Vive la justice moderne

La magistrature a fait un pas prodigieux vers l’avenir en autorisant les journalistes, les avocats et les parties impliquées dans un litige à utiliser Twitter dans les salles d’audience.

Depuis trois ans, il était interdit de gazouiller sous peine d’expulsion à la Cour du Québec, à la Cour supérieure et à la Cour d’appel. Les journalistes pouvaient utiliser leurs téléphones intelligents et leurs tablettes pour prendre des notes, mais pas pour la mise en ligne de contenus.

L’interdiction n’avait rien à voir avec le maintien du proverbial décorum dans les salles d’audience, ni avec la nécessité de préserver la sérénité des débats judiciaires. Si un journaliste ne dérangeait personne en pianotant sur son écran pour prendre des notes, comment pouvait-il devenir un perturbateur effréné à partir du moment où il appuyait sur la touche envoi ?

L’ancienne règle tenait davantage de la résistance au changement que de la logique. C’est pourquoi le revirement est si important. La magistrature accepte que les procès puissent faire l’objet d’une couverture en temps réel avec des outils modernes.

Nous sommes encore loin de la télédiffusion des débats, comme aux États-Unis. À preuve, l’interdiction formelle de prendre des photos et de diffuser les débats est maintenue. La possibilité de faire un microblogue, sur Twitter ou d’autres plateformes, est une première malgré tout. Elle contribuera à améliorer la compréhension du public à l’égard de la justice.

Ceux qui s’y opposent, prétextant qu’un gazouillis de 140 caractères n’amènera que trivialité et superficialité dans la couverture des débats, passent à côté de l’essentiel. Une trentaine de gazouillis équivalent bien à la longueur d’un texte de moyenne importance dans un média écrit, ou à un reportage de deux minutes à la télé ou à la radio. D’ailleurs, il n’appartient pas aux tribunaux de se faire les arbitres du bon goût, ou du bon usage de la liberté d’expression par les journalistes.

Donnons donc le crédit à la magistrature québécoise pour cette initiative, tout en l’incitant à une certaine prudence. Les juges veulent permettre à « des journalistes reconnus » de gazouiller. Encore là, il n’appartient pas à la magistrature, ni à l’État, de définir qui est journaliste et qui ne l’est pas. Ce rôle est celui des journalistes. Ils ont tout intérêt à prendre l’initiative, en s’inspirant notamment de l’exemple de la Tribune de la presse parlementaire. C’est à cette institution formée de journalistes, reconnue en 1871, que revient la responsabilité d’accréditer les journalistes à l’Assemblée nationale. Les députés n’ont rien à voir dans la décision. À quand la création d’une tribune de la presse judiciaire pour en faire autant dans les palais de justice ?

7 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 7 juin 2016 01 h 47

    … gazouillons

    « La magistrature accepte que les procès puissent faire l’objet d’une couverture en temps réel avec des outils modernes. » (Brian Myles, Le Devoir)

    De cette citation, il est yahou de savoir que, dans les palais de justice du Québec, la magistrature décide, soudainement et avec le temps, d’évoluer un peu, et ce, en autorisant les journalistes à gazouiller dans les salles de cour !

    Reste, maintenant, à oser la télédiffusion des procès !

    Bravo et …

    … gazouillons ! - 7 juin 2016 -

  • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2016 07 h 08

    Pour des gazouillis de plus de 140 caractères

    S'il est certes une avancée que les journaliste puissent désormais utiliser Twitter pour diffuser leurs informations. J'imagine que je ne les surprendrai pas en disant qu'il est possible de publier des textes beaucoup plus longs avec "TwittLongerù, qui transforme directement les textes en images.

    En espétant avoir été utile.


    Chrsitian Montmarquette

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2016 09 h 11

      Désolé pour les coquilles.

      Il s'agit évidemment de la fonction "TwitLonger" disponible sous ce lien:

      http://www.twitlonger.com/

      Et du mot "espérant"

      Merci.

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 7 juin 2016 09 h 35

      Une image ce n'est pas facilement indexable... il y a peu d'intérêt à ça. D'autant plus que je ne suis pas certain que le contenu hébergé chez TwitLonger soit accepté comme étant du microblogage.

  • Diane Gendron - Abonnée 7 juin 2016 10 h 20

    Gazouillis et selfies

    Dans son éditorial du 7 juin, Brian Myles nous rappelle que, «depuis trois ans, il était interdit de gazouiller sous peine d’expulsion à la Cour du Québec, à la Cour supérieure et à la Cour d’appel». Cependant, s’il n’était pas possible de commenter les débats, il n’était pas interdit de texter des futilités hors propos!

    C’est du moins ce que j’ai pu constater en assistant à une journée d’audience à la Cour supérieure, la semaine dernière. Le jeune avocat près de moi tapait frénétiquement sur son clavier alors que les autres écoutaient en prenant des notes de façon sporadique. Cela a attiré mon attention. En me tournant vers lui, je constatai qu’il était sur facebook. Son fil d’actualité regorgeait d’ami.es bronzé.es se photographiant en maillot de bain, pectoraux au vent. Et cet avocat en fonction gratifiait chacun et chacune d’un bon mot en commentant chaque selfie.

    M. Myles croit que «[la possibilité de faire du microblogue] contribuera à améliorer la compréhension du public à l’égard de la justice». À la lumière de mon expérience récente, je crains qu’une meilleure compréhension de ce qui se passe dans les salles d’audience ne rime, parfois, avec … désillusion! Espérons seulement que la conséquence n’en sera pas encore plus de cynisme envers nos institutions.

    • Patrick Boulanger - Abonné 7 juin 2016 17 h 10

      Mme Gendron, on peut traduire " selfie " par égoportrait en français.

  • Denis Paquette - Abonné 8 juin 2016 01 h 46

    nous sommes bien insécures a vouloir tous délégués

    il faut faire attention avec la justice moderne, nous en sommes venus a croire qu'il n'y a pas d'autres facons de travailler, n'est ce pas nous assujettir a une classe politique et a restreinte nous meme notre liberté, n'y a-t-il pas que les esclaves qui de besoin d'être encadrés mur a mur, est-ce, ce que nous voulons, quand tous nos moindres gestes seront assujettis il nous restera qu'a disparaitre