SNC-Lavalin progresse

La firme de génie-conseil SNC-Lavalin a fait un pas dans la bonne direction en annonçant son intention de rembourser des sommes arrachées aux contribuables à coups de combines et de collusion. Est-ce le début d’un temps nouveau ?

Le nouveau président et chef de direction de SNC-Lavalin, Neil Bruce, a confirmé mardi la participation de la firme de génie-conseil au Programme de remboursement volontaire du gouvernement du Québec (PRV), une initiative unique de justice participative pilotée par l’ancien juge de la Cour supérieure François Rolland.

La firme, qui a longtemps nié avoir fait partie du problème de corruption et de collusion, cherche maintenant à faire partie de la solution. Espérons que la démarche produise un effet d’entraînement chez les autres membres de ces fabuleux cartels qui se partageaient les contrats publics à gros prix, sans la moindre gêne, encore tout récemment.

M. Bruce espère en arriver à un « règlement global, final et équitable », dans l’espoir que SNC-Lavalin puisse enfin se projeter dans l’avenir. Il le faut, si la firme veut rester dans les bonnes grâces de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et participer aux chantiers de l’avenir au Québec. Le p.-d.g. de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Michael Sabia, n’a-t-il pas dit qu’il souhaitait de la concurrence pour l’appel d’offres du Réseau électrique métropolitain ?

Les citoyens devront patienter longuement avant de connaître les dessous de la proposition. En vertu des modalités de la loi, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars 2015, les négociations demeureront confidentielles jusqu’à ce que le juge Rolland fasse un rapport complet, en octobre 2017.

Il est question de contrats publics dans les municipalités de Montréal, Laval, Québec, Lévis et Saint-Cyprien, avance-t-on. Pour la petite histoire, lors des travaux de la commission Charbonneau, un ex-président de SNC-Lavalin, Yves Cadotte, avait confirmé la participation de sa firme au partage des contrats à Montréal et à Longueuil.

Rien n’indique que l’entreprise ait l’intention d’admettre de quelconques torts en ce qui a trait à l’octroi des contrats du gouvernement du Québec. Il semble bien que ces contrats, toutes entreprises confondues, tombent dans un éternel angle mort du débat public, hormis quelques exceptions notoires.

Le geste de la nouvelle direction de SNC-Lavalin est néanmoins encourageant. Depuis 2012, de nombreuses firmes ont resserré leurs règles internes. Elles retrouvent graduellement un ressort éthique que l’on croyait cassé.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 11 mai 2016 02 h 48

    Il faudra attendre un peu avant d'adresser des éloges...

    Je viens tout juste d'entendre le président de cette compagnie dire publiquement que sa compagnie n'avait rien fait de mal: il aurait pu se taire. C'est comme si la fin justifiait encore les moyens! Logiquement, nous devrions donc tenir compte de cette affirmation (on n'a rien fait de mal) lorsqu'on discute des bonnes intentions futures de cette compagnie. Plus généralement, laisser entendre qu'on pourrait rembourser de l'argent au début d'un processus de médiation et le faire dans des proportions raisonnables m'apparaissent deux choses différentes, surtout que nous en saurons très peu des montants en cause: plus on les tiendra cachés, plus ils seront dérisoires et plus un règlement interviendra rapidement et se fera à rabais. Plus on évaluera sommairement et expéditivement que la concurrence est revenue et que les gouvernements sauvent maintenant de l'argent au lieu d'en perdre... Ce qui me turlupine, c'est ce qui arrivera des entreprises de génie qui ont changé de nom: participeront-elles au processus de remboursement volontaire? Advenant que ce ne soit pas le cas, qu'adviendra-t-il du processus de remboursement volontaire? En ferons-nous une évaluation correcte?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 11 mai 2016 07 h 32

    Etrange tout de meme

    SNC-Lavallin est pret a rembourser et se dit non-coupable.Porquoi?

  • Pierre Fortin - Abonné 11 mai 2016 10 h 55

    Justice et apparence de justice


    Il est tout de même étrange que l'exercice du Programme de remboursement volontaire se déroule à huis clos alors que la victime dans l'affaire n'est autre que la population du Québec.

    S'il est rassurant de voir l'ex-juge François Rolland présider ce programme, la justice doit encore être rendue au nom du peuple. Les citoyens doivent donc pouvoir être témoins, en toute clarté, de son exercice normal et quotidien.

    Au nom de quel principe de justice un intimé peut-il réparer un tort qu'il a commis sciemment sans avoir à reconnaître sa faute?

    Pour que justice soit rendue, elle doit l'être en toute transparence. Le Programme de remboursement volontaire, quelles que soient ses vertus, souffre d'un manque flagrant de limpidité.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 mai 2016 12 h 29

      «Au nom de quel principe de justice un intimé peut-il réparer un tort qu'il a commis sciemment sans avoir à reconnaître sa faute?»

      C'est très fréquent en droit.

    • Pierre Fortin - Abonné 11 mai 2016 21 h 01

      Peut-être Monsieur Auclair, mais au nom de quel principe?

  • Dominique Roy - Abonnée 12 mai 2016 17 h 38

    M. Miles, je vous trouve fort complaisant. Je n'aime pas du tout. Au fond, je m'y attendais, LoBo