L'internationale de l'inertie

De l'ONU à la Caricom en passant par l'OEA et l'Organisation internationale de la francophonie, tout un chacun se dit préoccupé par le chaos qui rythme la vie des sept millions d'Haïtiens depuis plusieurs semaines. Les grands de ce monde souhaitent intervenir, mais à la condition que cela se fasse au compte-gouttes, et surtout pas à court terme. En un mot, ici et là, on se presse... lentement.

Reprenons la chronologie récente du drame haïtien en lui collant la loupe diplomatique. Au terme de la réunion qui, le 13 février dernier, regroupait le ministre des Affaires étrangères Bill Graham, le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA) et les membres de la Communauté des pays des Caraïbes (Caricom), le secrétaire d'État américain Colin Powell a confié qu'il n'était pas question d'envoyer des renforts policiers tant et aussi longtemps que le président Jean-Bertrand Aristide et les chefs de file de l'opposition n'auraient pas articulé une solution politique. On notera au passage que la mission de l'OEA en sol haïtien (présidée par le Canada, précisons-le) se compose de 25 policiers. Bref, pas de quoi effrayer les centaines de malfrats de l'ex-Armée cannibale.

De cette désaffection diplomatique, certains ont tiré profit. On pense évidemment aux anciens compagnons du dictateur Raoul Cedras qui se sont empressés de traverser la frontière qui sépare Haïti de la République dominicaine. Ces fiers-à-bras ont convergé vers la ville de Hinche. Aujourd'hui, ils ont la maîtrise du lieu et des environs.

À la suite de cette avancée militaire, on a eu droit à un deuxième acte diplomatique. Le Canada et la France ont saisi l'Organisation internationale de la francophonie, par le truchement du ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, du dossier haïtien. Celui-ci a rencontré le secrétaire général de cette organisation pour lui remettre une offre de service. Est-elle immédiate? Non. Est-elle détaillée? Guère plus.

Lorsqu'on fait le compte des interventions diplomatiques, on constate, on calcule que trois institutions sont prêtes à faire le service minimum. En toute logique, on peut supposer que ceux qui dominent aujourd'hui le nord et le centre-est de l'île ont fait le même calcul. Chose certaine, l'inertie des premiers a convaincu les seconds que la route vers Port-au-Prince était libre. À preuve, Butteur Métayer, le patron de la ville des Gonaïves et ex-champion des basses oeuvres d'Aristide, a assuré que partir à l'assaut de la capitale était désormais la priorité. Ce qui nous amène au troisième acte diplomatique.

Celui-ci a été écrit par les États-Unis, plus exactement par l'ambassadeur James Foley. À la presse étrangère qu'il avait invitée, Foley a martelé que le président Aristide devait se conformer au «plan d'action préalable» que les nations membres de la Caricom avaient conçu à la fin du mois de janvier. Le plan prévoit la libération des prisonniers politiques, l'amorce de pourparlers avec l'opposition démocratique pour que celle-ci forme un gouvernement provisoire avant d'organiser des élections législatives. À ce cahier de charges, l'ambassadeur a fait un ajout: la démission du premier ministre Yvon Neptune, qui serait remplacé par une personnalité choisie par la communauté internationale. Histoire de ne pas être en reste, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a indiqué qu'il étudierait le dossier.

Puisqu'il y avait un plan, pourquoi ne pas commencer par là? Cela éviterait ces gesticulations diplomatiques qui n'ont fait qu'ajouter à la confusion.