Une enquête bienvenue

C'est un vaste mandat que le gouvernement Martin vient de confier au juge John H. Gomery, qui présidera la Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires du gouvernement. Un mandat qui, pour être complet, doit nécessairement dépasser les considérations administratives pour débusquer les jeux d'alliances politiques qui ont conduit à enfreindre les lois dans le but d'enrichir des proches du parti au pouvoir.

C'est un juge de la Cour supérieure qui agira à titre de commissaire chargé d'enquêter sur les irrégularités constatées par la vérificatrice générale Sheila Fraser. Son mandat très large comprend à la fois le programme de commandites et celui des lucratifs contrats de publicité accordés par Ottawa en contravention des règles édictées à la loi. Le ministère des Travaux publics et son ancien titulaire, Alfonso Gagliano, ne seront donc pas les seuls invités à la petite fête puisque, comme la vérificatrice générale le précisait dans son rapport, «la surveillance stratégique des activités du gouvernement en matière de publicité et leur coordination sont assurées par le Bureau du Conseil privé», qui relève du premier ministre.

Il faut donc s'attendre à ce que des fonctionnaires du plus haut niveau de la hiérarchie et l'ex-premier ministre lui-même soient appelés à témoigner sous serment. M. Chrétien le fera-t-il? Si oui, aura-t-il le culot de répéter que même si quelques millions ont pu être volés dans le cadre de ce programme, cela n'a pas d'importance quand l'avenir du pays est en jeu?

Si tant de Canadiens et de Québécois sont révoltés par cette affaire dont tous les journaux avaient pourtant parlé abondamment au cours des dernières années, c'est que le rapport de la vérificatrice leur a enfin offert l'occasion de s'accrocher à des preuves solides. Ce rapport, c'est l'étincelle jetée sur une matière hautement explosive qui faisait la manchette depuis des mois.

Les électeurs ne sont pas dupes devant le favoritisme dont ils sont souvent les témoins. Mais ce sont des gens patients qui, sans faire entièrement confiance à leurs représentants, sont tout de même prêts à leur accorder le bénéfice du doute, ne serait-ce que par impuissance. En revanche, le jour où une explosion survient, tous ceux qui se trouvent trop près sont soufflés.

Paul Martin n'a peut-être jamais rien su des magouilles qui se tramaient autour de lui, mais à titre de chef du gouvernement et du Parti libéral, c'est à lui de porter le blâme des actes commis par les membres de son gouvernement, par les fonctionnaires qui agissent en leur nom et par les petits amis du parti auxquels le favoritisme rapporte tant.

Le mandat de la commission qui commencera bientôt ses travaux est suffisamment vaste pour permettre à son président de faire la lumière sur l'administration des programmes en cause. Mais pour cela, il devra étendre son inquisition aux aspects plus politiques des transactions incriminées. Car ce qui différencie cette enquête des autres, c'est précisément le lien partisan qui unit tous les intervenants au dossier: politiciens, hauts fonctionnaires, présidents de société d'État, agences de communication et de publicité. Jean Chrétien avait beau présenter le programme de commandites comme un moyen de faire la promotion du Canada au Québec, il est maintenant connu que seules les agences proches du Parti libéral pouvaient en profiter. C'est même dans le but précis d'avantager ces agences qu'on a enfreint les lois. Pour expliquer ce qui s'est passé, la commission doit donc s'intéresser à ce problème bien grave qui ronge la politique canadienne: celui de la corruption et du favoritisme au sein du gouvernement.
1 commentaire
  • Claudette Montpetit - Inscrit 20 février 2004 14 h 03

    Outrée!

    Je suis outrée mais pas surprise. L'impudence de Jean Chrétien était telle que personne ne pouvait être surpris, la plupart de ses proches le copiaient, Stépnane Dion en tête et son "père Ovide" Dan boudria.

    J'ai toujours perdu mes élections au fédéral (je ne suis pas jeune) et je crois que je vais les perdre encore parce que les gens n'ont pas de colonne vertébrale et ont peur du changemment même pour un petit quatre ans.

    C. Montpetit