Solidaires de nos voisins

Le feu poursuit sa course destructrice dans la région albertaine de Fort McMurray malgré les efforts consentis pour freiner son élan. Les coûts économiques d’un tel désastre seront monstrueux, mais les coûts humains risquent de faire encore plus de mal.

Des dizaines de milliers de personnes ne pourront rentrer chez elles avant plusieurs jours, et des centaines d’entre elles ne retrouveront jamais leur maison et leurs biens, détruits par les flammes qui menacent toujours des zones habitées autour de Fort McMurray. Encore hier, trois communautés situées à une cinquantaine de kilomètres de cette capitale des sables bitumineux ont été évacuées.

Selon certaines estimations, les dommages directs pourraient varier entre 2 et 10 milliards, ce qui n’inclut pas les pertes infligées aux sociétés pétrolières qui ont dû ralentir ou stopper leur production.

Hier après-midi, la zone affectée couvrait une superficie de 85 000 hectares (850 km2), et si la température s’était quelque peu rafraîchie, les vents continuaient de pousser les flammes en direction sud-est, une zone heureusement peu habitée.

Plusieurs, dont certains scientifiques très sérieux, voient dans ces incendies dévastateurs un signe du réchauffement climatique causé par les hydrocarbures comme ceux qui sont extraits des sables bitumineux de Fort McMurray. Même s’il est démontré que l’une des conséquences du réchauffement climatique est la prolongation des périodes de sécheresse propices à la propagation des feux de forêt, on ne peut pas expliquer la catastrophe en cours aussi simplement sans faire preuve d’un opportunisme de mauvais goût. Après tout, des dizaines de milliers d’hectares de forêt sont détruits chaque année par le feu à cause de la foudre, d’une erreur humaine ou d’un geste délibéré, et ce, depuis bien avant l’ère du pétrole.

En fait, mise à part la forte probabilité d’une cause humaine aux premières étincelles qui ont donné naissance à l’incendie, ce sont les conditions climatiques exceptionnelles de ce début de mai couplées à la présence très abondante de résineux dans la région qui expliquent l’ampleur du désastre. L’Ouest a connu un hiver et un printemps beaucoup plus doux et secs que d’habitude à cause d’El Niño, ce phénomène maritime qui a peu à voir avec les hydrocarbures. Rien ne dit que ces conditions se reproduiront l’an prochain.

Faut-il pour autant donner raison à certains résidants de Fort McMurray, cette ville champignon construite au milieu de la forêt, qui reprochent au gouvernement de ne pas avoir coupé de façon préventive tous les conifères qui longent les routes et les villages sur des centaines de kilomètres au nord d’Edmonton ? Poser la question, c’est y répondre.

Depuis l’évacuation de Fort McMurray, ses habitants ont trouvé refuge un peu partout, parfois sans aide extérieure, mais le plus souvent avec le soutien des familles, d’organisations communautaires et de la Croix-Rouge. Pour des milliers d’entre eux, l’exil sera de longue durée puisqu’ils ont tout perdu et qu’il faudra reconstruire. Pour d’autres, c’est le chômage exacerbé par les derniers événements qui guette.

La plupart des sinistrés pourront réclamer le remboursement des coûts de reconstruction à leur assureur, y compris les frais engagés depuis leur évacuation. Mais pour plusieurs, cela ne suffira pas. Et, de toute façon, il faut survivre en attendant.

Comme ce fut le cas lors de la crise du verglas, du « déluge » du Saguenay et du drame de Lac-Mégantic, les gouvernements interviendront massivement avec l’argent de nos impôts pour porter secours aux victimes et restaurer les infrastructures détruites ou endommagées. Hier, Québec a envoyé quatre avions-citernes et leur équipage pour combattre la cinquantaine d’incendies toujours actifs. D’autres suivront au besoin, c’est la moindre des choses.

Mais malgré cet effort collectif absolument essentiel, il reste beaucoup de place pour les gestes individuels.

Cette fois encore, nous devons nous montrer généreux. Pour chaque dollar de don à la Croix-Rouge, Ottawa doublera la mise pour répondre aux besoins immédiats des familles. Il faut répondre à l’appel. Car même si un tel désastre cause toujours plus de dommages moraux et psychologiques à long terme, la réponse aux besoins physiques et matériels à court terme est déterminante pour la suite des choses. Devant l’épreuve, montrons-nous solidaires de nos voisins.

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