Kerry le boxeur

En remportant les primaires du Tennessee et de la Virginie, le sénateur John Kerry a fait la preuve qu'il pouvait gagner dans toutes les régions des États-Unis. Depuis le début de la saison électorale, l'ex-vétéran du Vietnam a remporté la mise dans des États de l'est et de l'ouest, du nord et surtout de ce sud que l'on disait réfractaire à toute candidature d'un patricien de la Nouvelle-Angleterre. Désormais, sa priorité consiste à obliger le président Bush à rentrer en campagne plus tôt qu'il ne le souhaitait.

La dernière série de victoires de John Kerry témoigne de sa capacité à rafler la mise dans la cour de ses adversaires. En plus d'arriver premier au Tennessee et en Virginie, il a passablement creusé l'écart avec les rejetons de la région, soit le sénateur John Edwards et le général Wesley Clark. Dans le cas de ce dernier, la différence s'est avérée si prononcée qu'il a décidé d'abandonner la course. Les autres? Edwards et Howard Dean demeurent car ils caressent désormais, avancent les experts, d'autres ambitions.

Dans le cas de Dean, son maintien dans la course s'explique par sa volonté de capitaliser sur le chemin parcouru jusqu'ici, une fois la consécration annoncée de Kerry. Pour ce qui est d'Edwards, le but est double: d'abord, dans son entourage, on a de la difficulté à cacher qu'il agit de façon à ce que le champion des démocrates le choisisse comme candidat à la vice-présidence. Ensuite, advenant la réélection de Bush en novembre prochain, toutes les batailles menées jusqu'à présent et celles à venir lui seront tout bénéfice lors de la présidentielle de 2008.

Plus d'un analyste a constaté que le sénateur de la Caroline du Sud a pris un soin méticuleux à ne pas lancer de flèches acérées en direction de Kerry, contrairement à Dean qui, lui, vient de donner le coup d'envoi, en vue des primaires du Wisconsin, à une campagne de publicité plus offensive. Si l'ex-favori des militants de base du Parti démocrate arrive second au Wisconsin, il est presque assuré qu'il jettera l'éponge à son tour, laissant à Kerry et à Edwards le soin de participer à une finale au résultat d'ores et déjà connu.

Ici et là, on fait observer que contrairement aux campagnes antérieures, celle qui est en cours se singularise, pour l'instant, par l'absence de... sang. Il n'y a eu ni coups bas, ou si peu, ni campagne de dénigrement de la personnalité de tel ou tel candidat. Cette retenue est à mettre sur le compte de la haine. De la haine qu'éprouvent tous les démocrates pour Bush: en effet, le slogan de l'état-major démocrate stipulant anybody but Bush (n'importe qui sauf Bush) a fonctionné à merveille. À l'inverse des années passées, on ne cherche pas tant à jauger les différences entre les candidats qu'à canaliser toutes les énergies en direction du président en place.

Dans ce contexte, la question était et demeure la suivante: qui, de tous les candidats, est le plus apte à battre Bush? Kerry étant aux yeux des électeurs le plus éligible, sa stratégie consiste désormais à batailler de manière à obliger Bush à rentrer prématurément en campagne. Kerry rêve de croiser le fer au plus tôt avec le champion des républicains sur tous les fronts, et notamment pour tout ce qui a trait à la sécurité du pays et aux relations de celui-ci avec le reste de la planète.

Au sein de son état-major, on planche dès à présent sur le plan suivant: faire en sorte que John Edwards reste le plus longtemps possible et se concentre surtout dans les États du sud du pays pendant que Kerry polémiquerait avec Bush sur son passé militaire, sur l'Irak et sur les déficits publics de ce dernier. Car Kerry, dit-on, est à son meilleur lorsqu'il est sur le ring, celui de la boxe.

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1 commentaire
  • Michel Gilbert - Inscrit 12 février 2004 12 h 24

    Il y a du changement dans l'air

    Étant Québécois de naissance et residant du Mass. depuis 35 ans, je peux vous affirmer que la candidature de John Kerry provoque un vent de changement dans la politique américaine qui pourrait se transformer en ouragan d'ici les élections de novembre.

    Ayant constate le dédain et la haine croissante (et justifiés) que les Canadiens éprouvent envers les Americans depuis l'ascension de Bush au pouvoir, je peux vous affirmer que l'élection de John Kerry serait profitable, non seulement, aux Americans, mais a tous leurs alliés et partenaires économiques incluant, le Canada.

    Contrairement à Bush, dont l'arrogance a provoqué l'isolement des États-Unis, John Kerry est un internationaliste qui respecte les cultures étrangères et comprend et valorise l'institution des Nations Unies.Si vous avez des doutes invitez-le au Québec et il vous le confirmera......en francais.