Aristide sous tutelle

L'évaluation du dossier haïtien que le secrétaire d'État Colin Powell a défendue il y a 24 heures diffère quelque peu de celle avancée jusqu'alors. Auparavant, il n'était pas question de faire un geste qui favoriserait directement ou indirectement le départ du président Jean-Bertrand Aristide. Aux yeux de l'administration Bush, celui-ci était un intouchable. Ce n'est plus tout à fait le cas.

En effet, au moment où atterrissent à Port-au-Prince les membres d'une délégation internationale, voilà qu'on laisse entendre que la démission d'un président qui ne contrôle plus que la moitié du pays serait jugée acceptable. Pour l'instant, le plan élaboré par la communauté des pays des Caraïbes (Caricom) ne prévoit pas le départ d'Aristide. Maintenant, si, au terme des négociations qui s'amorcent aujourd'hui, «un accord est conclu pour aller dans une autre direction, c'est bien», a soutenu Powell.

Cette modification de l'approche du dossier découle bien évidemment de son évolution. Entre les bandes armées qui détiennent les clés du nord et du centre-est du pays et la plate-forme démocratique qui regroupe les opposants pacifiques à Aristide mais qui, surtout, estime que toute négociation devra se conclure par le départ de ce dernier, la marge de manoeuvre est fort mince. À moins d'un changement dans les heures qui viennent, cette opposition veut faire de la mise à la porte du président le préalable à tout pourparler.

L'autre élément qui permet de suggérer que le sort d'Aristide laisse de plus en plus indifférents les membres de la communauté internationale a trait à la sécurité du pays. On sait que plus tôt cette semaine, la France a suggéré qu'un contingent soit envoyé sur place. Cette proposition n'a pas eu l'écho souhaité par Paris pour la bonne et simple raison, si on en croit les propos d'un diplomate, que cela aurait consisté à faire la police pour le plus grand bénéfice... d'Aristide.

Cela étant, le plan sur lequel vont plancher toutes les parties concernées propose la libération des prisonniers politiques, le désarmement des bandes armées et des militants de Fanmi Lavalas ainsi qu'une profonde réforme politique. Profonde? Ce plan prévoit la nomination d'un premier ministre jugé acceptable par tous, ce qui signifie le renvoi de l'actuel titulaire du poste, Yvon Neptune.

Par la suite, un nouveau gouvernement sera formé qui comprendra des représentants de l'opposition et qui s'attellera à l'organisation d'élections législatives. Qui plus est, un conseil rassemblant entre neuf et quinze membres reflétant la diversité de la société haïtienne sera formé afin de superviser le tout.

Tout bien considéré, les jours d'Aristide sont comptés. À tout le moins, il est sous tutelle.