Répondre sans détours

Pour une deuxième semaine consécutive, le scandale des commandites a accaparé l'essentiel du débat politique au Canada. L'enquête du juge Gomery pourra seule dresser un portrait complet de cette affaire, mais il est des questions auxquelles le gouvernement Martin doit répondre sans attendre s'il veut convaincre les électeurs qu'il n'a rien à cacher.

Le pari de la transparence fait par Paul Martin sur cette affaire des commandites était le seul possible. Ce scandale ne pouvait être poussé sous le tapis. La transparence est toutefois un engagement exigeant pour un chef de parti qui doit composer avec toutes sortes d'intérêts. S'étant engagé à répondre à toutes les questions, le premier ministre ne peut faire de compromis, sinon il alimentera lui-même les soupçons à l'endroit de son gouvernement.

Le refus du gouvernement Martin cette semaine de lever le voile sur les contributeurs aux fiducies créées par le Parti libéral ces dernières années est de cet ordre. Ces fiducies pourraient avoir servi à transférer vers le PLC des sommes d'argent provenant du programme de commandites fédéral. On sait déjà que le scandale des commandites a profité à des amis du régime libéral. Mais ce serait une tout autre affaire s'il était démontré que le parti en a lui aussi bénéficié.

Le Bloc québécois a soulevé la question cette semaine, donnant l'exemple du ministre Denis Coderre qui, aux dernières élections, a reçu de ces fiducies une contribution de 38 061 $. Le soupçon éveillé pourrait être dévastateur dans le débat électoral qui s'en vient. Question d'échéancier, on ne peut attendre de la commission du juge Gomery qu'elle éclaircisse cette question avant les élections. Il appartient au Parti libéral de fournir cet éclairage en rendant publique la liste des donateurs à ces fiducies, sinon en confiant à un observateur impartial le soin de passer au crible cette liste. Un simple examen interne des livres libéraux par des libéraux ne suffira pas.

De la même manière, on ne peut se contenter de la seule parole du premier ministre lorsqu'il défend ses propres adjoints, mis en cause dans l'affaire des commandites par l'opposition. Le cas de Mario Laguë, l'actuel directeur des communications de M. Martin, soulevé par les conservateurs cette semaine, exige des explications élaborées qui doivent venir de l'intéressé lui-même. Celui-ci, alors qu'il était responsable de la coordination des communications au Conseil privé, aurait participé à l'élaboration des stratégies de communication au moment du dépôt d'un premier rapport du vérificateur général sur cette affaire des commandites à l'automne 2000. En raison de la relation étroite sur le plan professionnel entre M. Laguë et M. Martin, celui-ci ne peut laisser se créer aucun soupçon.

Le comité des comptes publics qui a commencé à se pencher sur le rapport de la vérificatrice générale est le lieu désigné pour entendre les explications de M. Laguë. Cela devrait s'appliquer aussi à un certain nombre de personnalités politiques de premier plan qui ont été mêlées directement ou indirectement au scandale des commandites. Parmi elles, il y a l'ancien chef de cabinet du premier ministre Chrétien et aujourd'hui président du conseil de Via Rail, Jean Pelletier, l'actuel chef de la direction de Via Rail, Marc Lefrançois, et le président de Postes Canada, André Ouellet.

Question de marquer de façon brutale la coupure avec le gouvernement précédent, le premier ministre pourrait retirer à ces personnes leurs responsabilités. Il en aurait le droit. Il serait juste toutefois qu'il exige d'eux d'expliquer publiquement leur rôle dans cette affaire. Qu'ils aient été mêlés aux commandites ne veut pas dire qu'ils en portent la responsabilité, mais il faut pouvoir en juger. Le cas échéant, M. Martin devra être aussi sévère à leur endroit qu'il le fut avec l'ex-ministre Alphonso Gagliano. Là aussi, il ne peut y avoir de compromis.

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