Viser l’inclusion

Trois commissions scolaires de la région montréalaise permettent depuis quelques années à des élèves musulmanes de porter le burkini pour les cours de natation. Personne n’en a fait un plat, n’y a porté attention. Jusqu’à la récente controverse en France sur le sujet. Et la polémique a repris. Pourtant…

Qu’est-ce qui vaut mieux : des adolescentes qui participent avec leurs camarades de classe aux activités de baignade de leur école ou qui restent à l’écart, isolées et repliées sur elles-mêmes ? La même question se pose lorsqu’il est question des femmes musulmanes qui optent pour le burkini.

S’en prendre à ces jeunes filles et à ces femmes sous prétexte de défendre l’égalité des femmes, de combattre l’intégrisme ou les deux, rate la cible. L’interdiction du burkini ne leur donnerait aucun droit supplémentaire, elle entraînerait plutôt leur exclusion des espaces publics que sont les plages et les piscines. Exactement ce que souhaitent les islamistes intégristes, qui ne tolèrent pas ce vêtement qui montre encore trop, selon eux, le corps de la femme.

On présume trop souvent que la minorité des femmes musulmanes qui adhèrent à un islam rigoriste en suivant un code vestimentaire strict le font contre leur gré. Il y en a qui y sont contraintes, mais il y en a aussi qui le choisissent. Et il y a toutes celles qui se plient par tradition, éducation ou habitude à ce qui est aussi davantage une norme culturelle conservatrice. Pour elles, le burkini ouvre une porte sur d’autres possibilités.

On peut le déplorer, afficher notre désaccord, en débattre, mais souhaiter que l’État se lance dans des diktats en matière de tenue vestimentaire féminine mènerait à nier à ces femmes le droit de choisir. Il est d’ailleurs étrange de voir certains douter de la capacité de ces femmes de faire leurs propres choix et en même temps souhaiter leur retirer le droit de l’exercer.

Si l’enjeu est l’égalité des femmes et la non-dévalorisation de leur corps, on pourrait aussi élargir la réflexion au traitement que notre société réserve au corps de la femme à travers la mode et la publicité. Plusieurs souhaitent ce débat, mais il ne vient à l’idée de personne de demander au gouvernement d’interdire les vêtements et les accessoires qui transforment les femmes en objet.

Ce n’est pas pour voir l’État mesurer la taille des maillots de bain que les femmes se sont battues. Il serait affligeant que le débat à propos d’une tenue de baignade nous ramène 50 ans en arrière, alors qu’on se chargeait de dire aux femmes, les « bonnes catholiques » cette fois, ce qu’elles pouvaient porter à la plage.

La liberté de disposer de son corps va du droit de l’exposer à celui de le couvrir, peu importe la raison. À chacune de choisir. Pour celles qui sont soumises à la contrainte, la solution est ailleurs. La liberté ne découlera pas d’une interdiction qui équivaudrait à s’en prendre à la victime plutôt qu’à l’oppresseur.

Dans le cas des jeunes élèves, on se doute bien que la plupart d’entre elles suivent avant tout les directives et traditions familiales, et ce n’est pas l’interdiction du burkini qui aurait le plus de chances d’ébranler ces dernières.

En revanche, la participation et l’inclusion de ces élèves à tous les aspects de la vie scolaire au sein d’une école publique peuvent contribuer davantage à cette intégration que tout le monde souhaite. Encore faut-il, bien sûr, que cette même école publique enseigne aux jeunes les valeurs communes fondamentales d’une société libre et démocratique, dont l’égalité des femmes.

Cet apprentissage serait plus prometteur pour l’avenir qu’une exclusion provoquée par l’interdiction d’un vêtement. Qu’il nous plaise ou non.

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77 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 8 septembre 2016 03 h 16

    Ne pas interdire le burkini

    Il ne faut pas l'interdire mais toutese les femmes qui le porte sont aliénées par une culture macho imposée par les hommes.

    • Robert Dufresne - Inscrit 8 septembre 2016 10 h 37

      Toutes les femmes qui portent le burkini sont aliénées, tous les Québécois mangent des fèves au lard, tous les Français mangent des andouillettes, évidemment les Italiens sont machos et toutes les ferres au brésil portent le string sur la plage.

      C'est simple de vivre dans votre monde.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 8 septembre 2016 11 h 11

      Imagineons que des curés aient approuvé la tenue que les femmes pourront désormais revêtir pour la baignade? Sous peine d'être exclues?

      Jamais plus on n'accepterait ces impératifs religieux, mais c'est ce que l'on fait dans les écoles: on tolère que des jeunes filles soient traitées différemment, sous prétexte qu'elles seraient exclues. En fait, on baisse les bras devant l'intégrisme religieux qui menace l'exclusion de jeunes filles à une activité scolaire en affirmant que NOUS ne devons pas les exclure. On accepte inconditionnellement les contraintes discriminatoires contre des jeunes filles, contre les femmes pour avoir la paix! Une paix illusoire, bien sûr! Parce que si cette façon de faire, nous a échappée, c'est en fait parce que d'autres fronts, notamment face aux intégristes, nous occupent constamment.

      On accepte pour des femmes d'allégeance religieuse et/ou de «culture» musulmane ce qu'on n'accepterait jamais pour les femmes catholiques, protestantes ou autres? Quel mépris pour ces femmes! Mais surtout quel scandale! Parce que j'imagine qu'on sait que la créatrice de ce vêtement, Australienne d'origine Libanaise, a dû recevoir l'approbation du mufti de Sydney?

      Il y a un manque de courage pour affirmer NOS règles. On fragilise, encore une fois, l'égalité entre les femmes et les hommes en souscrivant à des injonctions autoritaires misogynes. En fait, je me demande si l'avancée des femmes des dernières années n'en a pas frustré plusieurs, qui se reprennent d'une autre façon pour stopper ces avancées égalitaires.

      Cet aveuglement à ne voir que: burkini vs exclusion, est symptômatique d'une condescendance sans nom envers une religion intégriste anti-femmes et anti-féministes incontestable. Et de plus, ce sont à des jeunes filles qu'on impose ces diktats!

  • Serge Morin - Inscrit 8 septembre 2016 04 h 02

    Liberté jusqu'où irons nous en ton nom?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 8 septembre 2016 06 h 55

    A quand le prochain accommodement?

    Burkini, exemption du cours de musique à l'école....Porter le voile à l'assermentation.....etc...etc.

    Inclusion, dites-vous? Je dirais plutôt non intégration. Ces gens-là utilisent nos lois pour étirer l'élastique au maximum: DJIHAD JURIDIQUE!

    On voit où tout cela a mené en France.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 8 septembre 2016 08 h 06

      Vous avez tout dit, monsieur Grandchamp.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 8 septembre 2016 10 h 45

      Nos lois nous protègent contre les manipulateurs, les exploiteurs, les violeurs, les batteurs, les autoritaires et ainsi de suite.
      Comment «virer» de bord les chartes de droits et libertés sans les brûler tout simplement ?
      Quel étrange phénomène rendra l'ONU musulman et le droit partisan d'un retour d'une drôle de royauté religieuse ?
      L'élastique ne peut pas étirer jusqu'à se changer en grenouille quand même ...
      J'ai l'image d'un avocat, qui à force de défendre en cour des criminels de la finance, se changera lui aussi, comme par magie en criminel financier.
      Je sais très bien qu'il y a des exemples où cela s'est vu, ce retour religieux. Mais ce n'est certainement pas grâce à de plus en plus de jugement de la cours, basée sur des chartes de droits et libertés. Le dernier mot est essentiel : libertés au pluriel.
      La vôtre est sauve.

    • Francois Cossette - Inscrit 8 septembre 2016 15 h 24

      Il faudrait aussi se demander, pourquoi ce sont toujours les memes qui font suer tout le monde. L'intolérance n'est pas toujours ou on pense la voir et les gens qui la dénoncent sont des experts dans le fait de nous culpabiliser.

      On est vraiment de bonnes poires pour accepter cela,,,, chez nous.

  • François Dugal - Inscrit 8 septembre 2016 06 h 59

    Avancez en arrière

    La femme est inférieure à l'homme, tout le mouvement visant l'égalité n'a été qu'une immense perte de temps; avancez en arrière.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 septembre 2016 07 h 45

    La lutte contre le burkini et l'intolérance religieuse

    La laïcité républicaine est comme la chicane; on sait quand elle commence mais on ne sait pas quand elle finit.

    Elle commence par une interdiction faite aux employés de l’État de porter des signes religieux 'ostentatoires' (ce qui autorise les signes chrétiens, généralement plus discrets), puis elle s’étend aux Musulmanes qui travaillent dans le secteur privé et qu’on agresse et insulte parce que déviantes des 'valeurs républicaines', puis elle atteint leur vie privée où les zélés tentent de leur interdire l’espace public.

    En fait, les arguments invoqués contre ces femmes pour les contraindre aux dictats de la droite française constituent un paravent à l’intolérance religieuse, puisqu’il ne s’agit que ce cela.

    • Sylvain Auclair - Abonné 9 septembre 2016 13 h 58

      La laïcité est la réponse aux nombreuses guerres civiles que l'Europe avait connues depuis la Réforme. Vous préférez la guere, monsieur?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 septembre 2016 16 h 18

      Sylvain Auclair écrit : "La laïcité est la réponse aux nombreuses guerres civiles que l'Europe avait connues depuis la Réforme. Vous préférez la guerre, monsieur?"

      La laïcité anglo-saxonne (à laquelle je souscris) a également permis à diverses religions de coexister pacifiquement aux États-Unis. Elle se définit comme la neutralité religieuse de l'État, sans la police des signes ostentatoires que nécessite la laïcité tatillonne à la française.

      Elle consiste donc à laisser à chacun la liberté de vivre sa religion comme il l’entend… du moment que cela ne porte pas atteinte aux droits des autres de vivre selon leurs principes à eux.

      Dans le cadre de la neutralité religieuse de l'État, le citoyen n’a pas à renier sa foi — ni aux manifestations extérieures de celle-ci — avant de donner ou de recevoir un service public.

      Ce laisser-faire intentionnel signifie que les employés de l’État reflètent la diversité de la Nation; plusieurs pigmentations de la peau, des sexes différents, des croyances religieuses diverses, des tenues vestimentaires variées, des colorations capillaires semblables à ce qu’on voit dans la rue, et des accents qui reflètent les manières régionales de parler, etc.