Intérim à finir

Les déchirures n'ont pas cessé à Kanesatake, comme en font foi les procédures juridiques que viennent d'entreprendre les opposants à James Gabriel. Néanmoins, la petite communauté semble peu à peu s'extirper de la gangue qui l'emprisonnait depuis l'incendie de la maison du grand chef.

Même amputée des opposants à M. Gabriel, la tenue hier de la première réunion du conseil de bande depuis les événement témoigne d'une certaine reprise en main. Celle-ci reste néanmoins fragile car M. Gabriel ne pourra pas exercer longtemps une telle gouverne en exil ni concentrer à ce point ses énergies sur ses seules responsabilités policières.

Ainsi, s'il est avisé de la part du conseil d'avoir adopté des résolutions pour prolonger le mandat du service de police intérimaire assumé par Kahnawake, qui doit se terminer samedi, il sera encore plus sage que cet intérim ne dure plus trop longtemps. Cette prolongation ne doit pas non plus servir qu'à reconstituer un corps policier solide, comme le veulent les résolutions, elle doit aussi servir à rétablir les liens entre M. Gabriel et une communauté ébranlée.

La chose s'envisage quand même plus sereinement qu'au lendemain du 12 janvier. M. Gabriel peut enfin compter sur des appuis extérieurs, au premier rang desquels il faut souligner le changement de ton de Québec qui, après d'incroyables tergiversations, a fini par adouber le grand chef en lui permettant de longuement rencontrer le premier ministre Jean Charest.

La nomination de Jean Bazin comme médiateur, la création d'un comité de liaison avec Québec et Ottawa ou la discrète intervention du ministre des Affaires autochtones, Benoît Pelletier, qui a apaisé les tensions entre M. Gabriel et le grand chef de Kahnawake, Joe Norton, ont par ailleurs raffermi la reconnaissance publique désormais accordée à M. Gabriel.

Ces liens politiques tourneraient toutefois à vide si les autochtones eux-mêmes n'avaient pas pris le relais. À cet égard, l'intervention de l'association Femmes autochtones du Québec, qui a tenu une rencontre à Kanesatake, est à marquer d'une pierre blanche. La crise sortait enfin des jeux de matamore pour être ramenée à ce que les gens ressentent vraiment: la peur, la peine, l'envie de paix. Avec le constat que l'effort entier d'une communauté sera requis pour arriver à regarder en face ce qui s'est passé et trouver la volonté de s'en sortir.

La crise que vit Kanesatake depuis des années, comme la lutte contre la criminalité autochtone, appelle ce type d'entraide. Il est donc heureux que parmi les résolutions d'hier, l'une fasse appel à la collaboration de l'ensemble des communautés autochtones, dont les Mohawks (absents de l'intervention policière de janvier qui a conduit à la crise), pour raffermir le service de police de Kanesatake.

Mais ce n'est pas tout: il faudra aussi que M. Gabriel parvienne vite à assumer toutes les charges de grand chef. Aujourd'hui même, par exemple, le conseil de bande fait face à une injonction qui touche son école secondaire, louée à une communauté religieuse et dont le loyer n'a pas été versé depuis juin. Ce serait faire grand plaisir à ses opposants que James Gabriel fasse la gaffe de négliger ces aspects bien terre à terre de la vie sur son territoire.

jboileau@ledevoir.ca

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