L’après-Harper

Même défait, un chef politique qui a mené son parti au pouvoir pendant 10 ans peut partir en comptant sur la reconnaissance de ses partisans. Stephen Harper n’est pas différent. La plupart des conservateurs savent toutefois qu’il a lesté leur parti en octobre dernier. À cause de son style et de certaines de ses politiques. Le congrès de Vancouver, qui se termine aujourd’hui, arrive à point pour corriger le tir. Sauront-ils en profiter ?

Pratiquement invisible depuis sa défaite électorale, Stephen Harper est sorti de son mutisme jeudi soir pour remercier ses militants, mais aussi les inviter à rester unis, y compris derrière le prochain chef qui sera choisi dans environ un an. Il sait de quoi il parle. La droite canadienne a payé cher ses années de divisions entre progressistes-conservateurs et réformistes. Ce n’est qu’après leur union, à l’instigation de M. Harper, qu’ils ont pu déloger les libéraux.

Se déchirer n’est donc pas une option pour les conservateurs, mais le statu quo non plus. Pour perdurer tout en restant uni, le parti ne peut plus s’en remettre à un leader à la poigne de fer, allergique à la dissidence, calculateur et contrôlant. Le projet qu’il porte doit être le moteur du ralliement des troupes.

Plusieurs politiques de la dernière décennie et la façon de M. Harper de les imposer ont fait leur temps, cela même aux yeux d’une bonne frange du parti. Plusieurs résolutions débattues au congrès vendredi visaient à réduire les pouvoirs du chef. La popularité indéniable de la chef intérimaire Rona Ambrose, plus affable et conciliante que son prédécesseur, était un autre indice de ce besoin d’air frais.

Cela ne veut pas dire que les conservateurs rejettent l’oeuvre de Stephen Harper. Ils applaudissent toujours avec ferveur ses politiques étrangère, économique, commerciale et fiscale. La cure d’amaigrissement que son gouvernement a imposée à l’appareil fédéral ainsi que plusieurs mesures en matière de justice ont leur faveur. Ils sont fiers aussi que leur gouvernement ait réduit ses dépenses sans jamais amputer les transferts aux provinces.

Mais nombre de militants sont aussi conscients que leur parti n’est pas au diapason de la population canadienne lorsqu’il est question de l’aide médicale à mourir, de la décriminalisation de la possession simple de marijuana, de la reconnaissance des mariages gais, de la lutte contre les changements climatiques. La résolution sur l’aide médicale à mourir a été défaite en atelier vendredi, mais celle sur le mariage gai sera débattue en plénière aujourd’hui. Ce n’est pas gagné cependant, car les conservateurs sociaux et religieux ont offert une solide résistance vendredi. Si de nouvelles divisions devaient surgir, ce serait de ce côté.

Le virage qui a des allures de désaveu à l’endroit de Stephen Harper est celui sur les changements climatiques, un virage que veulent opérer des conservateurs éminents, dont le chef conservateur ontarien Patrick Brown et l’ancien chef allianciste Stockwell Day. Ils ont défendu à Vancouver la nécessité pour le PC de mettre en avant de vraies solutions à ce problème, M. Brown appuyant même une taxe sur le carbone. Un argument en leur faveur est l’unité que pourrait susciter cette approche. Elle pourrait même aider le parti, selon une analyse des résultats électoraux effectuée par la firme Vox Pop Labs pour le compte de Canadians for Clean Prosperity. L’inaction des conservateurs quant aux changements climatiques expliquerait la désertion de plus de la moitié des électeurs conservateurs entre 2011 et 2015.

M. Harper a invité les délégués à regarder vers l’avant, à ne pas s’accrocher au passé. Parfait. Ils en ont l’occasion avec ce congrès, espérons qu’ils ne la ratent pas.

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