Libérez les libéraux

Les députés libéraux qui oseront exprimer des critiques ou des insatisfactions au caucus extraordinaire de ce lundi ne sont pas nécessairement des « frondeurs », comme la Coalition avenir Québec se plaît à le dire. Il faut plutôt encourager les députés à exercer davantage leur droit à l’expression. Les fissures dans le monolithe rouge ont quelque chose de sain.

François Bonnardel parlait vendredi avec délectation du « caucus de la discorde ». On peut parier que les libéraux, au terme de leur réunion, s’arrangeront pour faire mentir le leader de la CAQ : on projettera assurément une image d’unité retrouvée, de différends réglés, en forme de régiment, derrière le chef. On donnera l’impression que tout est vraiment rentré dans l’ordre alors qu’on entame la dernière ligne droite d’une session parlementaire plutôt éprouvante pour le gouvernement.

Pourtant, dans les rangs libéraux, plusieurs insatisfactions peuvent être très légitimes. La session parlementaire a été ardue. Le remaniement fut surprenant, car il a promu essentiellement d’anciens adéquistes ou caquistes. Les volte-face sur les élections scolaires ont été totales. Les hésitations sur la manière d’encadrer Uber — compréhensibles compte tenu de la complexité du dossier — ont fait traîner indûment le débat. Il y eut aussi le virage du premier ministre à propos de l’exploration pétrolière à Anticosti, une certaine indolence devant la perte de sièges sociaux emblématiques, les arrestations de deux anciens ministres libéraux, la rocambolesque crise autour de Sam Hamad, l’éclatement de l’affaire Poëti, le retrait du honteux projet de loi 59 sur les discours haineux, etc.

Plusieurs de ces affaires ont été « gérées » de manière étonnante par Philippe Couillard et son cercle restreint. Des libéraux n’hésitent pas à le dire. L’affaire Poëti, dont le premier ministre a admis candidement avoir tout appris à son petit déjeuner, semble avoir dessillé les yeux de M. Couillard. Depuis, il a fait au moins deux aveux : que le « flot » de l’information n’était pas optimal dans son entourage et que les élus libéraux n’avaient pas le temps de parler politique lors des caucus !

Cet hiver bouleversé pour l’aile parlementaire aura eu l’avantage de délier un peu les langues. Robert Poëti a osé donner une interview au sujet de l’opacité au ministère des Transports, et cela a provoqué une série de décisions qui pourraient conduire à un assainissement au moins temporaire des moeurs du plus gros donneur d’ouvrage au Québec. Les députés Guy Ouellette (Chomedey), André Drolet (Jean-Lesage) et Jean-Denis Girard (Trois-Rivières) ont, avec brio, joué leur rôle de membres du législatif lorsque la Commission de l’administration publique (CAP) recevait les hauts fonctionnaires des Transports. En fait, les députés devraient raisonner et agir, peu importe le groupe parlementaire auquel ils appartiennent, en « contrôleurs de l’action gouvernementale ». À la CAP, la chose devrait aller de soi. Lorsqu’une commission reçoit un ministre, le membre de l’« aile parlementaire formant le gouvernement », la plupart du temps, devient un simple valet du pouvoir chargé de tuer le temps. Triste spectacle de voir nombre d’élus, peu préparés, qui sourient complaisamment au détenteur de maroquin, en posant des questions visant à tuer le temps.

Récemment toutefois, certains élus libéraux, de manière remarquable, ont refusé de jouer les bêtes faire-valoir. Espérons que c’est là une pratique qui se généralisera. André Fortin (Pontiac) et Jean-Denis Girard, lors de l’étude du projet de loi 97, le 24 mai, en commission des Finances publiques, ont osé poser des questions franches, directes, voire taboues, au ministre Carlos Leitão. Le Québec fait-il le bon choix en conservant le modèle des régimes de retraite à prestations déterminées ? Ne devrait-on pas songer à muter vers des régimes à cotisations déterminées ? Le ministre croit-il que le fameux Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) est suffisamment capitalisé ? Le gouvernement a-t-il obtenu des gains suffisants lors de la négociation avec les employés de l’État ? Bref, de vraies questions qui ne visaient pas à embêter le ministre, mais à mieux éclairer les enjeux. Cette attitude est si rare que le ministre semblait surpris et même parfois réprobateur devant l’attitude non servile de ses collègues. Pourtant, c’est précisément ce que souhaite une bonne partie de la population : des élus moins partisans qui, peu importe la formation à laquelle ils appartiennent, fouillent, questionnent, se questionnent, avant de prendre position.

Dans une étude parlementaire, un étudiant, Nicolas Fontaine, rapportait cette phrase d’un politologue canadien, Allan Kornberg : les chefs de partis n’utilisent parfois les caucus que « de façon administrative plutôt que créative ». Un parti politique est peut-être une « machine de guerre » pour remporter le pouvoir, mais, pour le bien de la démocratie, les caucus doivent cesser d’être de simples régiments.

14 commentaires
  • Diane Gélinas - Abonnée 30 mai 2016 01 h 44

    Chanson à l'occasion du caucus du PLQ (reprise)

    Il suffirait de presque rien (air connu)
    (mes excuses au parolier, Jean Max Rivière)

    Il suffirait de presque rien,
    Quatorze députés en moins,
    Pour qu’il deviennent minoritaires;
    Nous libérer de ces vauriens
    Pour nous débarrasser enfin
    Des libéraux «austéritaires».

    N’y a-t-il pas des Libéraux
    Qui tiennent leur siège bien au chaud
    Floués, sur les banquettes arrière,
    Dont les chances partent en fumée
    Par une intrusion d’étrangers
    À la tête des ministères ?

    Ont-ils été élus pour ça ?
    Pour lors des votes, lever le bras ?

    Le PLQ, de libéral n’a que le nom :
    Les Québécois se souviendront...

    • François Dugal - Inscrit 30 mai 2016 08 h 20

      Excellent texte, madame Gélinas, vous méritez toute mon admiration.
      François Dugal

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 30 mai 2016 11 h 27

      Pourquoi ne pas l'avoir reproduit en entier ? Excellent Madame, vous avez le sens de la prosodie...

    • Diane Gélinas - Abonnée 30 mai 2016 14 h 32

      Pour faire plaisir à Madame Delorme

      Au caucus on se réunit
      Car quelques-uns sont en maudit
      D'avoir été laissés pour compte
      La corruption qui les poursuit
      Leurs gaff's qui laissent un gout pourri
      Du PLQ, l'Québec a honte...

      La chican' vient de s'installer
      Avant l'été, il faut régler
      Et empêcher que ça déborde
      Observez bien et vous verrez
      Que plusieurs en ont bien assez
      Et que se faufil' la discorde

      Ont-ils été élus pour ça ?
      Pour lors des votes, lever le bras ?
      Le PLQ, de libéral n’a que le nom :
      Les Québécois se souviendront...

      En se croyant tous invincibles
      Ils deviendront bientôt la cible
      Des colibets et des injures
      Quand ce ne sera pas clairement
      Des Tribunaux les accusant
      De malversations, de parjures...

    • Jean-Marc Simard - Abonné 31 mai 2016 06 h 18

      Bravo ! Je l'ai même chanter et ça sonne bien...À proposer pour le prochain bye bye...

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 31 mai 2016 07 h 52

      Mille fois félicitations, Mme Gélinas.
      Ça se lit bien, ça rime bien, ça se chante bien et je souhaite qu'un groupe l'interprète pour l'immortaliser.
      Encore une fois félicitations.

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 31 mai 2016 19 h 45

      Vous m'avez bien fait rire!

  • François Dugal - Inscrit 30 mai 2016 08 h 18

    Marcher "drette"

    Rien de tel qu'une séance de "drill" pour remettre la troupe "au pas" : une, deux, une, deux, gauche, drette, gauche, drette.
    Marcher au pas empêche de penser, une deux, une, deux.
    En ordre de combat, les troupes libérales,
    Préparent prochaine la campagne électorale.
    Sur la Grande-Allée, préparant la bataille,
    Les vaillants soldats, encore une fois,
    Derrière leur général, goûteront à la victoire.

  • Jean-François Trottier - Abonné 30 mai 2016 09 h 44

    L'exception

    En fait seul Poêti représente un pas se côté dans la fanfare triomphale de Couillard et consorts.

    Suite à son entrevue, il a fallu corriger le tir pour conserver l'image non de consensus mais d'unanimité qu'on tient à conserver au sein du parti dans son ensemble, ce qui dépasse de loin la solidarité ministérielle, cette maladie inhérente à notre mode de gouvernement.

    Les questions si pertinentes posées en Commissions des Finances Publiques restent de bonnes façons de mettre en valeur Leitao, lui laissant l'espace nécessaire pour étaler ses connnasissances dans, justement, sa spécialité avant le ministère : les fonds de pension, c'est le pain et le beurre de la finance et des banquiers. Il flotte au paradis alors!
    Mais qu'on lui parle seulement de susciter l'initiative locale et bang, il dit des niaiseries à pleurer, confond Capitalisme d'État et soviétiques, impôt et dirigisme primaire. Pour lui les sous sont les sous quelle que soit leur provenance... et leur destination, comme pour tout banquier moyen. Et vive le PIB!

    Les interventions sur le ministère des Transports... On appelle ça de la gestion de crise. Maintenant qu'on a trouvé un bobo, il est de bon ton de crier haro sur les empêcheurs de bien paraître en rond, surtout pour les isoler et ainsi crier sa propre innocence.... après 13 ans de pouvoir!! Quel sens des responsabilités!

    Si au moins les Libéraux fouillaient VRAIMENT dans les contrats informatiques du ministère de la santé! Le pire cafouillis de l'histoire de Québec et la plus grande source de revenus d'une certaine caisse occulte, you bet!

    La frustration que Poëti a exprimée dit surtout qu'il sera fortement incité à la démission durant le caucus. On lui créera peut-être même le parachute doré ad hoc qui lui permettra de quitter dans la gloire que tout Libéral, mouton ou pas, doit garder pour que l'auréole du cheuf reste immaculée.

    À force, les Libéraux prennent de plus en plus les traits les plus caricaturaux possibles.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 mai 2016 06 h 57

      Toujours facile de montrer qu'on est tout seul à avoir le pas. Et Duchesneau qui en remet. Nos héros.

    • Marc Lacroix - Abonné 31 mai 2016 07 h 53

      M. Maltais Desjardins,

      En quoi la facilité — à montrer qu'on est seul à avoir le pas — est-elle pertinente à la question ? Poëti a-t-il mis le doigt sur un bobo ? C'est ça l'important, la facilité dont vous parlez n'est qu'une question rhétorique vide !

    • Jean-Luc Pinard - Abonné 31 mai 2016 09 h 26

      Je reproduis un commentaire qui risque de se perdre - il faudrait le répéter autant de fois que les les multiples demandes pour une commission charbonneau:

      «Si au moins les Libéraux fouillaient VRAIMENT dans les contrats informatiques du ministère de la santé! Le pire cafouillis de l'histoire de Québec et la plus grande source de revenus d'une certaine caisse occulte, you bet!»

      Comment traduire cette préoccupation sur un mode plus revendicateur ?

      Les milliards de $$ de la corruption et des paradis fiscaux nous laissent indifférents ? Alors vive l'austérité !!

  • Pierre Bernier - Abonné 30 mai 2016 12 h 32

    Le fond des choses ?

    En système parlementaire de type britannique, les députés ont trois fonctions:
    1) voter les lois, 2) contrôler le gouvernement, 3) répondre aux questions des électeurs sur leurs rapports (obligés ou volontaires) avec les institutions.

    La perception de l’importance du rôle des députés (tous partis confondus) se développe lorsque les citoyens sont informés de la qualité de leurs apports lors de l’élaboration des lois et de la pertinence des contrôles qu’ils exercent sur leur application.

    N’est-ce pas pour cette raison que dans beaucoup de pays on s’est appliqué, depuis les années 90, à moderniser les travaux parlementaires ?

    Ces mesures ont pour traits communs :
    - l'accroissement du temps de présence des députés au Parlement pour permettre une densification des travaux parlementaires ?
    - une diversification conséquente des sujets sur lesquels les députés ont mission, dans un contexte non partisan, de consulter et d’élaborer rapports et mesures législatives ?
    - la consolidation des commissions parlementaires statutaires consacrées à la reddition de comptes aux fins de « contrôles » des résultats de l’action du gouvernement et de son administration ?
    - une coordination accrue sur la planification du travail des Autorités (Vérificateur, Ombudsman, Inspecteurs généraux…) chargées d’instrumenter les contrôles dévolus aux députés ?
    - l’organisation d’un suivi systématisé des suites données à ces rapports ?
    - un renforcement à ces fins des services d’analyse et de support (fonctionnaires du Parlement) auprès des députés ?

    Ces modernisations sont accompagnées par l’adoption de programmes qui imposent à l’administration publique (incluant celle des entreprises publiques !) un accroissement mesurable de la qualité de la prestation des services publics auxquels les citoyens ont droit ?

    Bref, n’est-ce pas des matières pour étoffer en toute circonstance le discours d’un ministre, compétent et serein, responsable des institutions démocratiques ?

  • Gilles Teasdale - Abonné 30 mai 2016 12 h 32

    Interdit

    Première règle au PLQ il est interdit de pensé et de parlé par sois même. Je crois que Poéti serat bientôt assi dans le coridor.