Plaines d'Abraham.Illogisme et ignorance quand vous nous tenez.Ca dépasse l'entendement.

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 23 septembre 2016 11 h 14

      Des taupes? Intéressant!

      Si j'étais Legault, je pousserais la question d'une coche ou deux car ne serait-ce qu'au chapitre le la communication, il y aurait des dividendes.

      Et vu les circonstances, pourquoi Ciel s'en priver!

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 22 septembre 2016 08 h 08

    Pourcentage pour être un scandale?

    Si M. Eric Lessard trouve qu'il en faut plus pour un scandale quel serait alors le point culminant pour qualifié un sclandale? Il est inadmissible que l'on dérobe des documents pour les transférer à un nouveau parti qui lui est déjà sous la honte des scandales en commançant par le PM. Il faut poursuivre ce vol qui semble un précédent et c'est mal commencé un nouveau règne libéral par un geste aussi honteux. Nos politiciens sont loin de se poser en modèle pour l'honnêteté et il serait temps qu'on sévisse sévérement envers ces fraudeurs.

  • Colette Pagé - Inscrite 22 septembre 2016 08 h 19

    Aveu de faiblesse !

    Comme ils doivent être nombreux les députés libéraux qui tout en rongeant leurs freins constatent que les nominations de ministres sont accordés à d'anciens caquistes.

    Oubliés les services passés place à la stratégie de piger dans l'assiette du voisin.

    Est-ce à dire qu'étant donné la faiblesse des membres de son caucus et le manque de profondeur de son parti, le PM se voit obligé de piger non seulement dans le programme de la CAQ mais également parmi ces anciens membres.

    Aveu de faiblesse !