Remuer ciel et terre

Ottawa a remué ciel et terre pour obtenir la libération de Kevin Garratt, ce Canadien rentré jeudi dernier au pays après avoir été emprisonné pendant deux ans en Chine sous des accusations d’espionnage pour le compte du SCRS. Il faut espérer que le gouvernement Trudeau mettra autant d’effort à obtenir celle d’Homa Hoodfar, cette anthropologue de l’Université Concordia détenue depuis maintenant plus de cent jours dans la tristement célèbre prison d’Evin, à Téhéran.

Accusée de « collaborer avec un gouvernement hostile » et de « se livrer à des activités féministes », cette dame d’origine iranienne, possédant la double nationalité canadienne et irlandaise, a été arrêtée sur ordre des Gardiens de la révolution le 6 juin dernier à Téhéran où elle se trouvait pour des raisons familiales en même temps que pour poursuivre ses recherches sur la condition de la femme dans le monde musulman dans le contexte spécifique des élections législatives qui étaient sur le point de se tenir en Iran.

La dame âgée de 65 ans et à la santé fragile est, depuis, détenue en isolement. On sait que, son état se détériorant, elle a été brièvement hospitalisée au début du mois d’août, puis renvoyée en prison. On sait aussi que le juge chargé de son procès a rejeté l’avocat qu’elle avait choisi pour lui en imposer un autre.

Le procès qu’on lui fait relève de la même idéologie ultraconservatrice et anti-occidentale qui a coûté la vie, il y a 13 ans, à la photojournaliste québécoise Zahra Kazemi, décédée dans cette même prison d’Evin après avoir été battue et torturée. Il semble par ailleurs se greffer à ce drame humain la volonté de la part des autorités iraniennes de punir le Canada pour ses prises de position sur l’Iran, ce qui n’arrange rien.

Des organisations se sont mobilisées en faveur de Mme Hoodfar, dont le Barreau du Québec et Avocats sans frontières Canada. Vingt anciens rapporteurs spéciaux des Nations unies pour les droits de la personne ont fait front commun pour réclamer sa libération et dénoncer ses conditions de détention. Il y a deux semaines, des membres de sa famille et un groupe de professeurs de Concordia ont à leur tour lancé un cri d’alarme. « Il y a urgence, c’est une question de vie ou de mort », a déclaré une collègue.

Urgence, il y a assurément. Ottawa jure travailler activement à obtenir sa libération, mais se trouve handicapé par l’absence de représentation diplomatique à Téhéran depuis que le gouvernement Harper a commis l’erreur de couper les ponts avec l’Iran en 2012. D’où nécessité impérieuse pour le Canada de se concerter avec d’autres pays, dont l’Irlande, dans l’espoir que Téhéran se découvre un peu d’humanité.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 19 septembre 2016 07 h 48

    Aucun moyen de pression

    La Chine nous vend beaucoup et en retour lorgne les ressources du Canada, elle a intérêt à nous ménager. Au contraire, nous ne faisons à peu près aucun commerce avec l'Iran, ce pays est plutôt en concurrence avec la Canada pour vendre du pétrole sur le marché international. Ils n'ont pas de cadeau à nous faire.

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 19 septembre 2016 19 h 56

      Effectivement. Faut bien voir les choses comme elle sont.