Poisson trans

L'homologation d’un saumon génétiquement modifié, la semaine dernière, par Santé Canada aura au moins un bon effet : elle relancera le débat sur l’étiquetage obligatoire des OGM.

Jadis, les agriculteurs donnaient des noms à chacun de leurs animaux. Désormais, dans le monde hypermoderne, ceux-ci ont… des marques déposées. Le saumon homologué est ainsi labellisé AquAdvantage®. Il a été conçu par la firme AquaBounty Technologies. C’est le premier animal modifié génétiquement qui pourra être commercialisé, au Canada, dans 18 à 24 mois.

L’affaire peut sembler inquiétante. On imagine une sorte de poisson Frankenstein, deux fois plus gros que les autres, agressif. Or, ce n’est pas le cas. La seule caractéristique qui distingue AquAdvantage® des saumons de l’Atlantique normaux est qu’il atteint sa taille de commercialisation plus rapidement. Entre 16 et 18 mois plutôt qu’entre 28 et 36 mois. Il grandit plus vite grâce à deux gènes qui favorisent la croissance rapide : l’un vient du saumon chinook (espèce de saumon du Pacifique) ; l’autre provient de l’anguille de roche. Le saumon a quelque chose de trans, donc…

Plusieurs scientifiques et experts, après 20 ans d’enquête, soutiennent qu’il n’y a rien à craindre. On a envie de leur faire confiance, mais comme consommateurs, pourrait-on au moins savoir quel saumon est génétiquement modifié ? Cela ramène à la surface la fameuse question de l’étiquetage. En 2003, au Québec, les libéraux de Jean Charest s’étaient engagés formellement à adopter cette mesure. L’année suivante, un comité parlementaire avait étudié la question et avait recommandé de procéder, mais cela n’eut jamais de suite.

À Ottawa, AquAdvantage® force le débat. Les militants du Parti libéral du Canada discuteront d’une résolution pro-étiquetage lors de leur congrès biennal, fin mai, à Winnipeg. Le gouvernement Trudeau vient aussi de mandater le Comité permanent de l’agriculture pour qu’il se penche sur les « mesures afin d’informer le public sur les nouveaux produits faits à base d’animaux génétiquement modifiés ». À Québec, le ministre de l’Agriculture, Pierre Paradis, a révélé récemment qu’il souhaitait prendre exemple sur l’État voisin du Vermont, où l’étiquetage obligatoire des OGM entrera en vigueur le 1er juillet.

Certains estiment que, contrairement aux OGM, la nocivité d’autres ingrédients a clairement été démontrée et qu’ils ne sont toujours soumis à aucune obligation. Certes, mais pourquoi ne pas tout mettre sur l’étiquette, y compris les OGM ? Comme le rappelaient les élus québécois en 2004, tout le monde reconnaît le principe du « droit à l’information du consommateur », soit à « une information utile, pertinente et transparente sur toutes les denrées alimentaires ».

5 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 24 mai 2016 01 h 54

    Une «loquette salmonidée» à bon prix!? Je suis preneur. (!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Yves Rousseau - Abonné 24 mai 2016 08 h 27

    Le problème n'est pas dans l'étiquette

    Le danger du saumon OGM n'est pas dans l'étiquette ni dans l'assiette.

    Le risque des OGM n'est pas dans la santé humaine mais dans la menace pour les espèces sauvages. Le pollen voyage plus loin que le champ de maïs ou de canola. Les abeilles et les papillons Monarque semblent ne pas apprécier le pollen transgénique.

    Pour le saumon, Il s'agit d'élevage en pisciculture d'eau salée, des enclos en mer. Or, les «évasions» sont fréquentes.

    Le problème c'est que le saumon transgénique risque de contaminer le saumon sauvage et prendre la place de l'espèce-souche. Les saumons sauvages ne peuvent pas lire les étiquettes avant de se reproduire...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 mai 2016 12 h 04

      Tout à fait d'accord avec vous ...le vrai danger c'est la contamination probable avec les saumons sauvages.

      Déjà que les saumons élevés en pisciculture marine sont de grands pollueurs de leurs milieux...il ne faudrait pas y ajouter les OGM.!

      Est-ce qu'on pourrait laisser la nature ...à la nature!
      On va nourrir qui avec tous ces poissons "monstres"?

      Déjà que nos chaînes d'alimentation jettent à qui mieux mieux la moitié de leurs produits en étalage chaque jour..! Mais peut-être que c'est payant de faire ainsi...?

      J'aimerais connaître la vraie provenance (par l'étiquetage des produits alimentaires...)
      comme le Québec le suggérait en 2003...
      comme le font les marchés publics qui se (et nous) respectent...

  • Anne Arseneau - Abonné 24 mai 2016 10 h 30

    Le consommateur DOIT être informé

    Point barre !

  • Daniel Gagnon - Abonné 24 mai 2016 22 h 24

    Anguille sous roche...

    Il y a en effet anguille sous roche.

    Il est incompréhensible qu'on ne veuille pas informer le consommateur.

    Sur cette question du transgénique, il faut sermonner le gouvernement : qu’il cesse de nous saumoner en catimini...