Un pari contre l’avenir

Des coupes pourraient frapper de nouveau les services de francisation des jeunes immigrants l’an prochain, révélait Le Devoir lundi. Voilà une bien mauvaise idée, qu’il n’est pas trop tard pour abandonner.

À première vue, il n’y a pas matière à se scandaliser. Les sommes allouées à la francisation des élèves non francophones, au primaire et au secondaire, pourraient de nouveau être amputées de 13,6 millions de dollars en 2016-2017, comme ce fut le cas lors de la dernière année scolaire.

Ces coupes de 13,6 millions représentent néanmoins 26 % d’une enveloppe de 51,4 millions accordés aux commissions scolaires pour la francisation des nouveaux arrivants.

Il ne s’agit donc pas de l’équivalent de la proverbiale poignée de change abandonnée sur le coin d’une table. D’ailleurs, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et la Commission scolaire de la Capitale (CSC), les deux plus importantes au Québec, ont réagi avec inquiétude, estimant qu’il sera difficile de comprimer encore les services accordés aux élèves non francophones, à moins de les priver de soutien.

Chantage des commissions scolaires ? Tempête dans un verre d’eau ? S’il y a bien une institution au sein de laquelle aucun recul ne doit être toléré en matière de francisation des immigrants, c’est bien l’école, car elle est, avec le travail, l’un des principaux pôles de l’intégration.

Les compressions ne laisseront guère de choix aux commissions scolaires. Soit elles puiseront à l’intérieur de leurs budgets les sommes manquantes en francisation, pénalisant au passage d’autres clientèles qui ne le méritent pas. Soit elles pelletteront la responsabilité aux professeurs, en intégrant tant bien que mal les nouveaux arrivants dans des classes ordinaires. Soit elles réduiront les services, et au diable l’avenir du Québec !

Aucun de ces trois scénarios ne permettra à des enfants et à des adolescents en processus d’intégration de se projeter vers l’avenir et de revendiquer leur appartenance à la langue et à la culture françaises. Leur intégration à la société d’accueil s’en trouvera affectée, ralentie, compromise même, s’il faut que les troubles d’apprentissage viennent s’ajouter au fardeau d’apprendre une nouvelle langue.

Ne pas se préoccuper de leur inclusion, c’est favoriser l’émergence de « dynamiques de marginalisation, de discrimination, de racisme et de repli identitaire ». Ce n’est pas Le Devoir qui l’affirme, mais la nouvelle politique de l’immigration adoptée en mars dernier. Cette politique réaffirme l’importance du français et elle fait de son apprentissage un des vecteurs de l’intégration et de l’inclusion. Moins de six mois après son dévoilement, il faut déjà rappeler au gouvernement l’importance des principes qu’il défend.

Ces jeunes en situation de minorité ne possèdent ni les clés ni les codes culturels et linguistiques pour faire entendre leur voix dans le débat public. Ce sont des cibles idéales pour des compressions à l’aveugle. Et le gouvernement Couillard s’étonnera ensuite du scepticisme de la population à l’égard de la réforme.

C’est aussi le français que le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion met en exergue dans ses communications aux milliers d’étrangers qui seraient tentés par un projet migratoire au Québec. « Le français représente non seulement un instrument de communication essentiel, mais aussi un symbole commun d’appartenance à la société québécoise », énonce la brochure Parler français, une nécessité.

Comment prendre ces grandes déclarations de principes au sérieux quand elles ne trouvent pas leur application dans la réalité concrète ? Ce décalage entre la parole et l’acte est préoccupant quand on connaît l’importance que le Québec accorde à l’immigration pour contrer les effets du déclin démographique.

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18 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 28 juin 2016 02 h 51

    Mais non, mais non Monsieur Myles !

    Mais non, mais non Monsieur Myles !
    Pas un pari contre l'avenir !
    Un pari pour l'avenir.
    L'avenir du Canada qui s'obsède depuis 1763 par nationalisme étroit à en finir pour de bon avec quelque pouvoir politique que ce soit des francophones de ce pays et surtout, après la grande frousse de 95, des Québécois.
    Un pari pour l'avenir du Canada est dorénavant bel et bien identifié comme un pari "no future" pour le Québec français.
    Quel mentalité de perdant !
    Ou de "looser", par un conformisme linguistique qui plaira peut-être plus aux fédéraillistes...

    Mes amitiés de lecteur, Monsieur Myles.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 28 juin 2016 09 h 47

      Vous avez bien raison Monsieur Côté!

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 juin 2016 12 h 11

      Loser, monsieur, pas looser. Vous n'êtes pas encore prêt à affronter le monde...

    • Yves Côté - Abonné 28 juin 2016 14 h 51

      Monsieur Auclair, vous avez une analyse très élaborée des choses à ce que je vois !


      Mes salutations républicaines, Monsieur.

    • Donald Bordeleau - Abonné 28 juin 2016 21 h 41

      Rétrécissement du français a long terme au Québec et plus dans le ROC.


      Une goute d'eau dans l'océan pour la radicalisation. On prend encore la mauvaise direction en évitant une intégration qui fait que le nouvel arrivant apprend le français et l'histoire du Canada.



      Le gouvernement fédéral serait même très généreux avec son homologue québécois puisque le budget total de CIC, pour toutes les provinces (excepté le Québec), dédié à l’intégration sociale et linguistique des nouveaux arrivants est estimé à 600 millions $ pour environ 200 000 nouveaux arrivants, par année, pendant que le Québec reçoit à lui seul 320 millions $ avec l’ajout de 50 millions pour études des dossiers, pour environ 50 000 nouveaux arrivants.

      Donc Québec reçoit 370 millions pour l’intégration des nouveaux arrivants, mais de ce montant seulement 250 millions vont pour les nouveaux arrivants et la francisation. On constate que 120 millions sont pompés dans les autres missions du gouvernement Couillard. Mais le gouvernement a encore fait des coupes de budget pour la francisation et l'intégration.



      http://www.pressegauche.org/spip.php?article19897

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 juin 2016 06 h 52

    Pourquoi ?

    « Cette politique réaffirme l’importance du français et (…) Moins de six mois après son dévoilement, il faut déjà rappeler au gouvernement l’importance des principes qu’il défend. » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette citation, ce questionnement :

    Pourquoi la rappeler à ses devoirs-principes si, de ce genre de politique tristement « bidon », la présente Gouvernance, soumise à d’autre valeurs (dites multiculturelles, fédéralistes) jouant à l’autruche et dépréciant la langue de Molière, cherche constamment à provoquer la fierté d’accueil identitaire (face à l’immigration) du Peuple québécois avec le maintien de mesures liées à l’austérité sacrificielle, à l’équilibre budgétaire éhonté, à ;a québécophobie ?

    Pourquoi ? - 28 juin 2016 -

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 juin 2016 06 h 54

    Pourquoi ?

    « Cette politique réaffirme l’importance du français et (…) Moins de six mois après son dévoilement, il faut déjà rappeler au gouvernement l’importance des principes qu’il défend. » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette citation, ce questionnement :

    Pourquoi la rappeler à ses devoirs-principes si, de ce genre de politique tristement « bidon », la présente Gouvernance, soumise à d’autre valeurs (dites multiculturelles, fédéralistes), jouant à l’autruche et dépréciant la langue de Molière, cherche constamment à provoquer la fierté d’accueil identitaire (face à l’immigration) du Peuple québécois avec le maintien de mesures liées à l’austérité sacrificielle, à l’équilibre budgétaire éhonté, à la québécophobie ?

    Pourquoi ? - 28 juin 2016 -

  • Normand Renaud - Inscrit 28 juin 2016 08 h 41

    Les moyens

    Quand un gouvernement veut faire une entrée massive d'immigrants, il faut leur donber les moyens de familiariser avec l'apprentissage du français. Qu'est-ce que ce gouvernement Libéral a en tête exactement?
    Il a annulé une entente existante qui permettait aux étudiants Français de venir étudier chez nous à moindre frais et possiblement opter à y demeurer est incompréhensible.

  • Jacques Morissette - Inscrit 28 juin 2016 09 h 02

    Avec un budget conséquent, au Québec, le français est important pour tout le monde.

    Le français est important pour tout le monde, autant pour les non francophones que pour les francophones. Récemment, j'ai trouvé une carte OPUS de la STM du transport en commun à Montréal. Une petite recherche m'a permis de trouver le propriétaire de la carte. C'était un jeune d'origine arabe. J'ai communiqué avec lui en français, sans problème,beaucoup mieux qu'avec des jeunes francophones qui écrivent souvent comme ils parlent.

    Ce qui m'a fait supposé que les jeunes non francophones attachent peut-être beaucoup plus d'importance à la langue que les jeunes francophones. Il y a même des jeunes francophones qui écoutent la télé en anglais et se font une fierté de dire qu'ils parlent anglais, alors qu'ils parlent et écrivent le français de façon douteuse.