Sortie de crise

Les gouvernements en difficulté ont à leur disposition plusieurs artifices pour se sortir d'un mauvais pas. L'un des plus utilisés est la commission d'enquête, comme vient de le faire le gouvernement Martin pour mettre fin au débat sur le scandale des commandites. À Québec, le gouvernement Charest, éprouvé par une grave crise de confiance, a choisi de renouer avec les sommets socioéconomiques institués par les gouvernements Lévesque et Bouchard. Question de se distancier des adversaires, ces sommets seront des forums.

Sur le strict plan de la communication, la tenue de quatre forums thématiques et d'un grand forum national est une habile réponse aux critiques reprochant au gouvernement son manque d'écoute. Les intervenants sociaux sont conviés à une reprise du dialogue. D'emblée, des questions se posent toutefois puisque, simultanément à l'annonce de ces forums, le premier ministre réaffirmait sa volonté d'aller de l'avant avec son programme de réforme. «On garde le cap», a-t-il réitéré. Il devra préciser ce qu'il entend par là car ses propos créent des doutes sur la sincérité de la démarche.

Il est entendu que le processus de consultation dans lequel le gouvernement s'engage ne doit pas le mener à abdiquer ses responsabilités. Sous les gouvernements Lévesque et Bouchard, les sommets socioéconomiques se sont révélés des outils à la disposition des élus pour faciliter les arbitrages entre les diverses priorités gouvernementales en faisant participer les partenaires de l'État à l'exercice. Il est bien évident que la direction de l'opération appartient au gouvernement, qui doit cependant identifier clairement ses objectifs à ses partenaires et se montrer prêt à les écouter.

Le programme des forums est vaste. À travers le peu d'information dévoilé par le premier ministre, on comprend qu'il s'agit d'arrêter une stratégie d'ensemble pour se préparer à affronter le double choc que constituent le vieillissement accéléré de la population québécoise et l'état précaire des finances publiques. Démographie et finances publiques sont deux réalités dont il faut débattre. On ne sait toutefois si l'objectif que poursuit le premier ministre est de provoquer une simple prise de conscience qui le justifiera d'agir selon sa vision ou, ce qui serait davantage souhaitable, d'engager une réflexion commune permettant de dégager des avenues de solutions faisant consensus.

La recherche de consensus dans le cadre de sommets socioéconomiques est une démarche exigeante. Elle suppose une grande capacité de persuasion de la part du gouvernement en général et du premier ministre en particulier. Cela suppose aussi une part de négociations où il faudra récuser les intérêts corporatifs. À cet égard, le seul levier dont disposent les gouvernements est l'opinion publique. Or, sur ce plan, le gouvernement de M. Charest entreprend cette opération lourdement handicapé par un haut niveau d'insatisfaction qu'il lui faudra renverser s'il veut garder le leadership de cette opération. S'y engager en état de faiblesse pourrait rapidement transformer ces forums en piège. Le risque qu'il prend est grand, mais il n'y a guère d'autre choix qui s'offre à lui.

bdescoteaux@ledevoir.ca

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