Forages en folie

Plus les informations circulent sur le forage dans l’île d’Anticosti, plus le scepticisme est de mise sur l’utilité du projet.

Le Devoir révélait lundi que Québec a autorisé le prélèvement de plus de 30 millions de litres d’eau dans les rivières de l’île — l’équivalent de 1000 camions-citernes — pour procéder aux trois premiers forages avec fracturation.

L’eau propre sera puisée dans des rivières à saumons déjà fragiles. Les eaux usées, qui seront traitées par on ne sait quel procédé scientifique, seront rejetées dans l’écosystème du golfe Saint-Laurent.

Greenpeace s’inquiète à juste titre de ce pompage dans des rivières à faible débit, qui met à risque une espèce de saumon en voie de disparition. La seule bonne nouvelle ? Les quantités d’eau sont négligeables dans leur ensemble.

La mauvaise ? Si jamais Québec donne le feu vert à l’exploitation commerciale, l’île pourrait accueillir jusqu’à 4200 puits pendant une cinquantaine d’années. Les activités de fracturation nécessiteraient alors 45 milliards de litres d’eau. Imaginez 15 millions de camions-citernes. Le tout, pour extraire principalement du gaz de schiste, une ressource dévaluée sur les marchés internationaux.

En dehors de Pétrolia et de ses partenaires, le projet n’inspire personne. Ni les environnementalistes, ni le maire d’Anticosti, John Pineault, ni la MRC de la Minganie, ni les Innus.

Le premier ministre Philippe Couillard doit également se pincer le nez. Dépeint comme « un vrai héros dans les solutions à la crise du climat » par l’ancien vice-président américain Al Gore, lors de la Conférence de Paris, M. Couillard n’a jamais caché son aversion pour les forages à Anticosti. Le gouvernement Couillard s’est pourtant résigné à les autoriser.

À titre d’actionnaire d’Hydrocarbures Anticosti, Québec n’avait pas vraiment le choix de respecter les termes du contrat signé par le gouvernement de Pauline Marois, à la veille des élections de 2014. Une décision contraire aurait envoyé un bien mauvais signal à toutes les entreprises qui font affaire avec le gouvernement.

Il n’en demeure pas moins que ce contrat est une vraie honte. Il n’est pas public. Il force l’État québécois à injecter 57,7 millions dans la phase d’exploration à Anticosti, sans possibilité de se retirer avant la fin des deux premières phases des travaux. À l’inverse, les partenaires privés peuvent retirer leurs billes à tout moment. La préservation de l’île d’Anticosti repose sur de bien mauvaises assises.

30 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 5 juillet 2016 02 h 58

    Une espèce a part

    Le mot folie n'est pas de trop quel être sensé peut comprendre de ce qui peut bien se passer dans la tête des politiciens actuels, ils sont vraiment les seuls a se comprendre, qu'est ce que l'histoire pourra bien retenir de l'incohérence de ces gens, saccager une île qui est un paradis pour produire du gaze de schisme pendant que nous avons de l'électricité en trop , utiliser de rares rivières a saumons ca défie l'entendement, enfin peut etre que les politiciens sont une espèce a part

    • Yves Rousseau - Abonné 6 juillet 2016 14 h 49

      Parlant des politiciens actuels, quelle était la position des actuels candidat-e-s à la chefferie du PQ sur l'exploitation pétrolière à Anticosti au moment de la signature du contrat?

  • Lise Bélanger - Abonnée 5 juillet 2016 07 h 14

    Remettons les pendules à l'heure.

    Dans un article du présent journal en février dernier, M. Shields mentionne que c'est à l'arrivée du gouvernement Charest que ce dernier a cédé tous les droits d'exploration, y compris Anticosti, au secteur privé.

    Suite à de telles décisions innaceptables, incompréhensibles, le gouvernement Marois a tenté de sauver les meubles en impliquant la participation québécoise sur les explorations.

    Non, le gouvernement Marois n'aurait jamais cédé tous les droits d'exploration au secteur privé.

    Tenter de mettre la faute sur le gouvernement Marois sans en mentionner la provenance du fait et de passer sous silence la responsabilité du gouvernement Charest est honteux et tend à induire en erreur la perception du public qu'il pourrait avoir sur les idées du gouvernement du Parti québécois.

    Merci M. Myles.

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 juillet 2016 09 h 02

      Mme Bélanger, voici ce que disait l'ancien chef du PQ - M. Péladeau - à propos du pétrole enfoui dans l’île du golfe du Saint-Laurent: « C’est un atout majeur, majeur pour la souveraineté. On ne peut pas purement et simplement “discarter” un potentiel énorme pour faire du Québec un pays riche et un pays prospère » (M. Péladeau).

      Voir: http://www.ledevoir.com/non-classe/435869/le-pq-di

      Mme Bélanger, voici un extrait de la pensée de Mme Marois: " Selon ce qu’a fait valoir jeudi la première ministre Pauline Marois, la perspective de pouvoir exploiter du pétrole au Québec s’inscrit dans la volonté du gouvernement péquiste de « favoriser l’indépendance énergétique ». Elle estime d’ailleurs qu’en cas développement de cette industrie, « tous les Québécois seront plus riches, collectivement et individuellement ».

      Voir: http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s


      Pour ma part, Mme Bélanger, je trouve que c'est un peu court de présenter le PQ comme un parti qui seulement tenter de " sauver les meubles ".

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 5 juillet 2016 15 h 33

      @Patrick Boulanger
      Si le contrat de Mme Marois a été si mal ficelé, pourquoi Couillard le garde-t-il secret?

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 juillet 2016 22 h 27

      @ Mme Lafrenaye

      Je l'ignore Mme Lafrenaye. Par ailleurs, pourquoi me posez-vous cette question?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 juillet 2016 08 h 14

      @ Lise Bélanger, vous avez oubliez le ''vole du siècle'' décrié par ''l'environementaliste'' Daniel Breton, ex-journaniste pigiste au Devoir et nommé ministre de l'environnement sous le PQ ?

      Un peu de remise en contexte ici,
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/336761/re

    • Lise Bélanger - Abonnée 7 juillet 2016 08 h 17

      @M. Ares,

      Merci de compléter mon commentaire, en effet il y a une différence entre vouloir exploiter des ressources de façon raisonnable( @ M. P. Boulanger) et se départir en totalité des biens du peuple sur ses propres ressources.

  • Pierre Desautels - Abonné 5 juillet 2016 07 h 35

    Quelle ironie...


    Ce matin, on peut lire que des militants anti-pétrole d'Anticosti vont demander l'aide d'Ottawa. Nous en sommes rendus là. Ce contrat secret, conclu par le gouvernement Marois, et respecté par le gouvernement Couillard, est une honte nationale. La seule bonne nouvelle est que la majorité des candidats à la direction du PQ s'y opposent maintenant...

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 5 juillet 2016 07 h 45

    Sauver la face!?Oui-oui!sauver sa face!

    Gagnant de l'élection,le gouvernement Couillard s'est retrouvé avec la patate brûlante
    et huileuse concoctée par bon-chic-bon-genre d'un P.Q. inc.,à grands coups d'un flair
    politique désabusé,incapable de concevoir qu'Anticosti est un joyau-pas-touche!!
    C'est y possible de se faire rouler dans la farine comme ça par des chambres de com-
    merce et acolytes.Le mal est fait.

    Couillard est pogné,pas à peu près,comme en convient Bryan Miles;le P.M.se doit de
    patauger,voir de barboter comme un saumon subitement paniqué dans un mince filet
    d'eau,patouiller du fait d'une incohérence lui faisant clamer que sous son règne, même si il y a exploration,par force contrainte...il n'y aura pas d'exploitation juré-
    craché!!!???C'est gros,gros,gros,énormément gros comme "mensonge";et ce,proclamé
    en pleine Assemblée Nationale.

    La "game" qui se joue est de trouver une élégante porte de sortie pour ne pas frois-
    ser,outre-mesure,les tenants orthodoxes des chambres de commerce et acolytes,tout
    en empêchant le "déviargage" de la belle Anticosti.
    Le preux Justin Trudeau et son armada de Pêches et Océans devront bientôt mettre
    un frein à cette folie.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 juillet 2016 09 h 22

      Je pense monsieur Guillot, que madame Bélanger ci-haut dans cette page, met le points sur les i et les barres sur les t en ce qui concerne le "roulage dans la farine"...

      C'est Charest de triste mémoire qui nous a placé dans cette situation malheureuse.

      Le mal est fait en effet. Mais au moins on sait par qui... Et ce n'est pas madame Marois!

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 juillet 2016 08 h 00

    PQ - PLQ : même combat

    Le représentant de l'opposition péquiste est d'accord avec le gouvernement du PLQ parce qu'il faut «honorer un contrat»... peu importe les conséquences.

    Décidément, ce parti déçoit quotidiennement les attentes qu'on seraient en droit d'avoir d'une alternative à la spoliation de notre environnement.

    • Pierre Desautels - Abonné 5 juillet 2016 10 h 53


      Vous avez raison. Beaucoup de citoyens ont la perception, qu'en matière d'environnement en tout cas, le PLQ et le PQ, c'est du pareil au même. Dans les dossiers d'Enbridge, Ciment Mcinnis et Anticosti, c'est main dans la main...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 juillet 2016 14 h 58

      Mais de la a permettre de siphonner le peu d'eau qui coule dans ces rivieres a saumon,il y a une limite a ne pas franchir pour le PLQ de David Heurtel.Comme les BPC de Pointe-Claire,et qu'arrivera avec le pipeline ?

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 5 juillet 2016 21 h 40

      Mais là, présentement ce n'est pas le PQ qui prend les décisions, mais le PLQ. Et je suis à la veille de penser que finalement le PLQ a vaillamment pris la place du PC canadien en matière d'environnement. Autrement dit, ce n'est pas important, car ce qui importe pour ce gouvernement ce sont les intérêts corporatifs, pas ceux de l'ensemble des québécois.