Le chavisme sombre

Le Venezuela et le Brésil sont actuellement le terrain d’une extraordinaire montée en force de la droite politique. Des partis de droite qui, déterminés à recouvrer le pouvoir que la nouvelle classe politique de gauche a conquis depuis 15 ans par les urnes, font leurs choux gras de l’alarmante crise dans laquelle sont plongées ces deux économies nationales. Après l’éviction la semaine dernière de la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, contre laquelle vient de s’ouvrir un procès en destitution, le conflit s’envenime inexorablement au Venezuela, où Nicolas Maduro continue de réagir par réflexe autoritaire.

Que, dans un cas comme dans l’autre, les avenues de dialogue soient aujourd’hui aussi bloquées montre à quel point le conflit est profond. Comme si l’Amérique latine se trouvait à retourner par grands pans au statu quo ante.

Il est incontestable que les projets sociaux promus par les gouvernements de gauche dans ces deux pays ont fait l’objet d’une obstruction viscérale de la part des élites politiques et économiques traditionnelles. Et que si, par miracle, ces élites avaient accepté un tant soit peu d’atténuer leurs objections, la gauche aurait été autorisée à gouverner avec plus de cohérence et, dans la durée, de façon plus structurante.

Ce qui n’explique pas tout pour autant : le fait que le Venezuela et le Brésil s’enfoncent aujourd’hui dans d’épouvantables récessions est aussi le résultat d’une gestion inadéquate de la part de gouvernements qui, tenant pourtant les leviers de l’État, n’ont pas eu l’imagination — énorme défi, au demeurant — de diversifier davantage l’activité économique alors que chutaient les prix des matières premières.

L’échec est patent au Venezuela avec l’effondrement du prix du pétrole. La situation avait déjà commencé à se détériorer gravement sous le charismatique Hugo Chávez. Le chavisme vit aujourd’hui une véritable descente aux enfers sous son successeur, Nicolas Maduro, et il n’est pas dit que la tentative de destitution entreprise contre lui par l’opposition, qui tient la majorité à l’Assemblée nationale depuis les législatives de décembre 2015, ne réussira pas.

En attendant, M. Maduro répète que Washington fomente contre lui une tentative de renversement « à la requête de la droite fasciste enhardie par le coup d’État au Brésil ». Ce qui n’est sans doute pas entièrement faux, mais sonne de plus en plus creux aux oreilles du commun des Vénézuéliens forcés de survivre aux pénuries et aux vexations. Comme au Brésil, la droite est en train de réunir les conditions pour reprendre le pouvoir.

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2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 mai 2016 07 h 43

    Le monde une somme d'instants

    Peut etre que la droite attendait son heure, de toutes les facons le leadership mondiale n'est pas quelque chose qui peut être négocier, de la meme facon que Fidel n'est pas près a faire des concessions tant qu'il vivra, indépendant des ouvertures, peut etre que l'histoire du monde n'est que des instants, c'est monsieur Gérard Bouchard ce matin qui disait que l'identité ne se commande pas, les banquiers savent cela

  • - Inscrit 18 mai 2016 09 h 52

    Le populisme, ce cancer des démocraties

    Que le chavisme disparaisse, tant mieux pour la démocratie. Qu'il soit de droite ou de gauche, le populisme est une façon détestable de gouverner, une négation de l'authentique démocratie.

    Ce qu'il faut souhaiter aux Vénézuéliens, c’est qu’un populisme de droite ne succède pas à celui de gauche.

    Mais, malheureusement, dans plusieurs pays d'Amérique latine, et maintenant, dans plusieurs pays dits occidentaux, le populisme rempli le vide de sociétés qui, victimes du néolibéralisme et de son mondialisme économique, ont oublié les droits et les devoirs de la citoyenneté démocratique.