Cauchemar haïtien

Haïti est à deux doigts de la catastrophe humanitaire. L'insécurité qui sévit depuis plus de deux semaines a contraint un certain nombre d'ONG à réduire leurs services. En fait, entre une opposition divisée entre bandes armées et partisans de la démocratie et un Jean Bertrand Aristide plus dictateur que président, le pays présente tous les stigmates du chaos.

Porte-parole de la présidence haïtienne, Jonas Petit a fait une confidence révélant l'impuissance du gouvernement. Selon ses précisions, il n'y a pas assez de policiers pour assurer la sécurité dans tout le pays. Et comme l'armée a été dissoute en 1995, les autorités ont décidé de concentrer les forces policières à Port-au-Prince. Ainsi, on n'envisage pas, pour l'instant du moins, l'envoi d'un contingent en direction de la ville des Gonaïves et de ses environs qui sont tombés aux mains du Front de résistance révolutionnaire de l'Artibonite (FRRA). Celui-ci se compose des membres du groupe paramilitaire Armée cannibale, experts en coups tordus pour le bénéfice d'Aristide jusqu'à ce que dernier commande l'arrestation de leur chef l'automne dernier.

Qui plus est, et si l'on suit la logique de Jonas Petit, le gouvernement semble avoir abandonné toute idée de contre-offensive, à court terme, dans le centre-est de l'île qui, lui, est désormais sous l'emprise du groupe dit de Pernales. C'est à noter, ce dernier ainsi que le FRRA bénéficient des conseils logistiques d'ex-militaires proches du général Raoul Cédras qui imposa sa dictature de 1991 à 1994. En clair, des anciens notables aux mains pleines de sang ont quitté la Républicaine dominicaine où ils s'étaient réfugiés pour prendre leur revanche sur celui qui, au fond, leur ressemble comme deux gouttes d'eau, soit le pitoyable Aristide.

Faute de sécurité, toutes les ONG ont été dans l'obligation de réduire leurs services. La plus importante d'entre elles, il s'agit du Programme alimentaire mondial (PAM) rattaché à l'ONU, a suspendu toutes ses livraisons de nourriture dans le nord du pays. Dans certains quartiers des villes de cette région un robinet, et un seul, fonctionne. Les communications sont rompues, l'essence n'est plus distribuée etc. Bref, toutes les conditions sont réunies pour que l'état de déliquescence aille grandissant.

Le pire est que le Canada, les États-Unis et les autres nations des Caraïbes ont décidé de ne pas bouger. Plus exactement, ils ont convenu d'envoyer des forces policières si toutes les parties en présence parviennent à une solution politique et si elles en font la demande. Lorsqu'on songe que l'opposition compte plus de 80 factions ou groupes rebelles, ce n'est pas demain que ces pays se manifesteront.

Cela étant, comment espérer que les acteurs impliqués dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile signeront une entente lorsqu'on sait que la corruption sévit de la tête de l'exécutif aux forces policières en passant par toutes les infrastructures et notamment la justice. Sous la coupe d'Aristide, le pays est devenu un lieu de transit privilégié pour les caïds colombiens de la cocaïne qui acheminent

14 % de leur production à destination des États-Unis par ce pays. La progression marquée de ce trafic est en grande partie attribuable à l'impunité tous azimuts dont jouissent les chefs de police locaux, principaux acteurs de la distribution de cette drogue.

On se rappellera qu'en 1997, Madeleine Albright, alors secrétaire d'État, avait signé un accord avec le président haïtien permettant aux Américains d'installer des bases militaires sur place pour combattre les trafiquants. Mais bon... Haïti est un cauchemar et non un puits de pétrole.