Préparer le dégel

Le ministre le nie, bien des mémoires ne font que l'effleurer et la commission parlementaire qui a débuté hier le noie sous la vaste appellation «Consultation générale sur les enjeux entourant la qualité, l'accessibilité et le financement des universités du Québec». Le dégel des droits de scolarité est néanmoins le point central de la commission qui a débuté hier. Celle-ci sera même un échec si elle n'y conduit pas.

On peut gloser pendant des heures sur l'argent qui dort à Ottawa, sur les finances publiques du Québec qui peuvent en prendre toujours plus, sur les entreprises qui pourraient se mobiliser en éducation. Mais les besoins financiers du monde universitaire sont tels qu'aucune de ces pistes — au réalisme par ailleurs douteux — ne peut fermer la porte à la participation du joueur le plus important: la population étudiante.

Certes, les universités sont indissociables du développement d'une société, comme l'ont rappelé des études dévoilées en prévision de la commission parlementaire. Mais les premiers bénéficiaires d'une formation poussée sont les étudiants eux-mêmes. Les diplômés universitaires ont les meilleurs emplois, les meilleurs salaires, les meilleures possibilités de se sortir des crises économiques. Étudier est pour eux un investissement, le meilleur qui soit. À ce titre, il n'est pas plus dramatique de rembourser une dette d'études pendant 20 ans qu'il ne l'est d'endosser une hypothèque.

Le lobby étudiant aime bien agiter l'épouvantail américain pour contrer toute hausse. Un petit séjour d'observation en France serait plus avisé pour que soient constatés les ravages de la gratuité à l'université, où l'on étudie le manteau sur le dos faute de locaux chauffés, où les professeurs ne sont que courants d'air, où les bibliothèques sont d'une vétusté qui, ici, pousserait à la manifestation. Le système français est en fait sauvé par l'existence de ses grandes écoles et par la qualité de la formation donnée à l'école élémentaire et au lycée.

L'idéal eut donc été que le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, ait le courage qu'il affichait lorsqu'il était recteur: les droits doivent être augmentés, attardons-nous au comment. La commission parlementaire aurait alors pu se pencher sur des scénarios concrets, tels ceux proposés hier par la Conférence des recteurs. En revanche, des instances comme l'Université du Québec, qui reçoit une clientèle financièrement fragile, aurait pu consacrer tout son mémoire à suggérer des balises pour, par exemple, améliorer le régime de prêts et bourses. Et les associations étudiantes y aller de leurs suggestions pour que la hausse ne s'emballe pas.

Mais le ministre Reid a à composer avec la promesse de son parti de ne rien augmenter pendant ce mandat et avec la réaction de la population qui, comme le démontre un récent sondage du Devoir, appuie toujours le gel des droits — ce qui montre surtout à quel point l'importance de l'éducation est une notion encore bien jeune au Québec. La pédagogie est donc à faire, elle prendra un certain temps. Mais cette commission doit en constituer le premier pas.

jboileau@ledevoir.ca