La politique de la méfiance

Un des fantômes qui ont hanté et lesté le Parti conservateur durant la dernière campagne électorale a refait surface cette semaine, celui de l’immigrant et du réfugié suspects d’adhérer à des « valeurs anticanadiennes ». C’est la candidate à la succession de Stephen Harper, Kellie Leitch, qui l’a remis sur le tapis à travers un sondage envoyé aux membres conservateurs.

Comme le chef de la CAQ, François Legault, Mme Leitch demande aux répondants si le gouvernement devrait vérifier si les candidats à l’immigration et au statut de réfugié défendent de telles valeurs. En fait, son idée est faite. Dans une déclaration émise vendredi, elle dit être fortement en faveur d’une telle politique afin de repérer toute manifestation d’intolérance culturelle, religieuse, sexuelle et tout rejet de « notre tradition canadienne des libertés personnelles et économiques ».

Dans son sondage, elle fait aussi état du débat entre tenants d’« un multiculturalisme qui célèbre nos différences » et les partisans d’« une identité canadienne unificatrice ». Là encore, elle n’informe pas les répondants de sa position, qui est pourtant bien arrêtée. Dans une entrevue publiée vendredi dans le Saskatoon StarPhoenix, elle dit d’entrée de jeu que l’un des piliers de sa campagne est cette « identité unifiée ».

Mme Leitch connaît les risques reliés au jeu de la carte identitaire. L’an dernier, son parti a provoqué un tollé avec sa promesse d’une ligne téléphonique de délation des « pratiques culturelles barbares », annonce que la députée avait faite avec le ministre de l’Immigration de l’époque.

Malgré cela, elle récidive dans le but évident de courtiser cette frange du parti qui se méfie de certains immigrants et qui rejette la nature pluraliste et plurinationale du Canada. Et elle le fait au grand dam des conservateurs plus modérés, qui ont d’ailleurs commencé à la dénoncer.

Les Canadiens partagent beaucoup de valeurs, mais en ont d’autres qui sont ancrées dans leur culture nationale ou régionale respective. Des Québécois aux autochtones en passant par les communautés culturelles et les diverses régions du Canada, on trouve des perspectives variées sur l’économie, la place du religieux, le rôle de l’État, l’environnement et ainsi de suite. Qui définirait les valeurs à mettre à l’épreuve ?

La Charte canadienne des droits et libertés inspire déjà le test que passent les résidents permanents pour obtenir leur citoyenneté. Certains droits, dont celui à l’égalité, font consensus, mais d’autres font l’objet de débats à l’intérieur même du parti que Mme Leitch veut diriger.

En alimentant la méfiance à l’endroit des immigrants, la candidate perpétue une logique de division dont le PC devrait pourtant se défaire. C’est un pari dangereux et déplorable.

14 commentaires
  • Jacques Morin - Inscrit 3 septembre 2016 07 h 56

    Quel pari?

    Tout le monde à bord et que Dieu nous vienne en aide!

    Cessons, pour l'amour du Ciel, de parler des immigrants! Le problème, c'est l'islam!

    Tant qu'on refusera tout débat public sur cette ¨religion ¨, on fera fausse route , on accumulera les difficulté de tous ordres et on se préparera des lendemains dissonants.

    Partout dans le monde l'islam apporte son lot de conflits.

    Plutôt que de prêter foi aux propos lénifiants des porte-parole auto-proclamés de la communauté musulmane on devrait accorder une importance accrue aux analyses de ses apostats.

    Et si on cessait de taxer automatiquement de racisme et de xénophobie toute méfiance envers cette idéologie on ferait un grand pas en avant.

    Mais, hélas, il semble bien qu'on préfère la rectitude à la prudence la plus élémentaire.

    C'est un pari dangereux et déplorable.

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 4 septembre 2016 15 h 00

      Et voilà, Monsieur Morin,

      Vous avez tout dit en 1 seule phrase:

      Cessons, pour l'amour du Ciel, de parler des immigrants! Le problème, c'est l'islam!

      À quand ce débat. Au Canada et au Québec en particulier

  • André Savary - Abonné 3 septembre 2016 08 h 03

    valeurs canadienne...

    Ce "test d'immigration" comportera t-il des questiions sur la liberté économique, sur l'environnement...les valeurs conservatrices ou libérales?? Croit on au réchauffement climatique? pour ou contre un projet gazier?
    Un beau dérappage raciste en devenirr...

  • Robert Bernier - Abonné 3 septembre 2016 09 h 36

    Mais que nous arrive-t-il?

    Si Kellie Leitch met de l'avant ces idées, c'est parce qu'elle sait que ça marche. Si même Gilles Duceppe, à ma grande déception et sans doute à son grand regret après sa dernière défaite, a pris le train de la xénophobie (anti-niqab) durant la dernière élection fédérale, c'est qu'il savait que ça marcherait et ça a en effet cassé l'avancée du NPD de Mulcair auprès des souverainistes québécois. Si Mulcair, qui avait décidé de rester droit dans ses bottes et de continuer à soutenir la tolérance et les droits de toute personne, a perdu sa job au NPD, c'est que ça marche. Si le PQ a suivi Drainville dans sa démarche pro-Hérouxville, c'est qu'il avait conclu que la xénophobie se vend bien en suite de sa recherche d'idées auprès de la population.

    Que nous arrive-t-il? Quelques terroristes à longue barbe auront-ils déjà eu raison de notre mince vernis de culture? Ils auront donc été un révélateur de notre peu de profondeur. Les valeurs "canadiennes"? Les valeurs "québécoises"? Bien bien mince le vernis.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Stéphanie Deguise - Inscrite 3 septembre 2016 11 h 48

      Bon tour de piste M.Bernier. Je partage votre inquiétude.

    • Robert Bernier - Abonné 3 septembre 2016 12 h 43

      Et j'ajoute qu'on pourra me répondre qu'il y a eu des morts. Quelques-uns seulement ici, mais plusieurs en Europe. Et c'est vrai. Mais on conviendra qu'on est loin de faire preuve du même héroïsme, du même courage et du même flegme que les londoniens, par exemple, sous les bombes et les V2. Leurs soldats faisaient montre de leur courage au front mais le civil démontrait le sien en raison gardant.

      C'est de cette sorte de courage dont nous avons besoin pour éviter de nous enfermer nous-mêmes dans des États intolérants et anti-démocratiques. Les terroristes auraient alors gagné.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Marc Tremblay - Abonné 5 septembre 2016 01 h 08

      Être contre le niqab est xénophobe? Je ne crois pas. Le niqab doit être proscrit partout dans le monde car c'est un manque de civilité que de se promener en public le visage masqué.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 5 septembre 2016 15 h 06

      Marc Tremblay

      il y en a qui mélangent tout comme vous pouvez voir.

      Vivre ainsi masquées, c'est surtout montrer qu'elles ne veulent rien savoir du "vivre ensemble" qu'on leur propose en les acceptant au pays.

      C'est être anti-égalité homme-femme et c'est de le transmettre à leur progéniture.

      C'est de ça que "nous" on devrait s'accommoder?

  • Royal du Perron - Inscrit 3 septembre 2016 11 h 55

    Navrante bêtise !

    Je suis d'accord avec M. Jacques Morin :

    « Partout dans le monde l'islam apporte son lot de conflits (...) si on cessait de taxer automatiquement de racisme et de xénophobie toute méfiance envers cette idéologie on ferait un grand pas en avant.»

    Madame Cornellier, vos propos sont d'une navrante bêtise !

  • Nadia Alexan - Abonnée 3 septembre 2016 11 h 56

    Pourquoi choisir de vivre dans une société qu'on méprise?

    Je ne comprends pas pourquoi ces intégristes choisissent de vivre ici chez nous puisqu'ils n'aiment pas notre culture et nos valeurs? Se poser la question n'est ni raciste ni xénophobe. Pourquoi ramène-t-on les mêmes valeurs de division et de conflits des pays dont on a pris la fuite?

    • Marc Therrien - Abonné 3 septembre 2016 17 h 16

      Peut-être parce qu'ils sont dominants et vindicatifs et que, percevant notre fragilité identitaire, notre caractère timoré et la mollesse de nos convictions, ils se disent: voilà une nouvelle terre où nous pourrons nous répandre sans trop de pertes de vie. Ceci dit, en ce qui me concerne je suis complètement imperméable à leur prosélytisme. Aucune chance qu'ils me convertissent. Chaque fois que j'ai pu écouter des extraits de discours d'un imam, j'ai eu le réflexe de rire devant tant de niaiserie à la fois dans le ton que dans le contenu du message. Mais quelle vie ennuyante ils doivent mener.

      Marc Therrien

    • Jacques Morissette - Abonné 4 septembre 2016 09 h 02

      Quand on est mal dans sa peau, on trouve à l'extérieur les raisons qui font que l'on est mal dans sa peau. Dans ce cas-ci, ce serait la culture et les valeurs de d'autres. Être mal dans sa peau, c'est dans les émotions que ça se passe. Pour faire une image, les problèmes émotionnels, un fluide venimeux qui circule dans ses veines comme le venin d'un serpent. La personne ne le sait pas, le fluide s'est infiltré en elle au fur et à mesure des mauvaises expériences de sa vie et qu'il a mal interprété tout au long de sa vie, tout ce que je vis est de la faute des autres.

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 5 septembre 2016 15 h 09

      Jacques Morissette

      Vous pensez peut-être que les femmes islamiques sont bien dans leur peau?

      Je préfère de beaucoup être dans la mienne et croyez-moi je m'y sens très bien.