Ce caniche que fut Tony Blair

Si doute résiduel il y avait, il ne peut plus sensément y avoir. Sept ans et 2,6 millions de mots plus tard, le rapport Chilcot, rendu public mercredi à Londres, étale dans toute sa monstrueuse splendeur les mensonges et l’arnaque par lesquels l’ancien premier ministre Tony Blair, et par extension George W. Bush, a justifié le déclenchement de la guerre d’Irak, en 2003. « J’ai pris la décision de bonne foi », s’est défendu M. Blair. Rien de plus faux.

La guerre d’Irak fut déclenchée le soir du 20 mars 2003 dans un tonnerre de bombardements aériens, sur fond d’ahurissante manipulation de la vie démocratique et des opinions publiques occidentales. Sans compter des instances de l’ONU. On le savait, on nous le reconfirme avec le rapport monumental de sir John Chilcot — long comme quatre Guerre et paix de Tolstoï.

Le déclenchement de cette guerre fut une erreur dont le monde continue de souffrir et de subir les retombées effrayantes, à commencer par l’Irak lui-même, ainsi qu’en témoigne l’attentat de dimanche qui a fait plus de 200 morts quand une voiture piégée a explosé dans un quartier commercial de Bagdad — et auquel le gouvernement irakien a promis de riposter en exécutant vitement des milliers de condamnés à mort pour terrorisme.

Où se manifeste-t-il donc, le sain développement démocratique dont le renversement de Saddam Hussein devait jeter les bases ?

Le rapport Chilcot conclut, en mettant les points sur les i, que Saddam Hussein « ne présentait pas une menace imminente » et que Tony Blair avait délibérément exagéré cette menace ; que le casus belli que constituaient les prétendues armes de destruction massive irakiennes a été présenté, bel euphémisme, « avec une certitude qui n’était pas justifiée » ; que le « Royaume-Uni avait décidé de se joindre à l’invasion de l’Irak avant que toutes les options pacifiques pour obtenir le désarmement [du pays] ne soient épuisées » et que « la stratégie de l’endiguement aurait pu continuer de s’appliquer pour un certain temps » ; et que, signe d’une inconscience qui dépasse l’entendement, l’après-Saddam n’avait pour ainsi dire fait l’objet d’aucune planification sérieuse.

Bref, que cette guerre n’aurait pas dû avoir lieu.

Il se trouve que dans l’immédiate foulée du 11-Septembre, M. Blair avait pourtant pressé le président Bush de « ne pas poser de geste hâtif », souhaitant s’en tenir à la politique britannique d’endiguement. Lorsqu’il rencontre M. Bush à son ranch texan de Crawford, en avril 2002, il a complètement changé son fusil d’épaule, jugeant que l’éviction de Saddam était « la bonne chose à faire ».

Il s’est fait caniche. Dans un mémo envoyé en juillet de cette année-là à M. Bush et révélé pour la première fois par le rapport Chilcot, M. Blair lui écrivit : « Je serai à vos côtés, quoi qu’il arrive. » C’est dire, entre autres entorses aux règles de base de nos démocraties, que l’homme s’est discrètement enchaîné aux neocons plusieurs mois avant de soumettre ses visées à l’examen du Parlement britannique. Les larmes de crocodile qu’il a versées mercredi sur « la décision la plus difficile » qu’il ait jamais prise ne font que mettre en lumière le fait que, loin d’avoir agi en toute « bonne foi », il a manufacturé une réalité qui accréditait ses intentions, au nez et à la barbe, faut-il le rappeler, des manifestants antiguerre qui, par millions au Royaume-Uni et dans le monde, avaient exprimé leur désaccord.

 

Le débat autour du Brexit aura largement mis en exergue le degré de méfiance du commun des citoyens à l’égard des establishments politiques. Le fait est que, dans l’histoire contemporaine de nos sociétés, les mensonges employés par MM. Bush et Blair pour justifier le déclenchement d’une guerre qui a fini en quelque sorte par se mondialiser, donnant lieu à l’émergence du groupe État islamique, ont joué un rôle important dans la rupture progressive de notre confiance en ceux et celles à qui nous confions le pouvoir.

La méthode par laquelle la guerre anglo-américaine a été lancée en Irak est venue illustrer de façon extrême la propension des gouvernements à trahir leurs engagements électoraux quand ça leur chante et à n’en faire qu’à leur tête entre deux scrutins. On ne peut pas dire que cette propension s’est beaucoup résorbée depuis 2003.

16 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 juillet 2016 01 h 33

    Le «carré de sable» des «huiles».(!)

    «La précipitation est la fille de l'amour-propre et de la vanité.» Misère. Aujourd'hui il va faire «très chaud et très humide» selon... Perso, je vais m'occuper de mon «pote âgé» et de ses «ognons»(!) Tony Blair, un caniche?! Tiens donc! On chasse encore «le loup» avec des caniches dans certaines contrées. M'enfin.
    Grosse fatigue.

    JHS Baril

    • Robert Beauchamp - Abonné 7 juillet 2016 20 h 26

      Après la 2e guerre mondiale c'est toute l'Angleterre qui a choisi comme orientation politique de devenir le caniche des E.-U.

  • Denis Paquette - Abonné 7 juillet 2016 02 h 01

    la maladie du pouvoir, quel horreur quand elle est pratiqué par des débiles

    que dire de plus sinon que le pouvoir peut intoxiter certains individus au point de produire une fausse guerre et de tuer des milliers d'individus et déstabilier toute une region du monde, quel genre de punitions devrait-on réserver a ces individus, au moins, minimalement une lobotomie n'est ce pas ce qui serait normal si notre monde était sensé,

    • Normand Lévesque - Inscrit 7 juillet 2016 08 h 58

      ...Il y a longtemps, selon moi, que Bush aurait dû être jugé comme criminel de guerre!

  • Yves Côté - Abonné 7 juillet 2016 03 h 46

    M'est avis que nous...

    Le Brexit, c'est l'affirmation des Anglais "ordinaires", longtemps tenue pour inexprimable, qu'ils n'acceptent d'être les "caniches" de personne; pour reprendre l'expression ici de Monsieur Taillefer.
    Même pas de ces élites politique et financières qui là-bas mais partout aussi, ont la très mauvais habitude de se présenter à nous comme détenant d'évidence la vérité pure.
    Une part des arguments des chefs du "leave" était de nature trompeuse ?
    C'est vrai et je le condamne.
    Exactement comme je condamne les arguments trompeurs qui depuis des siècles, mais en particulier depuis une trentaine d'années comme jamais auparavant, sont servis à tous les peuples qui aiment et respectent tant la démocratie, qu'ils les avalent sans se révolter.
    Qui les gobent de plus en plus de travers il me semble, mais qui les avalent quand même pour éviter ce qui leur apparaît comme le pire...

    M'est avis que nous Québécois, devrions tous définitivement prendre de la graine du courage historique encore une fois montré par ce peuple...

    Vive le Québec libre !

    • Louise Collette - Abonnée 8 juillet 2016 08 h 33

      <<Vive le Québec libre>>bis bis bis et rebis!..

  • Michel Lebel - Abonné 7 juillet 2016 06 h 43

    La dérive idéologique

    Blair fut emporté dans la dérive idéologique de l'administation Bush, suite aux attentats du 11 septembre. Le premier ministre anglais a joué aussi à fond dans le traditionnel axe anglo-américain face à un ennemi commun.
    Je ne crois pas que Bush et Blair étaient de mauvaise foi: ils étaient aveuglés par l'idéologie, l'idéologie du Mal, incarnée selon eux, par Saddam Hussein. Aveuglés par pareille idéologie simpliste, cette guerre et sa suite ne pouvait être qu'un désastre; ce qu'elle fut. Bush et Blair en portent en grande partie la responsabilité.

    Michel Lebel

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 7 juillet 2016 10 h 35

      ''Je ne crois pas que Bush et Blair étaient de mauvaise foi:''

      Vous ne vous souvenez sûrement pas de la démonstration mensongère inventée de toutes pièces par Colin Powell à l'O.N.U.:

      "Il ne peut faire aucun doute que Saddam Hussein a des armes biologiques" et "qu'il a la capacité d'en produire rapidement d'autres" en nombre suffisant pour "tuer des centaines de milliers de personnes". Comment ? Grâce à des "laboratoires mobiles" clandestins qui fabriquent des agents atroces tels la "peste, la gangrène gazeuse, le bacille du charbon ou le virus de la variole". ( Colin Powell ).

      Il est évident que c'est un mensonge commandé d'en haut, de Bush, et c'est ce qu'il a raconté à son caniche.

      Même Jean Chrétien n'a pas embarqué dans ce mensonge évident, trop gros pour être crédible.

    • Denis Miron - Inscrit 7 juillet 2016 11 h 58

      Comment peut-on mentir de bonne foi pour envahir l’Irak, alors que sous les yeux du monde entier, la première chose qui fût faite par les étatsuniens, une fois le régime de Sadham tombé, ce fût de protéger le ministère du pétrole, alors que le pillage du musée de la civilisation se déroulait sous les yeux de l’occupant. Tel était l’intérêt premier de l’envahisseur…s’accaparer du pétrole Irakien.
      Comment peut-on s’accaparer de bonne foi du bien d’autrui ?

  • hugo Tremblay - Inscrit 7 juillet 2016 07 h 10

    Si Harper avait été au pouvoir ici?

    Je vous le donne en mille, nous aurions fait la même chose que ce caniche.