Que faire de Postes Canada?

Faut-il privatiser Postes Canada ? Ou, au contraire, lui confier le mandat d’offrir des services bancaires ? Faut-il maintenir le moratoire sur l’implantation de boîtes postales communautaires et même rétablir le service à domicile là où il a été aboli, quitte à réduire la livraison à deux jours par semaine ?

En campagne électorale, Justin Trudeau a promis de rétablir la livraison du courrier à domicile dont l’abolition progressive avait été décrétée sous le gouvernement Harper, alors que le programme de son parti se contentait de l’engagement plus modeste de revoir cette décision impopulaire prise en 2013.

C’est donc la version légère d’une promesse de campagne qui a été retenue avec la tenue d’un moratoire sur l’implantation des boîtes communautaires et la création d’un groupe de travail chargé de « faire état de toutes les options viables pour Postes Canada ».

À la fin de l’été, un comité parlementaire prendra le relais pour consulter les Canadiens avant de remettre ses recommandations au gouvernement.

Il coulera donc pas mal d’eau sous les ponts avant que l’on sache à quoi s’en tenir. Mais c’est peut-être mieux ainsi puisque la façon de faire expéditive du précédent gouvernement a laissé tout le monde l’impression que toutes les options n’avaient pas été évaluées.

En attendant, on n’installera pas de nouvelles boîtes communautaires en milieu urbain, mais on ne fera pas non plus marche arrière là où le service à domicile a disparu.

Rappelons qu’un tiers seulement des logements canadiens profitaient du service à domicile avant 2013, et que 20 % d’entre eux ont perdu ce privilège depuis l’implantation des nouvelles boîtes communautaires.

Sans le moratoire libéral, l’abolition du service à domicile aurait été un fait accompli en 2020, y compris dans les quartiers densément peuplés. C’est d’ailleurs là que le bât blesse le plus puisque Postes Canada n’a pas pris la peine de consulter sérieusement les municipalités dans le choix des emplacements pour ces boîtes d’un esthétisme douteux et d’un accès pas toujours facile.

Cela dit, tout le monde reconnaît que le service postal subit les contrecoups de la numérisation, au point d’avoir enregistré des déficits croissants jusqu’en 2013. Et si le service est redevenu légèrement rentable depuis deux ans, c’est seulement parce qu’on a augmenté le prix des timbres et livré plus de colis d’achats en ligne, un service plus coûteux offert par camion et non par le facteur traditionnel.

Or, cela a ses limites. Postes Canada a plus d’employés retraités qu’actifs et le régime de retraite affiche un déficit de solvabilité de 6,2 milliards.

La baisse rapide et continue du nombre de lettres et de factures distribuées par la poste a fait chuter les revenus de 1,6 milliard (-32 %) depuis 2006 alors que le nombre de logements à desservir a grimpé de 1,5 million. On a aussi tous constaté que notre boîte à lettres contenait désormais beaucoup plus de publicité que de courrier, un service qui rapporte, mais qui ne justifie pas le qualificatif d’« essentiel ».

Parmi les solutions qui devront être analysées par le groupe de travail, il y a l’idée de ne distribuer le courrier que quelques fois par semaine, mais il semble que la formule accélérerait le mouvement de désertion de la clientèle, qui délaisse de plus en plus les services publics.

Il y a aussi cette autre proposition défendue par le syndicat des postiers qui consisterait à offrir des services bancaires dans les bureaux de poste. D’autres gouvernements ont fait ce choix, il y a longtemps, la France par exemple. Or, il serait surprenant qu’un comité de travail dirigé par la présidente de la Fédération des chambres de commerce, Mme Françoise Bertrand, et qu’un gouvernement libéral aillent dans cette direction.

Difficile aussi de croire que les banques et les caisses populaires, qui sont elles-mêmes très menacées dans leur mission de base par les Facebook et Google de ce monde, acceptent de bon coeur la concurrence de Postes Canada dans les services bancaires en ligne, seul moyen désormais d’offrir ceux-ci même à la campagne.

L’examen commandé par la ministre fédérale responsable de Postes Canada, Judy Foote, est bienvenu. Mais si l’objectif est de maintenir un service public de qualité malgré la concurrence numérique, il faudra faire preuve d’une imagination débordante doublée d’une bonne dose de réalisme pour éviter la fin du service à domicile hors des centres densément peuplés.

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7 commentaires
  • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 10 mai 2016 05 h 49

    Poste Québec

    Le mieux serait de nationaliser Poste Canada au Québec et d'y intégrer des guichets Desjardins. Ce qui serait très pratique pour les personnes agées ou à mobilité réduite. Elles pourront tout faire au meme endroit.

    • Pierre Robineault - Abonné 10 mai 2016 11 h 06

      Excellente idée à cette condition toutefois que Desjardins arrête de fermer ses succursales en région.
      Pierre Robineault

    • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2016 13 h 10

      Monsieur Robineault,
      Vous voulez parler de succursales ou de caisses? Une caisse est une entité autonome.

  • Gérard Raymond - Abonné 10 mai 2016 06 h 59

    Je dois maintenant aller chercher mon courrier à 0.4 kilomètre alors qu’il y a des boites communautaires à 40 pieds de chez moi. J’aimerais bien connaitre l’imbécile qui a décidé de cela.

    Je reçois quelque 50 lettres par année et je consentirais à ce que les livraisons me soient faites une seule fois par semaine ou que leur coût de livraison soit majoré de façon à ce que Poste Canada soit rentable.

    J’ai voté pour le PC de Mulroney et le PCC de Harper ; mais je ne voterai plus jamais pour ce parti politique qui a laissé Poste Canada me priver de la livraison du courrier à ma porte. Et si le PLC pousuit dans ce sens, il perdra à jamais mon appui.

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 mai 2016 11 h 11

    Caisse de retraite

    Ce n'est sûrement pas la faute des employés de Postes Canada si la caisse de retraite n'a pas été suffisament financée dans le passé.

  • Francois Cossette - Inscrit 10 mai 2016 12 h 57

    Du capitalisme a son meilleur !!!!

    Poste Canada, Air Canada et bien d'autres, toutes des anciennes sociétés de la couronne, donné en cadeau a des amis (Liberaux) du pouvoir qui en ont profité pour se remplir copieusement les poches. Maintenant que l'argent rentre moins vite et que les millions ont disparu, on veut que tout le monde paye plus.

    Le capitaliste a son meilleur. Toujours les memes qui se remplissent les poches et toujours les memes qui doivent payer plus pour moins de service.

  • Tristan Roy - Abonné 10 mai 2016 13 h 09

    Les circulaires

    Poste Canada doit aller chercher toute la clientèle de Publisac. Les revenus et bénéfices générés pourraient aider à soutenir le service postal.

    Ces bénéfices supplémentaires pourraient permettre un tarif et un délais préférentiel offert par Poste Canada aux médias écrits d'information civique qui doivent pouvoir survivre pour soutenir la démocratie par la participation électorale des citoyens informés.